Elle fait du droit un refuge pour les femmes françaises victimes de violences à l'étranger. Lundi 6 juillet 2026, dans les salons du Quai d'Orsay, Chloé Vialard a été nommée Chevalier de l'Ordre national du Mérite. Une distinction qui salue un engagement humanitaire né à Singapour, mais dont l'ambition dépasse les frontières. Au-delà de l'honneur, cette cérémonie a rappelé que le combat pour protéger les victimes est loin d'être terminé.


Dans les salons du Quai d'Orsay, ce lundi 6 juillet 2026, l'émotion est presque palpable. Sous les immenses lustres qui semblent veiller sur l'instant, les invités échangent à voix basse. Deux petites filles courent entre les groupes élégamment vêtus, apportant une légèreté bienvenue à cette cérémonie empreinte de solennité. Quelques minutes avant 18 heures, une femme traverse les salons avec un sourire discret. Elle salue les invités, prend le temps d'un mot avec chacun.
Votre combat pour les femmes ne s'arrête jamais, votre vocation ne vous quitte jamais.
Dans quelques instants, Chloé Vialard, avocate spécialisée en arbitrage international installée à Singapour, sera faite Chevalier de l'Ordre national du Mérite. La distinction récompense salue des années d'engagement au service des femmes françaises victimes de violences à l'étranger.
Créé le 3 décembre 1963 par le général Charles de Gaulle, l'Ordre national du Mérite est l'une des plus hautes distinctions honorifiques françaises. Il récompense les mérites distingués, civils ou militaires, rendus à la Nation. Attribué par le Président de la République, il distingue des femmes et des hommes dont l'engagement, les responsabilités ou les actions ont contribué de manière exemplaire au service de l'intérêt général. Être nommé Chevalier de l'Ordre national du Mérite constitue une reconnaissance officielle de l'État pour un parcours marqué par le dévouement, l'engagement et l'utilité publique.
Où en est le Centre Soutien Singapour France, dédié aux femmes victimes de violence ?

« Votre combat pour les femmes ne s'arrête jamais »
Pauline Carmona, directrice des Français de l'étranger et de l'administration consulaire, retrace le parcours de Chloé Vialard : « Votre combat pour les femmes ne s'arrête jamais, votre vocation ne vous quitte jamais. Vous mettez les personnes en contact pour votre projet. Très vite, des Françaises en détresse ont besoin d'une main tendue. Vous n'hésitez pas. »
Elle rappelle que le projet voit le jour en décembre 2021: « L'idée est de favoriser l'accès au droit loin du pays d'origine, sous la forme de cliniques juridiques. De 2021 à juin 2026, plus de 90 permanences ont été mises en place. Avec cet engagement, vous êtes une Française inspirante qui fait bouger les lignes. Vous apportez des réponses. Nous savons que nombre de femmes vivent des violences. Ce dispositif peut servir de modèle et nous y travaillons. »
« Ces réalités ne sont pas invisibles parce qu'elles sont rares. Mais parce qu'on a appris à vivre avec, à côté. »
Puis vient le moment attendu. Dans un silence devenu presque solennel, Pauline Carmona invite Chloé Vialard à s'avancer : « Au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de l'Ordre national du Mérite. »
Chloé Vialard ou la défense des femmes victimes de violence

« J'ai écouté... pour nous toutes »
Très émue, Chloé Vialard prend alors la parole. « Ces réalités ne sont pas invisibles parce qu'elles sont rares. Mais parce qu'on a appris à vivre avec, à côté. »
« Les violences ne sont jamais qu'une question juridique. Une profession ne peut pas répondre seule aux violences. »
L’avocate évoque souvent sa maman, inspirante dans son parcours et ses convictions : « J'ai écouté, j'ai tendu l'oreille pour nous toutes, toutes ces femmes. J'ai eu la chance d'évoluer auprès de personnes visionnaires. J'ai compris la signification d'agir avec attention. J'ai acquis la conviction que le droit peut protéger et réparer. »
« Chaque histoire est singulière, mais les raisons sont systémiques. » précise-t-elle, rappelant que « Les violences ne sont jamais qu'une question juridique. Une profession ne peut pas répondre seule aux violences. »
Son engagement, assure-t-elle, ne fait que commencer : « Il reste tant à faire, mais je reste optimiste. Les histoires changent si notre regard change. Je fais le choix d'être utile. » Et lorsque la cérémonie s'achève, nous lui demandons ce qu’elle ressent : « Je n'ai pas les mots. Mais ce n'est pas fini et je veux faire comprendre qu'il faut qu'on avance encore. »

Un combat pour les femmes né d'un manque criant
En mars 2024, Chloé Vialard recevait déjà, au Quai d'Orsay, le Trophée Social et Humanitaire des Français de l'étranger pour l'initiative collective du Support Centre for Women Victims of Violence, un dispositif qu'elle a créé à Singapour afin d'accompagner les femmes françaises victimes de violences, qu'elles soient privées ou professionnelles.
Convaincue que le droit constitue un véritable rempart lorsqu'il protège les victimes, elle mesure aussi combien l'accès à ce droit reste difficile pour celles qui en ont le plus besoin.
Alors que la prise en charge ne peut pas être identique à celle proposée en France et que le traitement est variable selon les pays, pour certaines victimes, la peine peut être multiple...
Depuis 2019, elle s'engage après avoir constaté « qu'il n'existait aucun accompagnement spécifique pour les femmes françaises victimes de violences lorsqu'elles sont établies à l'étranger. Alors que la prise en charge ne peut pas être identique à celle proposée en France et que le traitement est variable selon les pays, pour certaines victimes, la peine peut être multiple : à la violence peut s'ajouter l'isolement en plus de l'éloignement, mais aussi ne pas savoir quels sont ses droits dans le pays d'accueil ni vers qui se tourner. »

Elle souligne également qu'une telle situation « peut s'avérer d'autant plus compliquée s'il existe une dépendance économique ou administrative à un conjoint auteur de violence. ». Face à cette réalité, elle refuse l'impuissance. Elle rassemble progressivement des acteurs institutionnels, des juristes, des associations et des bénévoles pour construire un dispositif inédit.
Cette décoration vient saluer un parcours exceptionnel mais aussi l’engagement de Chloé Vialard qui est plus que jamais d’actualité. Le lustre continue de scintiller au-dessus des invités. Les rires accompagnent la fierté de ce moment rare. L'insigne nouvellement épinglé devient l'appel à poursuivre la défense de celles qui ont encore besoin d'être entendues.
Sur le même sujet



















