Dimanche 5 juillet 2020

TRADITIONS - Les traditions régionales en période de Noël

Par Lepetitjournal Turin | Publié le 22/12/2010 à 00:00 | Mis à jour le 14/11/2012 à 10:46

En Italie, plusieurs personnages nouent leur mythe et trouvent leur célébration en période de Noël et, de fait, les enfants italiens ne reçoivent pas tous leurs présents à la même date, même si ces différentes traditions sont peu à peu abandonnées au profit de la légende du Père Noël


Certaines régions d'Italie (Trentin-Alto Adige, Frioul-Vénétie, Pouilles) célèbrent encore San Nicola, appelé aussi San Niccolò ou San Nicolò, qui apporte aux enfants mandarines, chocolats et fruits secs. Le personnage en question est San Nicola di Bari, évêque de Myra en Lycie (actuelle Turquie). Figure parmi les plus populaires du christianisme, il est le Saint patron des enfants, des voyageurs, pêcheurs, marins et marchands, et est à l'origine du mythe de Santa Claus qui devint l'actuel Père Noël. Si tous s'accordent sur ses emblèmes, le bâton d'évêque, la mitre et un habit rouge, des histoires diverses l'auréolent de gloire: il aurait sauvé trois jeunes filles de la prostitution en faisant don à leur père d'une dot pour chacune, ou plutôt ressuscité trois enfants qu'un boucher aurait tué et mis au saloir. Il calma une tempête, conjura une famine et fit libérer trois officiers injustement condamnés à mort. Sa dépouille fut conservée à Myra jusqu'en 1087, puis emportée à Bari dont il devint le Saint, fêté le jour de sa disparition, le 6 décembre.

Les façons de célébrer ce jour sont diverses selon l'endroit: à Tarvisio, Pontebba et d'autres villes du Frioul-Venétie, le Saint arrive le 5 décembre en calèche lors d'un défilé, accompagné des Krampus, êtres malfaisants de l'hiver tirés de superstitions anciennes. Devenus simples farceurs, ils distribuent pain et friandises aux enfants. Un Krampus cattivo (méchant) en cage accompagne parfois le cortège. En Brianza, le Saint est accompagné d'une cohorte de personnages masqués en démons, les Klosn, ainsi que de quatre anges appelés Wessen qui portent des lanternes et présents, et des Esel déguisés en ânes faisant tinter des clochettes. Dans certaines localités est aussi organisé un Falò (feu) di San Nicola, comme à San Nicola Baronia en Campania. Les enfants désobéissants reçoivent, quant à eux, des morceaux de charbon, ou encore des baguettes en bois symbolisant la fessée qu'ils méritent.


- Sant'Ambrogio est quant à lui fêté le 7 décembre à Milan. Il est en effet le Saint patron de la ville et sa célébration, jour férié, a donné naissance à un marché typique, la fiera des Oh bej! Oh bej!, qui se tenait auparavant aux alentours de la basilique dédiée au Saint où est conservée sa dépouille, pour être ensuite transféré près du chateau Sforzesco. Cet évêque est à l'origine du rite ambrosien adopté par le diocèse milanais, différent du rite romain adopté dans le reste de l'occident. Différents miracles lui sont attribués, comme celui d'avoir mis le démon en fuite devant la basilique même, ou d'être apparu à Parabiago en 1339 lors d'une bataille, mettant ainsi en fuite les adversaires des Milanais qui furent dès lors vainqueurs.

- L'Immacolata (Immaculée Conception) le 8 décembre est également un jour férié en Italie. En ce jour, qui marque l'entrée dans l'Avent, de nombreuses villes organisent des processions de statues de la Vierge. C'est aussi traditionnellement ce jour-là qu'est installé le sapin de Noël en famille.

