Samedi 23 octobre 2021
TEST: 2288

EXPATRIATION - Les jeunes compagnons-suiveurs sont plus à l’aise que leurs aînés

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 25/02/2014 à 15:00 | Mis à jour le 26/02/2014 à 03:12

Les rangs des expatriés s'ouvrant de plus en plus aux femmes, il est logique que les hommes accèdent aussi, en proportion croissante, au statut de conjoint ou de compagnon suiveur, au prix d'une inversion des rôles traditionnels et l'ajustement du parcours professionnel , avec lesquels les jeunes de la génération Y sont plus à l'aise que leurs aînés.

Parce qu'elle le vaut bien!

Ils sont de plus en plus nombreux a accepter, le temps d'une expatriation, le rôle de conjoint d'expatrié. Ils sont de tous âges mais ils sont spontanément plus nombreux parmi les plus jeunes. Les globe trotteurs de la génération Y saisissent volontiers, la plupart du temps hors mariage, les opportunités qui sont offertes au premier dans le couple qui a la possibilité de partir, parce qu'elle - l'expatriation - le vaut bien. Dans ce cas, être compagnon d'expat va rarement avec un statut clair, même en termes de visa. Mais les (jeunes) hommes suiveurs ont de la créativité à revendre et excellent à exploiter les zones grises pour rebondir sur place et accumuler des expériences, parfois en parfaite cohérence avec leur parcours professionnel, d'autres fois bricolées.

On croise parfois les plus âgés à la sortie des écoles ou dans les associations de femmes expatriées. Les plus jeunes n'y vont pas. Ils ont leur propres lieux et sont trop occupés. Les plus âgés restent discrets, les plus jeunes assument leur statut avec décontraction. Ils disent souvent "travailler" ; on retrouve les premiers chez eux, les seconds plutôt au café ou dans n'importe quel lieu pas cher ou - idéalement - gratuit, qui permet d'être connecté, au réseau et avec les personnes rencontrées sur place.

Inversion des rôles ?

?Les mentalités changent, même si elles le font lentement. L'homme qui choisit de ne pas rester seul à la barre, mais de la partager, voire qui accepte de jouer le rôle d'équipier, reste confronté à une inversion des rôles par rapport aux schémas traditionnels. Celle-ci est moins prégnante chez les plus jeunes, mais elle reste une réalité pour tous. La pression de la société à la conformité reste forte : l'homme, lorsqu'il est à l'étranger sans travail, ne trouve pas si naturellement un statut social de substitution à celui qu'il vient d'abandonner. Il vit un triple choc : culturel - la découverte d'un nouveau pays -, professionnel - l'absence ou la recherche d'emploi -, et identitaire - l'image de soi dans la communauté. Sur ces différents espaces, les conjoints d'expatriés dans la force de l'âge et ceux qu'on nommera "compagnons d'expatriés" - plus jeunes -, ne jouent pas dans la même catégorie.  

Les baby boomers, et même les hommes de la génération X, éprouvent souvent un sentiment aigu de singularité qui confine, dans leur esprit, à l'incongruité ou au contre nature. Ils ne peuvent compter sur des réseaux qui leur seraient réservés. Dans ceux qui existent, ils sont encore en nette minorité. Certains pensent être seuls de leur espèce, n'osant pas dans les soirées s'approcher du cercle des hommes où l'on parle boulot ; mal à l'aise dans le cercle des femmes, où ils tranchent évidemment. Certains n'osent pas sortir dans la rue aux heures de bureau, persuadés qu'ils devraient en effet, à cette heure, être devant leur ordinateur. Heureusement il y a aussi ceux qui prennent du plaisir, sont heureux de la relation plus quotidienne qu'ils ont avec leurs enfants, apprécient d'avoir du temps à consacrer à leurs passions ou à des engagements humanitaires, trouvent un emploi sur place ou créent leur entreprise.

Les jeunes de la génération Y sont plus décontractés. La culture start-up a largement rebattu les cartes. Le bricolage professionnel n'est pas perçu comme une aberration mais comme une expérience, d'ailleurs très estimable, où l'on touche à des choses différentes, tente sa chance (en créant sa start-up) et met en valeur des talents qui ne sont nécessairement ceux sur lesquels on a travaillé à l'université.

Les liens du couple sont aussi plus ténus. Le fait d'être partis ensemble n'est pas gage d'aventure à 2 durable, ni de retour ordonné et planifié. On peut partir ensemble, d'ailleurs, dans des villes différentes. La notion d'"ensemble" est dans ce cas vraie le week end ou sur Skype. L'éducation des enfants n'est pas un ancrage, puisque d'enfant, la plupart du temps, il n'y a pas encore.

Les "compagnons suiveurs" ont malgré tout une obsession, celle de garantir leur autonomie financière. Il y a ceux qui sont encore étudiants qui comptent alors sur la débrouille et même sur les parents. Quand le salaire n'est pas élevé, la variable d'ajustement est celle des dépenses, et sur ce terrain, c'est à nouveau le règne de la créativité.

Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) mercredi 26 février 2014

Illustration: Romain Duris- L'auberge espagnole

0 Commentaire (s) Réagir
Sur le même sujet