

Les amateurs du genre se réjouiront : tous les samedis à 22h, Rai 3 diffuse les épisodes de la série télévisée Gomorra qui s'inspire du livre du même nom écrit en 2006 par Roberto Saviano pour dénoncer la mafia napolitaine, la Camorra. Une série extrêmement réaliste et d'une violence inouïe qui entraîne le téléspectateur au c?ur de l'empire du mal, dans les quartiers napolitains de Scampia et de Secondigliano.
"Il y a des lieux où le mal porte un nom aussi antique que la Bible : Gomorra." Dans la série télévisée qui a adapté au petit écran le livre éponyme de Roberto Saviano, véritable dénonciation contre la Camorra - la mafia napolitaine - publiée en 2006, depuis laquelle son auteur est obligé de vivre dans un endroit secret et sous escorte policière, la caméra montre ces lieux sans aucune concession. Des quartiers dégradés, ceux de Scampia et Secondigliano à Naples (véritables bastions de la Camorra dans la réalité), servent de cadre sordide aux activités mafieuses du clan de Pietro Savastano. Le contraste entre la villa luxueuse des Savastano, entourée d'une haute muraille et remplie de meubles et d'objets parfaitement kitchs qui, dans une prolifération d'or et de stucs dorés, témoignent de la réussite du boss, et le quartier environnant aux trottoirs jonchés d'immondices et de gravats n'en est que plus saisissant. C'est là, au c?ur de leur empire, que vivent Pietro Savastano, sa femme Imma et leur fils Gennaro, dit Genny, qui semble loin de posséder l'étoffe de son père. 
Chaque samedi, à 22h, le téléspectateur peut se plonger dans cet univers impitoyable. Rai 3 a en effet décidé de diffuser en clair cette série, réservée en mai dernier aux chaînes payantes de Sky, au rythme de deux épisodes de 52 minutes par soirée. Les premiers épisodes ont permis de camper les personnages et de mettre en place les ingrédients décisifs de l'action : l'emprisonnement de Pietro Savastano, bientôt placé en isolement total, entraîne une crise familiale pour la passation de pouvoir qui se double d'une lutte sans merci entre familles rivales pour le contrôle du territoire et des activités criminelles. Si la réalité est déjà dure et complexe, les metteurs en scène (Stefano Sollima, réalisateur de Romanzo Criminale en 2006, Claudio Cupellini et Francesca Comencini, qui ont réalisé chacun plusieurs épisodes) ont choisi de la représenter de manière particulièrement violente et réaliste. Dans la lumière blafarde, très loin de la lumière intense du ciel et du golfe de Naples, les personnages qui, selon Roberto Saviano, "sont vus dans leur misère quotidienne", se livrent aux actes les plus atroces ou font acte d'allégeance la plus totale (la scène où Ciro Esposito, le bras droit de Pietro Savastano démontre son obéissance au boss mafieux en avalant à la demande de ce dernier un verre rempli de son urine restera dans les annales) sur fond de musique rap napolitain, un dialecte utilisé à chaque instant pour plus de véracité. Des sous-titres en italien permettent aux non-initiés de pouvoir suivre les dialogues.
La violence, physique et psychologique, est omniprésente et le téléspectateur a souvent le souffle coupé face à un univers où le mal est absolu. Le malaise est d'autant plus total que dans ce monde inhumain les qualités des chefs criminels sont nettement mises en évidence : Pietro Savastano est le véritable héros de la série ; c'est un homme à l'intelligence froide et lucide qui a l'étoffe d'un chef et de grandes qualités de courage et de détermination. On se surprendrait presque à l'admirer. Grand connaisseur de l'âme humaine, il man?uvre ses hommes et planifie ses actions avec une rigueur admirable, n'hésitant devant rien pour parvenir à ses fins. Personne ne fait le poids face à lui, l'Etat, la justice et la morale sont absents de ce monde dérangeant : par parti pris, les réalisateurs ont en effet choisi de représenter la Camorra vue par la Camorra. Quant à Roberto Saviano, son but était de "raconter la réalité avec beaucoup de rigueur. La réalité n'est pas expliquée, elle est racontée. A la fin il y a un verdict, mais il est émis par le spectateur". Une chose est sûre, on ne sort pas indemne de la vision d'un épisode de Gomorra ? la série.
Christine Correale (www.lepetitjournal.com/Turin) jeudi 22 janvier 2015
Crédit photos : captures d'écran de la bande annonce de la série (Sky Atlantic)






