

Tous les mois, notre férue d'art décrypte une exposition qui l'a particulièrement touchée. En septembre, on découvre la photographe Nygårds Karin Bengtsson dont les atmosphères envoûtantes parcourent le Fotografiska.
Reading Woman
C'est un univers particulier qui s'ouvre à nous, dans cette petite salle d'exposition intime au deuxième étage du Fotografiska. Les photos de la Suédoise Nygårds Karin Bengtsson (née en 1972) sont soigneusement mises en scène, dépourvues de tout détail narratif. Elles racontent plus une ambiance, une atmosphère, qu'une histoire. D'ailleurs l'exposition est intitulée Untold Stories.
Ces photos sont sans aucun doute mélancoliques ; certains y verront peut-être une certaine dramatique ou une menace. Aucun indice ne révèle où et quand les scènes prennent place, et cela peut être déstabilisant. Mais on peut aussi voir ces élégantes mises en scène comme des descriptions de lieux où l'on se sent en sécurité. On se doute que quelque chose se joue, sous la surface, mais les secrets des personnages photographiés restent avec eux. Et point n'est besoin d'essayer d'y trouver une explication, cela suffit d'observer cette vingtaine de photos, de s'imprégner de leur ambiance, de les aborder sans a priori, et de ressortir de l'exposition, apaisé par ces impressions presque oniriques.

Une femme assise de trois-quarts, le dos droit, face une table couverte d'une nappe rouge, devant une fenêtre qui laisse entrer une lumière diaphane ; à droite un petit garçon qui semble être mis au coin. Tous les deux tournent le dos aux spectateurs. Dans cet espace intemporel où le silence règne, la photographe nous laisse seuls avec nos questions. Aucun indice ne laisse supposer quoique ce soit. La composition simple, les ombres, la calme solitude : on croirait un tableau peint par Vermeer.
Deux femmes debout, dans une barque, se tournant le dos. L'air gris autour d'elles, le reflet de la barque dans l'eau et l'atmosphère mélancolique évoquent les ambiances des films de Jane Campion. Les bras ballants, les femmes semblent laisser derrière elles quelque chose de lourd et regarder vers les terres qui apparaissent, bleutées, à l'horizon. La barque est posée comme un tiret, entre le passé, au premier plan, et l'avenir, en arrière-plan. Les deux femmes sont dans l'instant présent, immobiles, comme si elles prenaient une pause prolongée. Car parfois on peut ressentir le besoin de se poser, de reprendre des forces, de se retrouver avec soi-même avant de continuer son chemin.

Une femme, dos nu, portant une longue jupe blanche, debout dans l'encadrement d'une porte. Ses cheveux longs sont rassemblés sur son épaule gauche. Les pans de la robe tombent au sol et forment comme une corolle de fleur. La lumière provenant d'une fenêtre sur la droite jette une ombre sur le mur blanc du couloir. La perspective et les ombres me font immanquablement penser à un de mes peintres préférés, le danois Vilhelm Hammershøi.

Sal 202
Sur un grand écran, une autre femme vêtue d'une longue robe blanche nous tourne le dos, debout dans un jardin ceint d'un haut mur blanc. Une épaisse brume l'enveloppe. De l'autre côté de l'écran, la même femme, de face, le visage maquillé de blanc. Le maquillage efface ses traits mais fait ressortir le noir de ses cheveux et des yeux, la courbe du nez et celle des lèvres, tombantes ? elle ne sourit pas. Elle reste immobile, impassible, telle une statue.
Audrey LEBIODA lepetitjournal.com/stockholm Jeudi 17 septembre 2015
Plus d'informations
Nygårds Karin Bengtsson, Untold Stories, du 4 septembre au 15 novembre 2015, au Fotografiska
Stadsgårdshamnen 22, 116 45 Stockholm
Metro Slussen
Ouvert tous les jours, de 9h à 23h
120 kr plein tarif; 90 kr étudiants/retraités














