Elles n'ont ni casque ni lance à incendie, mais elles travaillent huit heures par jour. Alors que la Californie entre dans le cœur de sa saison des feux, plus de 5 000 chèvres ont été déployées cet été dans les collines d'Oakland. Leur mission : dévorer l'herbe sèche avant qu'elle ne serve de carburant. Une méthode spectaculaire, bon marché — et dont l'efficacité mérite qu'on s'y arrête.


Prévention des incendies : pourquoi les chèvres passent là où les machines échouent
Le principe tient en une phrase : l'herbe sèche est le premier combustible d'un départ de feu. La faire disparaître avant août, c'est priver les flammes de leur carburant. Sauf que les pentes concernées sont trop raides pour un tracteur, trop broussailleuses pour une débroussailleuse, et bien trop vastes pour des équipes humaines.
D'où les chèvres. Leurs lèvres et leur langue très mobiles leur permettent d'attraper une herbe rase, là où d'autres animaux d'élevage renoncent. Elles broutent sans arracher les racines, ce qui évite l'érosion — un détail qui compte sur des collines balayées par les pluies d'hiver. Un troupeau avale un peu plus d'un hectare par jour, en deux services : quatre heures le matin, sieste, quatre heures l'après-midi.
L'effet a été mesuré. Dans une pinède du parc naturel de Doñana, en Andalousie — climat méditerranéen comparable à celui de la Californie —, des chercheurs de Séville ont lâché 350 chèvres dans des parcelles clôturées. Deux ans plus tard, la végétation avait gagné un tiers de volume dans la zone témoin, et perdu près d'un quart là où les bêtes étaient passées.
Qui gère les chèvres anti-incendie d'Oakland ?
Une entreprise, Ecosystems Concepts Inc., qui travaille pour la ville depuis le milieu des années 1990 et a décroché en 2024, face à quatre concurrents, un contrat de 1,6 million de dollars sur deux ans. Le calcul est vite fait : à l'hectare traité, un troupeau revient à environ un dixième du prix d'une équipe de débroussailleurs. C'est cet argument, bien avant l'argument écologique, qui a convaincu les municipalités.
Les chèvres ne sont d'ailleurs qu'une pièce d'un dispositif bien plus vaste : le plan municipal de gestion de la végétation couvre près de 800 hectares de terrains publics et 500 kilomètres de bords de route, dans les secteurs classés à très haut risque d'incendie.
Derrière les troupeaux, il y a des hommes. Des bergers qui vivent des semaines sur les crêtes, déplacent les clôtures électriques, surveillent les bêtes jour et nuit, épaulés par un forestier chargé de veiller à ce que le troupeau ne surpâture pas et ne s'attaque pas aux espèces protégées. Le conseil municipal leur a consacré une résolution d'hommage. Ce sont les invisibles de l'histoire.
Une précision, si vous croisez un troupeau : ECI intervient sur les terrains de la ville, tandis que les espaces du district régional des parcs sont confiés à Goats R Us, entreprise familiale installée à Orinda.
Les chèvres réduisent-elles vraiment le risque d'incendie ?
Personne ne publie de statistique du type « X départs de feu évités grâce aux chèvres ». Mesurer une prévention supposerait de comparer à un scénario qui n'a pas eu lieu, et les troupeaux ne travaillent jamais seuls. La ville, elle, affirme dans une délibération que la saison 2023 a réduit le nombre d'incidents dans les collines. Sans données à l'appui.
La meilleure réponse disponible vient de Berkeley. Des chercheurs de l'université de Californie et de son extension coopérative ont comparé, sur dix-sept ans, la probabilité de brûler entre parcelles pâturées et parcelles laissées en l'état. En North Bay et sur la côte centrale, elle diminue à mesure que le pâturage s'intensifie. Dans la Central Valley, en revanche, la relation se brouille. Conclusion prudente des auteurs : le pâturage réduit le risque, mais pas partout.
Sur le feu lui-même, une expérimentation menée en Arizona donne le chiffre le plus parlant. Là où le bétail est passé, la longueur des flammes tombe sous 1,20 mètre — le seuil en deçà duquel des pompiers peuvent encore attaquer un incendie au sol. Autrement dit : les chèvres ne suppriment pas le feu, elles le rendent combattable.
Reste le précédent que tout le monde cite. En octobre 2019, l'Easy Fire encercle la bibliothèque présidentielle Reagan, à Simi Valley. Cinq cents chèvres y avaient débroussaillé cinq hectares au printemps. Les flammes se sont arrêtées à quinze mètres du hangar abritant l'Air Force One.
Deux réserves, tout de même. Aucune de ces études ne porte sur des chèvres en collines périurbaines : elles mesurent du bétail sur de vastes parcours. Et le chef des pompiers d'Oakland, Damon Covington, le résume sans détour : les chèvres rassurent parce qu'elles rendent le travail visible, mais l'essentiel se joue ailleurs, dans les dizaines de milliers d'inspections résidentielles menées chaque année pour vérifier que chaque maison dispose de son espace défendable.
Où voir les chèvres dans les collines d'Oakland
Aucun calendrier public ne recense les emplacements : les troupeaux se déplacent au fil des semaines, derrière des clôtures électriques temporaires, et redescendent avant les premières pluies d'automne. Les meilleures chances restent les espaces ouverts des hauteurs, du côté de Joaquin Miller Park, de King Estates ou le long de Skyline Boulevard.







