

La cour suprême a reconnu mardi à travers une décision officielle qu'une femme a bien été victime d'un empoisonnement au mercure suite à la tragédie de Minamata. C'est la première fois qu'un lien officiel est établi par la justice entre la maladie et l'installation des usines pétrochimiques dans la ville du même nom
Un monument dédié aux victimes au Minamata Eco Park, où se situe le Musée municipal de la maladie de Minamata (Photo DR)
La cour suprême a reconnu à titre posthume que Chie Mizoguchi, résidente de Minamata morte en 1977 à l'âge de 77 ans, avait bien été empoisonnée au mercure. C'est la première fois que la cour prend une décision en faveur de quelqu'un se disant victime de cette tragédie ou d'un proche cherchant la reconnaissance des faits. Cette décision signe la fin d'un long combat pour les proches de Chie Mizoguchi, qui avaient déjà vu leurs plaintes se faire rejeter par le gouvernement préfectoral de Kumamoto. Le gouvernement japonais avait instauré une aide financière en 2010 pour les victimes de Minamata, à laquelle plus de 65.000 personnes avaient postulé. Néanmoins le nombre de malades reconnus par l'Etat avoisine seulement les 3.000, dont les trois quarts sont morts aujourd'hui, selon le Japan Times. La décision de la cour suprême mardi pourrait faire changer les choses et donner de l'espoir aux 1.500 personnes encore en procès avec l'Etat. Paralysie, malformations, cancers, les symptômes de la catastrophe humanitaire et écologique sont très variés, et rendent le nombre de personnes atteintes directement ou indirectement par la maladie de Minamata très difficile à évaluer.
Une maladie qui remonte à plus d'un siècle
La maladie de Minamata trouve son origine il y déjà plus d'un siècle, en 1907, à l'installation d'une usine pétrochimique, par la compagnie Chisso, dans la ville de Minamata sur l'île de Kyushu. A partir de 1932, le complexe rejette de nombreux résidus de métaux lourds dans la mer dont du mercure. Une vingtaine d'années plus tard, les premiers signes de maladie apparaissent. Perte de motricité et autres problèmes liés au système nerveux touchent les habitants, le nombre de malformations à la naissance et d'enfants mort-nés est anormalement élevé. Suite à la consommation de poisson du port, il y aurait eu plus de 900 décès entre 1949 et 1965. En 1959, un docteur employé de la firme Chisso acquit la certitude que les phénomènes observés étaient liés à la pollution par le mercure. Il avait mené des expériences sur des chats du port de Minamata, qui devenaient fous jusqu'à se jeter dans la mer pour s'y noyer. L'entreprise a officiellement reconnu 2.200 malades, mais en aurait payé plus de 10.000 pour qu'ils gardent le silence. Environ 400 tonnes de mercure ont été déversées dans la mer de 1932 à 1966. Les boues contaminées ne seront traitées et stockées qu'en 1977. Il faudra attendre 1996, près de cinquante ans après le début de la maladie, pour que l'Etat propose un début d'indemnisation aux victimes d'empoisonnement.
D.C (http://www.lepetitjournal.com/tokyo.html) jeudi 18 avril 2013











