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SYNDICALISME — France-Suède : des approches très différentes

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Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 26 octobre 2016

8% de salariés étaient syndiqués en France en 2010, contre près de 70 % en Suède en 2014. À quoi tient cette différence ? Ce n'est pas que les syndicats soient plus faibles en France. Au contraire, ils ont un pouvoir conséquent, notamment en termes de négociations salariales. Peut-être faut-il voir dans l'offre des syndicats à leurs adhérents et dans la culture locale les raisons à cette différence flagrante.

Grand angle : le syndicalisme

Le mouvement syndical s'est affirmé en Europe occidentale et en Amérique du nord à la fin du XIXe siècle. Engendré par la révolution industrielle et la concentration d'une population ouvrière qui cherchait dans les idées collectivistes des réponses à ses conditions de travail difficiles, il est moins attractif depuis 1974 en Europe, avec le début de la crise économique et le déclin de l'industrie lourde.

On pourrait peut-être lier ce phénomène à la tertiarisation de l'économie, ou plus sûrement à un phénomène croissant de la primauté de l'individu sur le collectif dans nos sociétés occidentales. De plus, les syndicats ont parfois mauvaise presse dès lors qu'ils privilégient ceux qui ont un travail par rapport aux chômeurs.

Plus de services en Suède qu'en France

En Europe, il y a schématiquement deux types de pays. Ceux où, comme en France, le taux de syndicalisation est faible et où les syndicats ne sont souvent constitués que par des salariés syndicalement actifs. Paradoxalement, les syndicats ont beaucoup de poids grâce à leur représentativité lors des élections professionnelles et au soutien financier de l'État, entre autres.

Plus au Nord, les adhérents aux syndicats sont nombreux, ce qui constitue la principale source de revenus de ceux-ci. En Suède, le taux d'adhésion avoisinait les 85% avant 2007. Et les salariés adhèrent parce que les syndicats sont souvent incontournables.

En Suède, contrairement à la France, l'adhésion à un syndicat revêt aussi un caractère pécunier. Outre des allocations-chômage élevées en cas de perte d'emploi, il est possible de souscrire des emprunts immobiliers auprès de banques partenaires à des taux d'intérêt quasi imbattables mais également des assurances diverses à des prix préférentiels.

Une organisation du marché du travail différente

Alors qu'en France, l'État règle le salaire minimum et les horaires de travail, la Suède en laisse la négociation aux syndicats, que ce soit par entreprise ou administration, souvent par branche d'activité. Ce fonctionnement transforme évidemment les syndicats suédois en acteurs clefs de la réglementation du travail.

C'est la première différence car, dans les deux pays, les conditions de sécurité de l'emploi, d'accès à l'emploi ou de cessation de l'emploi sont garanties par la loi au même niveau. Idem, les conventions collectives (très présentes en France, moins en Suède) règlent ici et là les conditions d'emploi, de formation professionnelle, de travail et de garanties sociales.

Deuxième différence, le dialogue social. Traditionnellement conflictuel en France, il se fait davantage consensuel en Suède. Possible conséquence du pragmatisme à la suédoise, ce consensus a ses racines dans les grèves massives et difficiles de 1909. Les accords dits de Saltsjöbaden (1938) ont façonné tous les dialogues patronat-organisations syndicales.

Grâce à ces accords, le dialogue social est d'autant plus vivant et apaisé dans les entreprises, administrations ou usines suédoises qu'il est obligatoire. Notons que si le patronat a fait des concessions ? telles les réformes structurelles ? qui ont pour conséquence la présence plus marquée des syndicats sur tous les sujets de direction, les syndicats en ont fait aussi. Le droit de grève est par exemple très restreint et n'est envisagé qu'en dernier recours.

À terme, un rapprochement des prérogatives des syndicats ?

Qui dit construction européenne dit aussi tendance à l'unification du droit du travail dans les pays européens. L'instauration d'un salaire minimum en Europe, qui est encore une chimère, mettrait à mal le rôle des syndicats, notamment en Suède. Mais le problème tient davantage dans le fait que l'ouverture des frontières rend difficile le système de la réglementation suédoise du travail.

Quid des négociations salariales traditionnelles lorsque des entreprises étrangères emploient en Suède des salariés aux conditions de leur pays d'origine ? Un célèbre arrêt de la jurisprudence européenne met ceci en exergue : l'arrêt dit Laval, du nom d'une entreprise lettone qui refusa, selon les syndicats, de signer une convention collective suédoise. Il sera intéressant d'en suivre les développements mais en l'état le problème pose la question du rapprochement des droits du travail dans tous les pays de l'UE et de l'avenir du syndicalisme consensuel à la suédoise. Si les syndicats se retrouvent dépourvus de possibilité d'influence, ils seront automatiquement moins attractifs.

Crédits photos : Henrik Trygg/imagebank.sweden.se, Melker Dahlstrand/imagebank.sweden.se

 

 Yann LONG lepetitjournal.com/stockholm Mercredi 26 octobre 2016 (reprise)

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