

Après quatre éditions, Gianni Amelio a passé la main. Le 31e TFF, qui s'ouvre ce vendredi, est orchestré par un cinéaste d'une toute autre nature, au large sourire et aux idées modernes. De nouvelles sections s'infiltrent dans la programmation.
Légèrement intimidé, mais le regard plein de passion. En conférence de presse, Paolo Virzì (photo) sait qu'il a tout à prouver en sa qualité de nouveau directeur du Torino Film Festival. Il n'est pas simple de succéder à Nanni Moretti et Gianni Amelio.
Le quinquagénaire, qui a grandi à Turin, mérite pourtant son poste. Dans la tradition des comédies italiennes, il a réalisé des films portant un regard juste, drôle et compatissant sur la société. Là une ado déboussolée face aux m?urs de la capitale (Caterina va en ville), ici une diplômée de philosophie ?uvrant dans un centre d'appels déjanté (Tutta la vita davanti)... Dans la scène d'ouverture de La prima cosa bella, son dernier succès, une Micaela Ramazzotti rayonnait de bonheur en étant élue "Plus belle maman" de la station balnéaire.
Le cinéaste a-t-il insufflé un peu d'humour, au sein de la programmation ? Le ton sera donné dès le lancement, ce vendredi soir, avec la projection de Last Vegas de Jon Turteltaub : Michael Douglas, Robert De Niro, Morgan Freeman y enterrent une vie de garçon. Prometteur.
Compétition française
Côté sélection officielle, le jury présidé par le réalisateur mexicain Guillermo Arriaga devra départager les ?uvres, marquant toutes des débuts à la réalisation. Shell de l'Anglais Scott Graham l'emportait l'an dernier.
Parmi les 14 longs métrages internationaux en compétition, "la France gagne, avec trois films", ironise le directeur (2 Automnes 3 Hivers de Sébastien Betbeder, La Bataille de Solférino de Justine Triet et Vandal d'Hélier Cisterne). Acteurs et réalisateurs viendront se présenter à Turin.
Au vu des invités, cependant, c'est surtout l'Italie qui marque des points... Concurrencé par le jeune et riche festival de Rome, Paolo Virzì n'a pas convaincu les stars internationales de faire le déplacement ? la venue de Francis Ford Coppola en 2009 ou de Penélope Cruz en 2011 demeureront dans les annales, mais la brochette des personnalités locales s'avère particulièrement fournie.
Le présentateur télé Pif concourra avec son premier film, La mafia uccide solo d'estate (photo). Une comédie sur fond d'organisation criminelle : le contraste humour/décor dramatique s'inscrit dans la veine de La vie est belle de Roberto Benigni (toujours selon Paolo Virzì, l'allégation reste à confirmer).
Monsieur le directeur a aussi choisi d'appeler ses amis : à Turin, on pourra rencontrer les acteurs Isabella Ragonese, Valerio Mastandrea et Claudio Amendola. Tous ont été dirigés autrefois par Paolo Virzì. Répondent aussi présent Alessandro Gassmann, Alice Rohrwacher, Gianni Zanasi, Francesco Bruni?
Histoire de poursuivre sur cette lancée nationale, le Grand Prix 2013 récompensera la carrière du réalisateur Carlo Mazzacurati (La passione, La giusta distanza?). Et c'est à l'Italien Federico Fellini, décédé il y a 20 ans, que le festival rend hommage, avec la version restaurée de 8 ½.
Pêle-mêle international
En bougeant les lignes, Paolo Virzì n'a pas manqué de créer des sections modernes, dédiées aux séries télévisées (avis aux adeptes de David Fincher, qui pourront découvrir sur grand écran House of cards !) ou aux grands frissons du cinéma d'horreur.
Au programme également, Histoire de ma mort d'Albert Serra (grand vainqueur à Locarno) plongera dans le fantastique et, plus sérieux, le documentaire Le Dernier des injustes de Claude Lanzmann s'intéressera à l'histoire juive. Tandis que la danseuse ratée Frances Ha (Noah Baumbach) et le chanteur malheureux d'Inside Llewin Davis (les frères Coen) rivaliseront de bourdes.
Samedi 30 décembre, les festivités se termineront sur le thriller Grand Piano, où un musicien incarné par Elijah Wood se voit dans l'obligation de "jouer le meilleur concert de sa vie pour sauver sa femme".
À travers son catalogue, le 31e TFF affiche sa cinéphilie et s'ouvre sur l'étranger, tout en revendiquant son italianité. Il laisse une large place au rire, à l'image de Paolo Virzì. Ce festival-là lui ressemble déjà.
Clémentine Delignières (www.lepetitjournal.com/Turin) vendredi 22 novembre 2013
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du 22 au 30 novembre Programme et billetterie en ligne, sur le site du festival |






