Samedi 16 janvier 2021

SOCIETE – La fin du patriarcat en Italie ?

Par Lepetitjournal Turin | Publié le 25/09/2014 à 22:45 | Mis à jour le 26/09/2014 à 03:04

La société italienne, une société patriarcale ? Aujourd'hui, il s'agit de plus en plus d'une image d'Epinal tant l'évolution de la société est rapide. Sans oublier que l'emprise de la mamma italienne a longtemps tempéré le pouvoir masculin affiché. L'Italie restait pourtant attachée à la transmission du nom patronymique, mais ce dernier bastion vient d'être ébranlé sous le coup d'une loi en cours d'adoption.


(photo Umberto Battaglia -  Aula di Montecitorio)

Par 239 voix favorables contre 92 non et deux abstentions, la Chambre des députés italienne a approuvé hier un projet de loi prévoyant la possibilité de choisir le nom de famille que portera un enfant. L'Italie avait été condamnée le 7 janvier dernier par la Cour européenne des droits de l'homme, qui accueillait ainsi le recours d'une famille italienne n'ayant pas pu donner le nom de la mère à son enfant né en 1999. Or, comme tous les pays membres de l'Union européenne, l'Italie s'était engagée à faire appliquer sur son sol les principes de la Charte des droits fondamentaux de l'UE prévoyant notamment la lutte contre la discrimination fondée sur le sexe. La victoire des partisans du oui arrive avec quelques mois de retard sur le calendrier prévu, mais le texte ne devrait plus rencontrer d'obstacle sur son chemin qui le mènera prochainement au Sénat.

France et Italie, des différences qui étonnent
Les temps changent donc, un peu plus lentement qu'ailleurs. En France, par exemple, la loi permettant de choisir le nom de l'enfant date du 18 juin 2003. Pourtant, en ce qui concerne le nom des femmes, les Italiens ont longtemps été en avance sur les us et coutumes français qui prévoyaient pour les femmes l'utilisation d'un nom d'usage, celui du conjoint après le mariage. Un usage qui a longtemps été généralisé, à tel point que dans tous les manuels de savoir-vivre on recommandait d'écrire aux femmes mariées en employant le nom d'usage, précédé du prénom du mari : les Italiennes étaient horrifiées devant ce qu'elles considéraient comme un effacement total de l'identité de la femme. Et que dire d'un point de vue linguistique ? La langue française utilise en effet deux termes distincts pour désigner l'homme du mari mais n'en possède qu'un pour la femme, considéré en sa qualité d'être humain de sexe féminin ou en celle d'épouse alors que l'italien la désigne respectivement comme donna ou moglie.

Ce qui va changer
Après approbation définitive de la loi, à la naissance un enfant pourra donc porter le nom de son père, celui de sa mère ou les deux noms accolés dans un ordre choisi par les parents. En cas de désaccord entre ces derniers, l'officier d'état civil inscrira les deux noms en respectant l'ordre alphabétique. Cette règle s'appliquera aux enfants nés au sein d'un couple marié ou hors mariage mais reconnu par les deux parents ; en revanche, si l'enfant est reconnu tardivement par l'un des parents, l'accord de l'autre sera nécessaire ainsi que celui de l'enfant s'il est âgé de plus de 14 ans. Une fois majeur, un enfant portant un seul nom de famille pourra également choisir d'ajouter un deuxième nom en suivant une procédure simple et rapide, à condition d'avoir été reconnu par ses deux parents : il lui suffira de faire une déclaration devant un officier de l'état-civil.
Christine Correale (www.lepetitjournal.com/Turin) vendredi 26 septembre 2014

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