Mercredi 22 septembre 2021
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BACKPACKERS - Du rêve australien...à l'exploitation

Par Lepetitjournal Sydney | Publié le 12/05/2015 à 23:20 | Mis à jour le 09/02/2018 à 08:16

Pas toujours facile d’être un “Working Holiday Visa”. Selon un reportage diffusé  par ABC, certains sont plus proches du cauchemar que du rêve australien. Contraints de travailler dans les fermes australiennes pour renouveler leur second visa ou renflouer leurs portefeuilles, ils sont parfois les victimes d’un système qui frise l’esclavage…

Peut-être y penserez-vous la prochaine fois que vous irez faire vos courses, dans l’un des supermarchés australiens de votre choix. Sur les étals, les fruits et légumes destinés a votre consommation, ont peut-être été ramassés et conditionnés par de jeunes européens et asiatiques surexploités...
Un état de fait qui ne dérange pas outre mesure les principaux fournisseurs, plus intéressés par les dollars générés par les contrats signés avec les fermiers que par les conditions de travail qui y sont imposées…Quand le deal est toutefois conclu avec un fermier. Or le plus souvent, comme l’explique Joanna Howe, professeur spécialisée sur les lois du travail et l’immigration : « les fermiers n’embauchent pas eux-mêmes les saisonniers ». Des contracteurs, bien moins scrupuleux sont chargés de recruter les travailleurs parmi une brochette de jeunes européens ou asiatiques, avec pour seule arme en poche, leur fameux « Working holiday visa » ou visa 417.

Ils sont ensuite envoyés là où il y a du travail, contraints de travailler un nombre d’heures illégales, payés bien en dessous du salaire minimum légal et soumis à des conditions de vie dégradantes, comme en témoigne une jeune backpacker anglaise, employée dans la région de Bundaberg :

« Je dirais poliment que c’était de l’esclavage. J’ai eu l’impression que nous avions été projetés dans le passé. On a été traités de façon inhumaine. »

 

Image extraite de l'émission Four corners d'ABC. (Crédit ABC) 

 

Pour Joanna Howe, cette pratique, en plus de corrompre le visa 417, contribue à ternir l’image du pays :

« Nous allons être vus comme le pays qui exploite les gens vulnérables en quête d’une vie meilleure. Nous n’accepterions jamais ça, s’il s’agissait de travailleurs australiens ».

Un veritable système d’exploitation dont les backpackers ne sont pas les seules victimes. Car si les supermarchés sont en bout de chaine, ce sont eux qui fixent les règles du jeu. Il n’est pas rare que ces derniers délaissent des agriculteurs et fournisseurs respectueux de la loi et de leur main d’œuvre pour des producteurs moins chers et donc bien moins scrupuleux. Une pression au quotidien que vivent les fermiers, à l’image de Steve Marafioti, PDG de SA Potatoes, “lâché” par certains de ses clients :

« Des intermédiaires viennent nous voir sans arrêt. Ils nous disent qu’ils vont nous apporter des saisonniers et qu’ils vont nous faire économiser beaucoup d’argent. Ils nous disent qu’on peut réduire nos coûts de 20, 30 voire 40%. Mais il est hors de question de céder. »

Si les pratiques mises en évidence dans le reportage d’ABC peuvent paraître aberrantes, Joanna Howe estime néanmoins que le gouvernement est au courant, préférant fermer les yeux, face à un problème croissant.

De quoi sourire donc, quand dans le même temps,  l’ACTU (confédération syndicale australienne), dans un rapport adressé au Sénat, demande de réduire davantage l’obtention des visas temporaires, sous prétexte qu’ils seraient en partie, la cause du chômage australien…

Céline Petit, Lepetitjournal.com/Melbourne, mercredi 13 mai 2015.

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