-Santa Lucia (sainte Lucie) se substitue, quant à elle, parfois au Père Noel, et les enfants reçoivent d'elle le 13 décembre, selon qu'ils ont été sages ou non, des cadeaux ou du charbon, et laissent en échange un peu de nourriture, oranges, lait, eau et vin pour la sainte, son âne et son assistant Gastaldo. Un grand marché est notamment organisé à Vérone piazza Brà à cette occasion: les bancheti de Santa Lussia, pendant les trois jours précédant le 13 décembre. La tradition veut que, dans la nuit du 12 au 13 décembre, chaque membre de la famille prépare une assiette, que Santa Lucia remplira de gâteaux, dont les pastefrolle di S. Lucia et de ghiaia dell'Adige. Cette tradition de fêter Santa Lucia naît d'un événement historique, dont on trouve différentes variantes: au 13e siècle éclata à Vérone une épidémie d'une maladie qui touchait les yeux, et particulièrement ceux des enfants. Les gens de Vérone firent alors le voeu, dans la basilique de San Zeno, en échange de la guérison, de fêter les martyrs en faisant des dons aux enfants pauvres de la ville. La grâce obtenue, la tradition d'offrir des cadeaux aux enfants le jour de Santa Lucia le 13 décembre est restée. On dit aussi que, la population voulant demander grâce à la Sainte pieds nus et sans manteaux, les parents promirent des cadeaux aux enfants s'ils se prêtaient à l'exercice, et gardèrent cette habitude par la suite à la même date. Dans certaines villes d'Italie, la fête est aussi l'occasion de distribuer du pain aux plus pauvres, et de cuire de petits pains ronds appelés occhi di S. Lucia. La Sainte, fêtée à Vérone, Parme, Piacenza, Brescia et dans le Trentin, le Frioul et la Vénétie Julienne est pourtant originaire de Siracuse en Sicile, mais sa dépouille serait passée par Vérone lors de son voyage vers l'Allemagne au Xe siècle. Une autre théorie avance que ce culte véronais viendrait de la domination de Venise, qui avait fait transporter les restes de la Sainte en son sein.

- Autre tradition, la Squilla, le 23 décembre, à Lanciano en Abruzzo, qui fait commencer les festivités de Noël plus tôt qu'ailleurs: un rite qui remonte à la fin du XIVe, quand l'archevêque Paolo Tasso se mettait à cette date en route de la basilique della Madonna del Ponte pour arriver à l'église de l'Iconicella, en souvenir du chemin de Joseph et Marie pour Bethléem. Depuis, les fidèles reprennent cette procession au terme de laquelle, revenus au point de départ, ils s'échangent voeux et cadeaux tandis que sonne La Squilla, la petite cloche du clocher de la cathédrale.

- Natale, Noël, le 25 décembre, est un jour clef qui s'ajoute aux traditions plus anciennes plus qu'il ne les supplante pas. C'est le jour du repas de Noël traditionnel, de la messe célébrant la naissance du Christ, et aussi de la distribution des cadeaux, même si, là encore, les avis divergent pour déterminer si c'est le Père Noël Babbo Natale ou le Petit Jésus Gesù Bambino qui apporte les cadeaux...

- la festa di Santo Stefano le 26 décembre poursuit les festivités. Santo Stefano fut le premier martyr chrétien, on le fête donc en premier, après la fête de Noël. Ce jour là, férié aussi, la passeggiata est de règle pour rendre visite à la famille, échanger les auguri et voir les diverses crèches en ville.

- Un autre rite ancien, symbolisant le passage d'une année à l'autre et célébrant l'arrivée des Rois Mages, est le falò (appelé aussi pignarul, panevìn, panaìn, pìro?a-pàro?a, vècia, fogherada, bubarata ou encore foghèra ou casèra selon l'endroit). Il s'agit d'une sorte de bûcher en bois, que l'on brûle à la faveur d'une fête nocturne. Organisées la nuit du 5 au 6 janvier, ces fêtes sont typiques du nord-est italien: Frioul, Venétie. Ainsi la Femenate à Arta Terme, la Fogorata à Arba mais aussi à Tarcento, Aquileia, Latisana, Pordenone et dans de nombreux autres villages. Parfois un fantoche représentant un vieillard (qui symbolise l'année passée) surmonte le bûcher, comme aux environs de Bologne et Modena.

(Photos FL)

- C'est la Befana du 6 janvier qui détrône parfois le Père Noël, le jour de l'Epiphanie: pour certains (notamment à Rome) c'est elle qui amène les cadeaux aux enfants. C'est une sorcière bienfaisante qui se déplace sur un balai et entre dans les maisons par la cheminée. On laisse à son intention les chaussettes en évidence, afin qu'elle y dépose jouets et friandises, ou encore du charbon pour les enfants turbulents ou ceux qui ont essayé de surprendre sa venue...

Ainsi, comme en matière de gastronomie festive, du panettone milanais au pandoro véronais en passant par le panforte toscan et les ricciarelli de Sienne, on rencontre différentes pratiques selon les régions... Profitons de ces étonnantes divergences pour rappeler que le Père Noël, qui nous semble si universel, n'est apparu qu'au XIXe siècle en Amérique du Nord et au milieu du XXe siècle seulement en Europe. Il n'est donc pas si étonnant, surtout dans un pays où les traditions régionales sont fortement ancrées, qu'aient perduré ces célébrations de personnages qui, bien que différents, ont tout de même des points communs: des figures mythiques auréolées de mystère, mi effrayantes-mi bienfaisantes, et une finalité similaire, la récompense des enfants sages à grand renfort de sucreries et présents!

Fleur Louis (www.lepetitjournal.com/Milan) mercredi 22 décembre 2010


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