Édition internationale

TWITTER – L’esprit de synthèse peut-il traverser les frontières ?

Écrit par Lepetitjournal Turin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 22 janvier 2014

 

L'esprit de synthèse n'est pas donné à tout le monde. C'est valable pour les personnes, ce n'est plus à prouver. Mais pour les langues ? Prenons un Français, un Anglais et un Italien? 

Prenons un Français, un Anglais, un Italien? Ce n'est pas une blague, essayons tout simplement d'imaginer ces trois personnes en train d'écrire un tweet. En d'autres mots, en train de concentrer leur pensée et leurs informations en 140 caractères. Ils devront alors démontrer qu'ils possèdent cette capacité qui vaut comme de l'or dans la société contemporaine et qui permet à certains d'émerger, tandis que d'autres dépriment en pianotant un enchaînement de consonnes et de voyelles sans piquant sur leur clavier. Car on peut très bien décrier l'infobésité, la surinformation à laquelle nous sommes constamment exposés, mais la mutation a bien eu lieu, rien ne sera plus comme avant. L'esprit de synthèse est plus que jamais indispensable : dans un monde qui va de plus en plus vite, savoir condenser en quelques phrases une question complexe et être capable de résumer efficacement une situation, voilà ce qui est devenu aujourd'hui un atout incontournable, et pas uniquement dans le monde de la communication.

Tweet (5 lettres), gazouillis (10 lettres) ou cinguettio (10 lettres) ?

Revenons à nos trois personnages. Dans ses tweets, l'anglophone jouit d'un avantage certain : le nombre très élevé de mots monosyllabiques ou bisyllabiques présents dans sa langue maternelle puisque, au cours de son évolution, l'anglais a perdu en grande partie non seulement les dernières syllabes des mots, mais également les terminaisons morphologiques. Et que dire du Français et de l'Italien ? Pour eux, la tâche est certainement plus ardue, le choix des mots devient vital, toute fioriture est bannie. Comment vont-ils s'en sortir ? Il y a des langues plus adaptées que d'autres à s'opposer à la tyrannie du calcul du nombre de caractères à ne pas dépasser, et la langue de Molière n'en fait pas vraiment partie. Pourtant il faut reconnaître chez les Français le goût inné de la formule. Qui vient s'ajouter à l'amour inconditionné qu'ils portent aux sigles (CV, PDG, BD, mdr?) et à une forme de paresse langagière qui a transformé le restaurant en resto et l'apéritif en apéro. 

En italien, mission impossible ?

En Italie, le subjonctif imparfait n'est pas une pièce archéologique enfermée dans un musée, en l'occurrence un livre de grammaire, il est normalement employé dans toutes les conversations. Le subjonctif plus-que-parfait aussi : se l'avessi saputo? Et que dire des tournures de phrase un peu baroques qui font toute la richesse de la langue ? Certes, il suffit de penser à la prose essentielle, presque lapidaire, de Primo Levi dans Si c'est un homme ou aux poèmes du Prix Nobel de la Littérature Eugenio Montale et de Salvatore Quasimodo pour apprécier la beauté de la langue italienne qui sait aussi se débarrasser de tout ornement inutile. C'est d'ailleurs dans cette direction que l'italien est en train d'évoluer. "Les mots sont importants (le parole sono importanti)" criait un Nanni Moretti exaspéré dans son film Palombella rossa en 1989. Ceci est encore plus vrai aujourd'hui, alors que le flux d'informations et de contacts quotidiens produisent un bruit de fond devenu presque insupportable. Comprendre que les mots sont importants, grâce aussi à la précision que demande Twitter, serait déjà un premier pas. Il faudrait néanmoins que cela arrive precipitevolissimevolmente (très vite), un mot qui d'ailleurs fait à lui tout seul, 26 caractères. Courage, il reste 114 caractères?

Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com/Turin) mercredi 22 janvier 2014

Publié le 21 janvier 2014, mis à jour le 22 janvier 2014
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