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L’ŒIL D’AUDREY – Olafur Eliasson au Moderna Museet

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Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 mai 2016

 

Tous les mois, notre férue d'art décrypte une exposition qui l'a particulièrement touchée. En novembre, on explore le travail d'Olafur Eliasson, un artiste aux talents multiples qui joue sur notre perception avec une pointe de poésie et d'ingéniosité.

Pour la première fois, le Moderna Museet collabore avec ArkDes (Arkitektur - och designcentrum) pour une grande exposition, Reality machines, entièrement consacrée à Olafur Eliasson, artiste contemporain touche à tout (installation, peinture, sculpture, photographie, architecture, film), de nationalité danoise, mais né de parents islandais en 1967. Vous y verrez 19 ?uvres datant des années 1990 à nos jours. En voici une sélection.

Ventilator (1997)

Dans la première salle, du côté Moderna, on tente instinctivement d'éviter, bien qu'il n'y ait aucun danger, un ventilateur suspendu par son câble au plafond qui, lancé dans l'élan de son propre souffle (car il est branché bien sûr), tournoie de manière irrégulière dans l'air. 

Moss wall (1994)

Le mur opposé est littéralement tapissé de lichen ; on a une seule envie : le caresser. Mais un garde vigilant vous en empêchera. Vous pouvez, pour vous consoler, vous rabattre sur la météorite, Touch (2014), vieille de 14 millions d'années exposée dans la même salle. Avouez que l'?uvre porte bien son nom !

Less ego wall (2015) a été créé spécialement pour cette exposition. Un mur couvert de miroirs triangulaires en acier inoxydable apparaît au premier abord bidimensionnel, puis en s'approchant, on se rend compte qu'il y a en fait des cavités... dans lesquelles on plongerait bien le bras pour vérifier, pour calmer l'effet optique imposé aux yeux. C'est une ?uvre qui mélange esthétique, construction et fonction.

Your compound daylight (1998) 

Vous pouvez vous miroiter à l'infini dans un kaléidoscope hexagonal géant suspendu au plafond et ouvert sur une fenêtre dans le toit. C'est peut-être l'objet le moins impressionnant de l'exposition, malgré sa taille, mais qui représente la fascination qu'Olafur Eliasson a pour ces objets qui mettent en évidence la façon dont notre perception des choses est conditionnée par notre culture. 

The seeing space (2015)

Une grosse sphère de verre encastrée dans un mur crée, encore une fois, une illusion optique : vous pensez que vous allez vous y voir, mais en fait, elle reflète les gens qui sont de l'autre côté? qui ne comprendront que plus tard qu'ils étaient observés. Constamment cette sensation que les sens sont mis à rude épreuve, toujours cette impression que le cerveau doit s'adapter au fait que ce qu'il voit au premier abord n'est pas la réalité. Comme un zoom qui cherche la bonne mise au point. 

Big bang fountain (2014)

Dans une pièce plongée dans le noir complet, la lumière violente d'un stroboscope éclaire à espaces réguliers une fontaine. Le flash de lumière est tellement rapide et bref qu'il est impossible de photographier ou de filmer l'?uvre.

The sandstorm park, 1999

Une salle couverte de sable, fouetté par un câble relié à un gros ventilateur, qui dessine ainsi un motif plus ou moins aléatoire au sol : voilà une autre thème privilégié d'Olafur Eliasson, le mouvement dans l'art et le hasard plus ou moins contrôlé. Les visiteurs sont obligés de traverser cette salle, de fouler le sable de leurs pieds, et participent ainsi à l'?uvre d'art.

Room for one colour, 1997

Une salle immense, des murs blancs, des néons jaunes au sodium... qui rendent tout jaune et noir, et les détails beaucoup plus distincts. Impossible à photographier aussi pour donner le même rendu vu par l'?il : la lentille d'un appareil photo n'est apparemment pas identique à celle de notre ?il. 

The complete sphere lamp, 2015

Pour se rendre du côté ArkDes, il faut traverser un passage où sont suspendus cinq lustres faits de miroirs et de sorte de corbeilles en osier. Ces corbeilles se reflètent dans les miroirs et votre ?il perçoit ces lampes comme rondes? alors qu'elles ne sont que semi-sphériques. Votre ?il ne sait pas déterminer si les miroirs sont plats, concaves ou convexes et oscille constamment entre différentes perceptions.

Seu corpo da obra (Your body of work), 2011

Enfin, l'immense salle d'exposition d'ArkDes est tout entière consacrée à une seule installation : des cloisons de films semi-transparents aux couleurs primaires, magenta, jaune et cyan, pendent au plafond et forment un labyrinthe. Les parois oscillent au passage des visiteurs et prennent des nuances irisées telles de grosses bulles de savon. On pénètre littéralement dans l'?uvre et l'on crée ainsi un nombre infini de variantes.

 

Il y a quelques années de ça, le Nationalmuseum proposait une exposition intitulée « Konst kräver rum », autrement dit « L'art a besoin d'espace ». Le travail d'Olafur Eliasson en est un exemple parfait. Son art est ludique, poétique, intelligent, voire ingénieux. En créant de nouvelles réalités à l'aide de ces installations, il remet en question notre perception de l'espace et des formes et par là nous engage véritablement en tant que visiteur. Il ne s'agit pas seulement de ce que nous voyons, mais surtout de comment nous voyons. Il expérimente avec le temps et le mouvement pour nous faire percevoir notre environnement de manière différente. En ressortant de l'exposition, si vous voyez la réalité d'un autre ?il, Olafur Eliasson aura réussi son pari !

Informations pratiques

Exposition Verklighetsmaskiner/Reality Machines au Moderna Museet et ArkDes

Skeppsholmen

Jusqu'au 17 janvier 2016

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h (nocturne jusqu'à 20h le mardi et le vendredi) - fermé le lundi

Entrée : 150 kr (130 kr tarif réduit, gratuit jusqu'à 18 ans)

Moderna Museet et ArkDes

 

Audrey LEBIODA (texte et photos) lepetitjournal.com/stockholm Mardi 17 novembre 2015

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