Fusillade aux Etats-Unis : l’Australie, un exemple pour la régulation des armes

Par Capucine Canonne | Publié le 30/05/2022 à 17:50 | Mis à jour le 31/05/2022 à 12:50
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La nouvelle tuerie au Texas fin mai remet sur la table le problème des armes à feu en circulation aux Etats-Unis. Un fléau que certains pays ont pris à bras-le-corps comme l’Australie. Mais comment ?

 

Depuis le début de l’année, 212 villes ont déjà connu une tuerie de masse aux Etats-Unis. Le 24 mai dernier, la ville d’Uvalde devient la 213ème. A l’heure où le débat sur le port d’armes s’anime et s’envenime, il est important de se tourner et observer des pays qui ont réussi à faire face à ce problème, comme l’Australie.

 

Le 28 avril 1996, une date marquante pour tous les Australiens

Tout change le 28 avril 1996, une date gravée dans la mémoire de nombreux Australiens, dont Walter Mikac. Ce jour-là, le père de famille visite, avec sa famille, les ruines du bagne de Port-Arthur, une attraction touristique populaire sur l’île de Tasmanie, au Sud de l’Australie. Quand soudain, un homme de 28 ans se met à tirer sur la foule. En moins de deux minutes, il tue 35 personnes, dont la femme et les deux filles de Walter. Il blesse 23 autres personnes et commence une prise d’otage. Dix-huit heures plus tard, il est arrêté. Il sera par la suite condamné à la prison à perpétuité.

 

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L’Australie, traumatisée, prend des mesures radicales contre les armes à feu

Walter est choqué et, avec lui, l’Australie entière. Le massacre, l’un des pires de l’Histoire du pays est un électrochoc sur la question des armes à feu. Les réactions sont presque immédiates puisque douze jours plus tard, un consensus politique débouche sur l’interdiction des armes longues et de poing. Dans la foulée, le Premier Ministre de l’époque, John Howard, constate qu’il y a beaucoup trop d’armes en circulation dans le pays et annonce une réforme sur l’ensemble des armes à feu. Celle-ci porte le nom de National Firearms Agreement (NFA), et instaure désormais un contrôle strict des armes à feu.

Et ce n’est pas tout. Le Gouvernement met aussi en place un programme de rachat des armes. Concrètement, les détenteurs ne peuvent pas les garder, sous peine de lourdes sanctions. Le programme est financé par une hausse des impôts. Le constat est sans appel : en un an, les autorités australiennes déclarent avoir récupéré entre 600.000 et 650.000 armes remises par les propriétaires, soit 20% des armes détenues par des particuliers en Australie . En 2017, 30.000 armes auraient été récupérées après une nouvelle opération de rachat.  

 

L’efficacité du programme NFA prouvée ?

En 2009, selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, il y avait 0,1 meurtre par arme à feu pour 100.000 personnes. En 2011, des chercheurs d’Harvard arrivent à prouver une baisse de 42% des homicides par armes à feu et une chute de 57% des suicides pendant la période de 1996 à 2003. Par ailleurs, le pays n’a pas connu de fusillade de masse d’une telle ampleur depuis 1996. Le dernier évènement marquant date de décembre 2014, à Sydney. Une prise d’otages avait fait 3 morts dont l’attaquant.

 

homicides et suicides en australie

 

En 2021, des analyses menées par la RAND Corporation ont été réalisées sur le sujet. Selon l’organisme, il est difficile de déterminer précisément la contribution de la politique australienne sur la réduction de la violence et des décès par armes à feu. Cependant, pour de nombreux experts, il est évident que le programme NFA a contribué à une prise de conscience profonde du fléau des armes à feu et la prévention d’autres tueries de masse.

Une telle politique est-elle possible aux Etats Unis ? Au regard des fortes convictions, de la puissance du second amendement (qui garantit le droit aux Américains de porter une arme) et de la différence territoriale (l’Australie n’a pas de frontière terrestre, le contrôle de la circulation y est plus facile), le scénario semble difficile.

 

 

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Capucine Canonne

Après 10 ans d’expérience en marketing média, Capucine se reconvertit en journalisme. Ancienne expatriée et fondatrice de l’édition lepetitjournal.com de Chennai en 2019, elle intègre la rédaction internationale à Paris.
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Nicolas Roger

Rédacteur en chef de l'éditon Sydney.