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DECHETS TOXIQUES – La Terre des feux se révolte

Écrit par Lepetitjournal Turin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 7 octobre 2013

Jour après jour, des colonnes de fumée noire se dessinent à l'horizon et des fûts enterrés remplis de matières dangereuses refont surface grâce au travail des forces de l'ordre. Le recyclage illégal des déchets toxiques est aujourd'hui un véritable fléau dans le territoire qui a été rebaptisé la Terra dei fuochi en Campanie, près de Naples. Confrontée à une hausse inquiétante de décès dus aux cancers, la population a décidé de faire entendre sa voix. 

Ils étaient plus de vingt mille, trente mille selon les organisateurs, à défiler le 4 octobre dernier en Campanie, tout près de Naples. Les chiffres pour une fois n'ont pas d'importance, car il est difficile de contredire don Maurizio Patriciello, à la tête du cortège : "Un peuple tout entier s'est réveillé" s'est exclamé ce prêtre connu pour ses batailles contre la criminalité mafieuse qui est l'un des promoteurs de la manifestation. Tristement célèbre en Italie sous le nom de Terra dei fuochi, terre des feux, le triangle situé dans les provinces de Naples et de Caserte est devenu aujourd'hui le symbole de la révolte d'une population qui a pris conscience des risques auxquels elle est exposée et aux conséquences pour sa santé. 

Pourquoi parle-t-on de terre des feux ?
L'image n'a rien de poétique, bien au contraire. Ce sont les feux allumés quotidiennement dans les campagnes de cette belle région ravagée par les organisations criminelles et la négligence, une manière de recycler de façon illégale et à moindres frais les déchets classés comme spéciaux en raison de leur toxicité. Voici une donnée particulièrement inquiétante qui permet de mesurer l'ampleur du phénomène : de janvier 2012 à août 2013, 6034 feux toxiques ont été recensés, ce qui équivaut à une moyenne d'au moins 11 feux par jour. Cette pratique criminelle très répandue est en fait le dernier maillon d'un système productif qui travaille souvent au noir et qui doit par conséquent recycler ses déchets toxiques de manière illégale. Ce phénomène s'ajoute à une autre pratique dénoncée entre autres par l'écrivain Roberto Saviano dans son roman Gomorra : l'enterrement des déchets toxiques, provenant parfois d'autres régions italiennes, par le crime organisé. Et les conséquences environnementales pour la région ne peuvent être que dramatiques.

, des personnages issus du monde du spectacle et de la culture ont, chacun, adopté une commune de la terre des feux sur Facebook (capture d'écran de la page) 

"Stop aux décès liés au cancer, sauvons nos enfants"
Le cortège de vendredi dernier est parti d'Orta di Atella pour arriver à Caivano, le village près de Naples où les forces de l'ordre viennent de retrouver une soixantaine de fûts enterrés contenant des peintures et des substances acides toxiques. Mais ce n'est que la dernière découverte en date. Les poisons qui contaminent la région autour du chef-lieu de la Campanie sont nombreux : chlorure de méthylène, cadmium, plomb, mercure, amiante, la liste est longue et les conséquences sur la santé des riverains sont de plus en plus évidentes. Si une relation directe entre la pollution et la hausse incontestable des tumeurs et d'autres maladies graves n'a pas encore été démontrée, l'inquiétude monte dans la population et pour cause. Les effets pervers des substances toxiques dégagées par les incendies ajoutés aux déchets dangereux enterrés sont en train de polluer le nappes phréatiques, l'air et le sol d'une région à vocation agricole. Le slogan "Qui di dieta mediterranea si muore" (ici, c'est la diète méditerranéenne qui nous fait mourir) était inscrit sur une des pancartes à la manifestation, un cri d'alarme pour mettre en garde contre les risques pour la santé des consommateurs, non seulement locaux, des fruits et légumes cultivés en Campanie. Un cri d'autant plus preoccupant qu'il était accompagné de photos d'enfants et d'adolescents décédés à cause de pathologies de plus en plus répandues dans la région, comme la leucémie. 

Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com/Turin) lundi 7 octobre 2013

Publié le 6 octobre 2013, mis à jour le 7 octobre 2013
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