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ABORIGENE - Nés un Premier Juillet

Écrit par Lepetitjournal Sydney
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

 

25% des aborigènes nés avant 1967 sont nés un 1er Juillet. Un hasard ? Non, le fruit de l'histoire … et l'explication de certains stigmates sociaux toujours présents.

Vendredi dernier, de nombreux aborigènes fêtaient leur anniversaire. A tort ou à raison …

En effet, de nombreux enfants aborigènes du bush australien, récupérés par les autorités australiennes et envoyés sur les îles de la Mission, n'avaient pas de date de naissance. Car dans la culture aborigène, aucune date, aucun calendrier, seulement des saisons. Les années passent au gré du temps et des éléments naturels, sans date précise. De ce fait, la majorité des enfants aborigènes n'ont pas de date de naissance à proprement parler. Aucun d'entre eux n'avaient jamais entendu parler d'anniversaire, de fête et de cadeau avant l'arrivée des européens et la propagation des traditions occidentales. 

Teresa Roe, qui fêtait son anniversaire vendredi dernier explique : « La date de naissance n'est pas importante dans la culture aborigène. Les dates en général n'ont pas de signification particulière. Chaque enfant sait quand et où il est né mais pas en fonction d'un calendrier. Seulement en fonction des saisons et de la météo ». 

Mais lorsque les enfants aborigènes étaient envoyés sur les îles de la Mission ou rejoignaient les bancs de l'école, une date de naissance leur était demandée. Incapables de répondre à cette question, les autorités australiennes ont alors décider de leur en attribuer une au hasard.

Et le hasard voulu que ce soit le 1er Juillet. En conséquence, 25% de la Génération Volée, c'est à dire de l'ensemble des enfants nés avant le référendum sur la citoyenneté des populations aborigènes de 1967, sont nés un Premier Juillet. « Pourtant, pendant des milliers d'années, mes ancêtres ont vécu sans savoir ce que date de naissance voulait dire » rappelle Teresa. 

Mais si ces enfants ne connaissaient pas leur jour de naissance, il n'en connaissait pas plus sur l'année ! Ce sont donc encore une fois les autorités australiennes qui ont joué aux devinettes en attribuant des âges par approximation à l'ensemble de ces enfants. « Et après, les européens s'amusent à dire qu'ils n'arrivent jamais à nous donner d'âge ou que nous ne faisons pas notre âge. Et bien nous n'en savons pas plus qu'eux ! » rigole Teresa. 

Plus sérieusement, la date de naissance représentait à l'époque la condition sine qua non pour être reconnu par les autorités australiennes. Que vous alliez à l'école ou que vous ambitionniez de faire vos papiers d'identité, une date de naissance ou un certificat de naissance vous était demandé. 

Et la date de naissance pose toujours problème actuellement dans les communautés aborigènes. 

D'après un rapport de la Western Australia Registration of Birth, Death and Marriages, 1 enfant aborigène sur 5 âgé de moins de 16 ans n'a pas de date de naissance aujourd'hui. Soit 4 628 enfants, sans certificat de naissance et sans identité officielle. 

Cette situation n'est pas propre au Western Australia : dans le Queensland, 17% des enfants aborigènes âgés de 2 à 4 ans ne sont pas enregistrés dans les registres civils australiens. 

Ce rapport publié dans The Australian and New Zealand Journal of Public Health, tente d'expliquer les raisons de ces chiffres, certes en baisse depuis 2006, mais toujours extrêmement élevés. 

Si en France vous disposez de 3 jours pour déclarer votre enfant à la mairie, en Australie, distances obligent, vous avez 60 jours pour le faire. Mais ce certificat a un cout; $47, et requiert des capacités de lecture et de rédaction. 

Car en Australia, vous recevez par courrier à votre domicile les papiers de déclaration à remplir et à renvoyer aux autorités australiennes. Hors, la majorité de ces enfants non déclarés et sans date de naissance, sont nés dans des zones rurales extrêmement pauvres et éloignés. Les mères de la majorité d'entre eux n'étaient que des adolescentes lors de l'accouchement ou sous l'emprise de drogues ou d'alcool. 

Peu de conditions sont donc réunies pour que ces enfants soient déclarés convenablement et dans les délais impartis. 

Cette situation n'est donc que le reflet des problèmes sociaux économiques hérités de l'histoire australienne.

Pour améliorer cette situation, le rapport suggère d'augmenter les aides administratives dans les hôpitaux ruraux et d'accroitre la présence des services familiaux, d'accueil et de prise en charges dans les régions les plus concernées.

Autant de mesures qui permettront d'éviter aux descendants de la Génération Volée d'être nés un 1er Juillet. 

 

MC Potet, lepetitjournal.com/Sydney, Lundi 4 Juillet 2016

 

Le Petit Journal Sydney
Publié le 4 juillet 2016, mis à jour le 6 janvier 2018
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