Édition internationale

CESARE LOMBROSO – Le crime a-t-il un visage ?

Écrit par Lepetitjournal Turin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 20 décembre 2009

Le 27 novembre dernier, le musée Cesare Lombroso a ouvert ses portes au public. Voyage dans l'univers peu commun du fondateur de l'anthropologie criminelle qui, au XIXe siècle, a su rassurer ses contemporains avec sa théorie pseudo-scientifique de l'atavisme criminel

Il y a cent ans, le 19 octobre 1909, Cesare Lombroso s'éteignait à l'âge de 74 ans. Au cours de sa vie, il fut tour à tour médecin militaire, professeur universitaire spécialisé dans les maladies nerveuses, directeur de l'asile psychiatrique de Pesaro, puis titulaire d'une chaire en médecine légale à Turin en 1874. C'est à Turin qu'il publia son ouvrage le plus célèbre, "L'uomo delinquente ", véritable typologie du criminel.
Désormais, le crime a un visage : le crâne est caractéristique. Il est plutôt petit, le front est fuyant, les sourcils sont fournis, les pommettes très prononcées? Cesare Lombroso devint ensuite titulaire d'une chaire en psychiatrie, puis en anthropologie criminelle (créée pour la discipline qu'il vient de fonder). Génie ou charlatan ? Encensé de son vivant et dénigré immédiatement après sa mort, il est considéré aujourd'hui comme un pur produit de son époque. Son ?uvre et sa collection mettent d'ailleurs le visiteur en présence d'un problème qui n'est pas la prérogative de son époque : car devant les crimes les plus effroyables, l'horreur est renforcée quand les auteurs ne sont que des monstres ordinaires. L'existence d'un visage type du criminel ne pourrait que nous rassurer, comme il a rassuré le XIXe s.

Le crâne du brigand Villella est l'illustration macabre de la grande découverte de C. Lombroso : son aspect "primitif"serait, pour le chercheur, la preuve du lien "atavique"existant entre le criminel et les hommes primitifs (photo Museo di Antropologia Criminale Cesare Lombroso)

Replacer une théorie dépassée dans un contexte précis

Cent ans plus tard, le public est invité à découvrir une véritable cour des miracles (C. Lombroso s'intéresse aux criminels et aux prisonniers de droit commun, mais aussi aux prostituées et aux fous) observée, analysée et mesurée. Le musée présente ainsi un assortiment éclectique de photos, d'objets divers et variés liés à différents crimes, de témoignages de folie ordinaire et de souffrance. Le parcours a été pensé en fonction du contexte dans lequel naissent les théories de Lombroso. Chaque salle (il y en a 11) représente une étape. D'abord les "lieux"et les "visages"qui retinrent l'attention du chercheur, puis une mise en perspective de Cesare Lombroso dans son époque et enfin une présentation de la science positiviste. Vient enfin le tour de la collection proprement dite de Lombroso, présentée dans les vitrines d'origine. Les salles suivantes sont enfin consacrées aux asiles et à leurs pensionnaires, aux prisons, et à une reconstruction du bureau de Lombroso. Signalons ici l'importante collection des "céramiques criminelles"qui témoigne déjà d'une approche psychologique du criminel.

Carafe de prisonnier (photo Museo di Antropologia Criminale Cesare Lombroso)

Christine Correale (www.lepetitjournal.com ? Turin) mardi 1er décembre 2009

Le musée se trouve à l'intérieur d'un pôle plus ample qui abrite le musée d'anatomie humaine "Luigi Rolando"et le musée du fruit "Francesco Garnier Valletti", afin d'offrir au public un regard sur le positivisme scientifique turinois entre XIXe et XXe s. il se trouve au c?ur d'un quartier, celui de San Salvario, qui fut le centre de la recherche scientifique turinoise à l'époque.

Museo di Antropologia criminale ?Cesare Lombroso? (Università degli Studi di Torino)
Via Pietro Giuria 15 - Turin   
www.museounito.it/lombroso
Ouvert du lundi au samedi de 10h00 à 18h00
3 ? (7,50 pour les trois musées), tarif réduit 1,50 ? (4 ? pour les trois musées)
Entrée gratuite le mercredi

Publié le 1 décembre 2009, mis à jour le 20 décembre 2009
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