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MARGUERITE - Un film qui laisse sans voix ?

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Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 mai 2016

 

Marguerite, le nouveau film de Xavier Gianolli (Quand j'étais chanteurÀ l'Origine) se fait une jolie place sur les écrans suédois. Cette fable dramatique dresse un portrait à la fois grotesque et attachant d'une femme qui s'est créée une vie d'illusion et de fantasmes, et d'une société qui plébiscite les faux-semblants. 

Xavier Gianolli s'est inspiré de l'histoire vraie de l'Américaine Florence Foster Jenkins, à qui Stephen Frears s'apprête à consacrer un film, avec Meryl Streep dans le rôle principal. Marguerite se déroule à Paris dans les années 20 et met en scène Marguerite Dumont, une aristocrate passionnée de musique et de chant lyrique – Catherine Frot, dans le rôle-titre, fait son grand retour après 3 années sabbatiques. Persuadée de son talent de chanteuse d'opéra, Marguerite organise régulièrement des soirées musicales avec un cercle d'habitués. Seulement voilà, la cantatrice chante tragiquement faux... Elle ne le sait pas puisqu'elle ne s'entend pas et que personne n'ose lui dire, pas même son mari (interprété par le grand André Marcon), qui l'a épousée pour sa fortune.

On sent une profonde solitude chez cette aristocrate qui a passé sa vie à suivre son mari dans les dîners mondains, sans jamais avoir une vraie place à ses côtés. Elle vit comme une ombre fidèle auprès d'un époux qui lui, ne l'est pas, et tente d'exister à sa façon. Elle se lance à corps perdu dans le chant lyrique et tous les membres de son cercle, triés sur le volet, s'accordent à dire qu'elle chante divinement bien, la supercherie finançant leur fêtes somptueuses. Son mari, accablé par la honte, ne trouve refuge que dans la lâcheté et le silence. Puis Marguerite fait la connaissance d'un jeune journaliste anarchiste qui la pousse à se produire sur scène devant un vrai public. Vous l'aurez compris, c'est ici que les choses se compliquent…

Un drame sauvé par ses interprétations

Le début de l'histoire nous fait sourire, on se moque gentiment, on se surprend à juger, puis le malaise commence à se faire sentir. On éprouve de la gêne pour cette femme que tout le monde berne. Xavier Gianolli fait de sa Marguerite un personnage aussi grotesque qu'émouvant. À la fois drôle et bouleversante, cruelle et empathique, elle devient relativement attachante. On compatit et on s'émeut de voir autant d'acharnement et de passion pour cet art qu'elle aime plus que tout, sans imaginer une seule seconde qu'il n'est pas fait pour elle. 

On va même jusqu'à se poser cette question : finalement, qu'est ce qui est le plus important ? Chanter parfaitement ou bien s'investir totalement et aller au bout de son désir, même si on est mauvais ?

Quelques longueurs cependant etune légère déception pour un film qu'on attendait plus fou, plus excentrique et plus audacieux. Mais l'interprétation de Catherine Frot en Castafiore touchante est remarquable, André Marcon – tout en retenu mais qui laisse entrevoir un amour profond pour sa femme – est excellent, et Michel Fau – dans le rôle d'un chanteur sur le déclin – fait sublime cabotin.

Marguerite est donc plusieurs choses à la fois ! Un film à voir pour ses acteurs, ses images, et son sujet original.

Séances aux cinémas Zita, Victoria et SF Filmstaden Scandinavia & IMAX

Amélie LEXTREYT lepetitjournal.com/stockholm Vendredi 15 janvier 2016

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