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EGLISE - La crise de foi polonaise

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 09/08/2012 à 00:00 | Mis à jour le 14/11/2012 à 13:14

 

Les catholiques polonais s'émanciperaient-ils de la mère-église ? Chaque année ils sont 0,5% de plus à sécher la messe du dimanche. A ce rythme-là d'ici deux générations, le pays rejoindra les rangs de l'Europe post-chrétienne. Lepetitjournal.com revient sur cette lente normalisation des pratiques religieuses en Pologne. [archive 2011]

L'Episcopat polonais vient de publier ses derniers chiffres : si 95% des Polonais se déclarent croyant, seulement 41% d'entre eux vont régulièrement à la messe. A part l'Irlande qui connaît une fréquentation similaire, ces chiffres rendraient jaloux les autres églises européennes (Italie 15%, France 3%...). Ils traduisent pourtant une forte baisse de la pratique religieuse. A la fin des années 80, près de 60% des Polonais fréquentaient encore régulièrement les églises. Ils ne sont plus aujourd'hui que 20% dans les grands villes.

Prêtres ou bonnes s?urs, les vocations se font aussi plus rares. Depuis 2000 elles se sont réduites de moitié. Mais l'Eglise polonaise a encore de beaux restes. Avec chaque année près de 1.000 nouveaux séminaristes (10 fois plus qu'en France), la Pologne forme quand même 25% des futurs prêtres européens. Le pays n'exporte pas que ses fameux plombiers mais aussi des curés.

Le catholicisme polonais reste aussi fortement lié aux traditions culturelles. Si on pratique moins régulièrement, les grandes occasions comme Noël ou Pâques restent très célébrées (souvent pour ne pas froisser les aïeux). 70% des mariages sont religieux (contre 30% en France), plus de 90% des bébés polonais se font baptiser (35% dans l'Hexagone), tandis que seules 20 personnes en Pologne célébrent des enterrements séculiers.

Les raisons du divorce
Il y a un siècle, les sociologues expliquaient déjà la laïcisation de nos sociétés par un mouvement de désenchantement du monde et de rationalisation. Le rattrapage économique polonais, l'avènement d'une société de consommation hédoniste et l'urbanisation qui l'accompagnent (en détachant l'individu de sa communauté et de sa paroisse) sont aussi en cause.

D'ailleurs les contrastes entre diocèses s'accentuent : ceux du sud, plus ruraux et moins développés sont les moins touchés. A Rzeszów et Tarnów on note jusqu'à 70% de dominicantes contre 25 à 27% seulement du côté de Szczecin, Koszalin, Ko?obrzeg, dans le nord-ouest. On remarque d'ailleurs que les pays catholiques et orthodoxes, souvent moins développés, résistent mieux à la sécularisation qui frappe les riches pays protestants d'Europe du nord.

Après 1989 les relations entre l'église et la société sont aussi devenues plus complexes. On observe l'installation d'une méfiance mutuelle entre l'institution et la société libérale. Les limites autrefois nettes entre « nous » (les croyants, le peuple) et « eux » (le pouvoir communiste) ne sont plus d'actualité. L'église, qui soutenait les grévistes contre le régime, a aujourd'hui du mal à prendre une position claire sur les questions d'actualité. Les questions sociales sont délaissées au profit des problèmes moraux (divorce, contraception, fécondation in-vitro, avortement, euthanasie...). Mais dans une société qui ne se contente plus de dogmes et où chacun s'estime seul face à sa conscience, l'Eglise peine à convaincre et à mobiliser.

Les sujets qui fâchent
A l'heure où les contrastes sociaux s'accentuent, l'opulence affichée par certains prêtres et évêques se répercute sur l'image de l'église entière. Lors d'un nouveau chantier, la villa du curé est trop souvent prête avant l'église. Le fameux « co ?aska » ou don financier réclamé à l'occasion des baptêmes, mariages et enterrements, mais aussi lors des visites annuelles chez les paroissiens, volontaire à la base, est souvent suggéré par un barème officieux, au risque de froisser son pasteur.

