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A Saint-Louis, Meissa Fall recycle de vieux vélos en objets d’art

Par Gaëlle Picut | Publié le 25/02/2019 à 22:00 | Mis à jour le 10/03/2019 à 13:56
Photo : Meissa Fall recycle les vieux vélos en objets d'art à Saint Louis
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Plongée dans l'univers onirique de Meissa Fall, un saint-louisien, qui recycle les vieux vélos en œuvres d’art.

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L'atelier de Meissa Fall à Saint-Louis

Lorsque l’on passe la porte de l’antre de Meissa, située dans le quartier sud de l’île de Saint-Louis, on se retrouve face à des murs de plus de 3 mètres de haut recouverts de montagnes de vieux vélos. Et sur le sol, des dizaines d’œuvres d’art réalisées à partir de pièces de vélos : des avions, des oiseaux, des poissons, des personnages…Et dans un coin, une minuscule pièce, son « bureau » où Meissa le poète écoute la radio, imagine ses prochaines œuvres, philosophe avec ses amis de passage, lit, dort, bricole, répare, etc.

Son père était réparateur de bicyclettes et de deux roues, « un génie de la mécanique » selon Meissa. Enfant, il passait des heures dans l’atelier de son père. « Il me demandait de nettoyer les vélos ou les solex une fois qu’il les avait réparés. Une fois que j’avais fini, il me disait de recommencer... Alors j’ai passé des heures à les nettoyer, à les caresser. A force, j’ai commencé à les transformer dans ma tête en formes humaines et animales ».

A l’âge adulte, il prend la relève de son père. Mais au fil des ans, l’activité de réparateur lui rapporte de moins en moins. Meissa se refuse à détruire ses vieux vélos. « Quand on n’a rien à faire, on fait de l’art » affirme-t-il. Et appliquant la célèbre phrase de Lavoisier, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », il décide de les recycler. « A force de caresser ces bicyclettes pendant des heures, j’ai fini par les aimer. Chacune me raconte son histoire » affirme-t-il avec douceur.

Et ce n’est donc qu’à la cinquantaine que Meissa s’est enfin autorisé à laisser libre cours à son imagination débordante et donner vie à ses songes. Il réalisera un criquet géant comme première œuvre à partir d’une motobécane et la laisse devant son atelier. Pendant un an, de nombreuses personnes passent devant sans « piper mot ». Jusqu’à ce que sa voisine, Marie-Caroline Camara, en train de faire des travaux de rénovation pour ce qui allait devenir sa magnifique maison d’hôte Au fil du Fleuve, lui achète son criquet. Des dizaines d’autres œuvres d’art chargés de sens et de symboles suivront. « J’ai besoin de sortir ce qu’il y a dans ma tête, cela me soulage » confesse Meissa. « Je ne voyage pas, je ne regarde pas la télévision, il y a déjà trop de choses dans mon esprit » poursuit-il.

D’abord, il commence à imaginer dans sa tête un objet ou un personnage, ensuite il rassemble l’ensemble des pièces dont il besoin (chaque vélo compte 1500 pièces...), puis les mets dans un sac, enfourche son vélo et les emmène chez un ferronnier dans le nord de l’île pour couper, souder afin que son idée se transforme en objet. Dans son sac, un inventaire de ferraille à la Prévert : pot d’échappement, guidon, cache bille, bras du frein, bougie, fourche de tricycle, pignon, ressort, moyeu, garde-boue, dérailleur, etc.

En 2010, Meissa expose à Dakar lors du Festival mondial des Arts Nègres (Fesman) à l’invitation de Laurence Maréchal et en 2014, il montre ses œuvres à l’Institut Français de Saint-Louis. Il a également exposé à Keur Marie Ganaar ou à l’occasion des Biennales d’Art de Dakar.

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Les oeuvres oniriques de Meissa Fall

Il a donné quelques-unes de ses sculptures pour décorer sa ville ou au jeune Musée de la photo de Saint-Louis (Mupho) mais il regrette que l’art ne soit pas davantage valorisé au Sénégal. Ses clients sont surtout des toubabs.

Aujourd’hui âgé de 65 ans, Meissa a trois fils qui travaillent avec lui. Son rêve : avoir un jour sa propre maison pour pouvoir la décorer entièrement avec ses sculptures et ses vieux vélos. Le "griot de la petite reine" caresse également un autre rêve : voir se construire des pistes cyclables dans tout le Sénégal. "La bicyclette est la plus belle invention du monde : elle ne pollue pas, elle ne crée pas d'embouteillages et elle permet de faire du sport".

Informations pratiques

Meissa Fall - +221 77 410 11 32

14 rue Saraba, Saint Louis

Instagram @meissafallstudio ou Facebook

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