

Cinquième volet des aventures d'Adrien qui a quitté la France il y a quelques mois pour venir s'installer en Australie. Aujourd'hui, les Mousquetaires contre la vie chère

Propos de bouseux !
Nous, on vient de Paris. La vie chère, on connait !
A Paris, une soupe lyophilisée Monoprix-Gourmet c'est le PIB par habitant du Burundi… Mais c'est vrai qu'elles sont bonnes… Pauvres Burundais, une soupe par an, ça fait pas bézef !
On est allés aux courses, comme disent les vieux. Mais t'attends pas à voir un cheval, c'est un caddie qui prend le départ !
Pour notre toute première fois c'est Woolworth qui retient nos faveurs. Magnifique supermarché, ultramoderne. Moderne et traditionnel. Produits du terroir australien et tout et tout… On pourrait même manger tout casher si j'avais pas si peur de la circoncision.
C'était un peu le paradis de parader au milieu de denrées à nourrir TOUT LE BURUNDI !
Les pommes brillent comme des diam's. J'imagine un tas de Philippins, au sous-sol du magasin en train de frotter et lustrer leurs pommes. A moins que ce ne soient des Français… On est précaires ici ! Non… ce serait moins bien fait ! On n'est pas très bling-bling niveau pommes !
On charge le caddie comme un mulet : chocolat, fromage, charcut', huile d'olive, pâtes en sauces, plein de sauces ! De toutes les couleurs ! Et une salade… pour la ligne.
La caissière est voilée… Tiens ! En France, elle pourrait peut-être pas travailler… Fichu fichu sur la caboche… La caissière nous sourit, dit bonjour dans sa langue indigène : l'anglais. Elle passe nos articles sans passion. Bel exemple d'intégration.
La facture est de 269 dollars et des poussières de diamants. Ça fait mal, ça fait mal ! On paye quand même, on n'est pas des sauvages, je ne me vois pas faire un « French Jogging » comme dirait le consul.
Eglantine analyse encore la facture avec son Iphone, change les devises, énonce en Euros le prix de chaque sauce... Je sens que je me suis un peu trop lâché…
« Avec ça …
- Oui, je sais ! On pourrait nourrir un village d'Afrique ! Elle a bon dos l'Afrique, depuis que je suis tout petit, il faut manger les plats dégueulasses de ma mère parce que… en Afrique, y a des enfants qui meurent de faim… Il faut aller à l'école et bien travailler ! L'école est une chance parce que… En Afrique… y a des enfants qui peuvent pas aller à l'école. M**de !
- Ça va pas de t'exciter comme ça ?!
- Pardon, mais c'est vrai que 269 dollars… ça me chamboule ! On m'avait dit que la vie était chère mais…
- Oui mais on gagne bien sa vie, il parait !
- Pour l'instant on gagne que dalle …
- Allez, la prochaine fois, on ira chez Aldi, ils ne font pas que des saucisses tu sais! »
Une fois chez nous je me regarde dans la glace et me répète ce mantra :
QUAND LES POMMES BRILLERONT DE MILLE FEUX, TU SORTIRAS DU MAGASIN FISSA
QUAND LES POMMES BRILLERONT DE MILLE FEUX, TU SORTIRAS DU MAGASIN FISSA
Deux jours après notre ruine, on n'a plus rien à bouffer à part mes sauces… Comme quoi !
Eglantine est furax. C'est vrai que l'espérance de vie d'un morceau de fromage dans le frigo ne dépasse pas 48 heures si je suis dans les parages.
Je suis sommé de faire les courses et pour PAS CHER ! Je pars de ce pas au hard discount.
Avant d'enter, j'observe de loin les pommes. Puis, j'admire longuement la chemise bleue rayée blanc des caissiers, impeccable ! Ils n'hésitent pas à mettre trop de gel sur les cheveux… Pour les faire briller ! J'entre quand même…
En sortant, je suis plutôt content. Je sais qu'Églantine m'aimera à nouveau quand elle verra mon cabas rempli de denrées pas chères. Je marche la tête haute, assez fier de moi, tel un chasseur préhistorique qui a réussi à capturer son gibier ! J'ai mon Iphone sur les oreilles. L'iphone 1G, celui qui pèse dans la poche à te faire marcher de traviole. J'écoute à fond la bande originale de bibi-phoque, remixée par Pat Le Guen, je plane…
Je sens que les gens me regardent. Ce n'est pas courant qu'un homme aussi viril que moi fasse les courses. Faut dire que je me suis laissé pousser barbe pour avoir l'air d'un mec cool, d'un mec libre… D'un surfeur, quoi !
Je récolte quelques sourires… Quel succès Adrien ! La bande-son est terminée… Il n'y a que deux titres. J'enlève le casque de mes oreilles, ça fait « mec inaccessible ».
C'est là que je m' aperçois que mon cabas fait un bruit d'enfer. Un couinement… une horreur ! Comme si on marchait sur un hamster. A chaque pas : COUIC-COUIC-COUIC, la honte ! Je comprends l'origine des sourires… moqueurs ! J'ai la rage ! Je décide de porter mon « trolley » à bout de bras comme un enfant non désiré.
Je rentre chez moi. Églantine est heureuse ! $48 les courses, je suis un génie ! Un vrai mousquetaire !
On n'a pas encore de métier mais on sait où s'approvisionner. On profite encore de l'existence oisive que nous offre l'exil… et des boîtes de thon à moins d'un dollar…
Adrien Oualé (www.lepetijournal.com/sydney), mercredi 26 mars 2014
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