Autre point financier très sensible : le scandale lié à la commission de restitution des biens confisqués à l'église catholique par le pouvoir communiste. Depuis 2008 une enquête met en évidence de nombreuses fraudes. Des terrains d'une valeur considérable ont été cédés ou vendus au prix symbolique à l'église qui n'a pas hésité à les revendre immédiatement avec une plus-value substantielle.

Rendre à César ce qui est à César...
Enfin les Polonais, fiers de leur nouvelle démocratie, acceptent de plus en plus mal l'engagement politique ouvert de certains prêtres. De même, dans le cas des lois sensibles comme l'avortement, les consultations quasi-systématiques du gouvernement avec l'Episcopat font grincer des dents. Que les catholiques suivent leur conscience et l'admonition de leur curé, et qu'on laisse aux autres le droit d'avoir un choix ? voilà les postulats de plus en plus audibles.

La dissonance entre la position officielle de l'église et les croyants a été particulièrement visible lors du débat récent sur la fécondation in vitro en Pologne. En effet, d'après CBOS, 54% des croyants sont favorables à la FIV. Il faut dire que ce résultat ne surprend pas vraiment dans un pays où un couple sur 4 a besoin d'aide à la procréation. Autre exemple : seulement 53% de croyants pratiquants sont pour l'interdiction totale de l'avortement. Les taux de divorces et de pratiques contraceptives démontrent aussi une forte dissociation entre l'enseignement officiel et la réalité.

Anna Riondet (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) jeudi 16 juin 2011


Pour en savoir plus : une petite Histoire du quatrième pouvoir en Pologne.
La Pologne s'est forgé une image d'un pays catholique pur et dur. Pourtant juifs, catholiques, orthodoxes et protestants s'y côtoyaient pacifiquement durant des siècles et la liberté de confession constituait l'un des piliers du pouvoir alors qu'ailleurs en Europe des guerres de religion faisaient rage. Depuis le succès de la contre-réforme au XVIIe siècle cependant, le catholicisme joue définitivement les premiers violons. Récemment encore, le tableau des messes et leur fréquentation pourrait faire pâlir d'envie n'importe quel curé de France. Des rues fermées à la circulation pour laisser passer une procession, des trottoirs pavés de bougies, des places ou des prairies transformées en lieux de culte géants à l'occasion des messes papales - ces images n'étonnent pas en Pologne.

Durant le communisme, l'église catholique a pris, bon gré mal gré, une dimension politique. Le régime communiste ayant réussi à pousser même les non-croyants dans les églises (57% en 1982). L'élection d'un pape polonais n'a fait que renforcer cette tendance. Forte de ce sentiment d'omnipotence, l'église semble perdue dans la réalité d'aujourd'hui où les dissonances entre son enseignement et la vie semblent s'accroître de plus en plus rapidement. Depuis 1993, les relations entre l'église catholique et l'Etat polonais sont régies par le Concordat, négocié et signé par le gouvernement de Hanna Suchocka. Un « compromis » qu'une partie des Polonais souhaiterait revisiter.

Après 1989, l'Etat polonais s'est engagé à assurer la liberté de religion, de restituer les biens confisqu
és à l'église depuis les années 50, garantir l'accès de l'église aux médias et autoriser le fonctionnement de ses diverses organisations. Ces dernières, dont Caritas, focalisent leur activité autour des défavorisés, malades, handicapés et autres laissés-pour-compte de la société de consommation. Depuis 1990, le catéchisme a été rétabli dans les écoles publiques. L'alternative sous forme de cours d'éthique est quasi-inexistante, faute d'enseignants formés. Les cours sont suspendus durant les ré collections de carême ou les préparatifs à la première communion. Depuis 2008, les notes de catéchisme sont comptées dans la moyenne. L'ambition de faire du catéchisme une épreuve du bac est la seule, dans l'offensive de l'église polonaise, à avoir à ce jour rencontré une résistance.

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