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DECRYPTAGE – Un rapport officiel fait un état des lieux des inégalités à Singapour

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 05/04/2015 à 17:10 | Mis à jour le 06/04/2015 à 15:00

 

Quelle est la situation des inégalités à Singapour ? Le Lien Centre for Social Innovation a publié vendredi dernier un rapport officiel  sur le sujet, offrant une vision contradictoire de l'état de la société singapourienne, ce qui constitue une première. Lepetitjournal vous propose d'en rendre compte dans une série d'articles dont le premier, basé sur le chapitre 1 du rapport, fait un état des lieux de la situation actuelle…



Etat des lieux

 

Singapour est, selon le rapport,  l'un des pays les plus inégalitaires parmi les pays développés, loin devant les Etats-Unis et les différents pays d'Europe. Les inégalités de revenus ont considérablement augmenté depuis 2000. 

Les inégalités de revenu se mesurent au travers du coefficient de Gini , un ratio entre les revenus des 10% des ménages les plus aisés et ceux des 10% les plus pauvres, exprimé par un chiffre compris entre 0 et 1 (plus les différences sont faibles plus le coefficient est proche de 0. Plus les différences sont élevées et plus le coefficient est proche de 1).

A Singapour, selon les statistiques présentées dans le rapport, le coefficient de Gini est passé de 6.1 en 2000 à 7.8 en 2012, alors qu'au même moment,  il passait de 4.5 à 5 aux Etats-Unis, de 3.1 à 2.8 en France, et de 2 à 2.3 en Norvège. 

Une situation exceptionnelle à double titre: le niveau des inégalités, et de la rapidité avec laquelle elles se sont accrues, au point que les 1% des Singapouriens les plus riches détiennent 25% de la richesse du pays.

 


La pauvreté absolue à Singapour : 14% des foyers concernés

 

La pauvreté absolue est définie comme le niveau de revenu en dessous duquel une personne est dans l'incapacité de pourvoir à ses besoins basiques. Selon le Ministère du Développement Social et Familiale de Singapour (MSF), 3 000 familles sont bénéficiaires du programme d'assistance publique en direction des plus pauvres.

Mais ce ne sont que les estimations gouvernementales. Une autre estimation créée par Jacqueline Loh, l'une des contributrices de ce rapport, fait valoir qu'un ménage devrait être considéré comme pauvre quand il perçoit un revenu d'au maximum 1500 SGD par mois, ce qui représente 14% des foyers singapouriens.

Si l'on considère le seuil de pauvreté entre 1200 et 1500 SGD par mois et par foyer, environ 140 000 foyers singapouriens sont concernés. 

Parmi ceux –ci entre 70 000 et 90 000 sont des foyers comportant au moins un individu qui travaille, soit la catégorie des travailleurs pauvres.

20 000 seraient des foyers dans lesquels aucun membre ne travaille.

20 000 à 30 000 seraient des ménages composés de retraités. Cette dernière catégorie est celle qui connaît la plus forte augmentation. Encore le gouvernement ne prend-il en compte que les résidents singapouriens, et exclut-il de sa comptabilité les foyers de travailleurs immigrants, dont le nombre est pourtant connu par les universitaires et les ONG : parmi les travailleurs étrangers, un million sont des « foreign domestic workers ». De quoi alourdir encore les chiffres des inégalités.

 

20% des foyers singapouriens vivent dans une pauvreté relative

 

Selon les rapporteurs, la pauvreté absolue ne constitue qu'une partie du problème. Ils préconisent de se concentrer sur la pauvreté relative comme un moyen de mieux embrasser la réalité. La pauvreté relative se définit comme une situation de manque en fonction des critères de développement du pays.

Un exemple de ce qu'est la pauvreté relative : l'accès aux transports en commun. Être dans l'impossibilité de payer un forfait n'est pas considéré comme un signe de pauvreté absolue. Mais la société s'étant organisée autour de ces services, notamment pour la recherche de travail, ne pas y avoir accès revient à être exclu du système.

Il en va de même pour l'éducation, la formation, la santé, les technologies de la communication. Si un accès minimum aux services n'est pas garanti, la possibilité de mobilité sociale est extrêmement réduite, elle est même perpétuée entre générations du fait de l'absence d'investissement dans l'éducation et la formation de la part du foyer.

La plupart des États mesurent leur pauvreté relative comme correspondant à 50% du revenu médian du pays. A Singapour 20% des foyers se situent sous ce seuil de 50% du revenu median. Selon une enquête du journal Today, ce sont 30% des foyers singapouriens qui nécessitent « une attention particulière de la part des politiques sociales du gouvernement »

 



Les inégalités de capital, "la plus grande menace du XXIeme siècle"

L'étude vise aussi les inégalités de capital. Le rapport reprend les observations et les conclusions de ce qui est devenu l'un des best-sellers de 2014, « Le Capital au XXIe siècle », rédigé par Thomas Piketty, ancien conseiller économique de Ségolène Royal. Selon les observations de ce dernier, le taux de rendement du capital est plus important que la croissance, ce qui conduit à une augmentation inexorable des inégalités entre ceux qui possèdent du capital, et ceux qui n'ont que leur salaire.

Le rapport s'inquiète de constater que la situation à Singapour correspond à chacun des trois cas de figures spécifiés par Piketty comme caractéristiques d'une situation où les inégalités de capital deviennent un problème pour la société.

Le premier cas de figure est alimenté par  la faible croissance démographique, qui donne une importance disproportionnée à la richesse héritée. Si les ménages n'ont qu'un enfant qui hérite, le capital est moins bien dispersé que s'il en a 4.

Le second  est lié au ralentissement de la croissance, qui conduit à donner plus d'importance au capital hérité qu'à l'épargne produite par cette croissance. Ainsi, les salaires issus de cette croissance n'augmentent pas assez rapidement pour constituer une épargne susceptible de rivaliser avec les revenus du capital (« le passé tend à dévorer le futur », selon les mots de Piketty).

Le troisième est lié à l'absence de réglementation sur les successions , entraînant une situation où les revenus du capital n'ont plus grand-chose à voir avec les qualités du détenteur. Ce qui met à mal la méritocratie, pourtant l'un des piliers de la nation singapourienne.

 

Elie Cortine (www.lepetitjournal.com/singapour) lundi 6 avril 2015

Crédits Photo : Elie Cortine

 

Sur le même sujet : Pauvreté à Singapour – Pourriez-vous vivre avec 5$ par jour http://www.lepetitjournal.com/singapour/accueil-singapour/actualite/177497-pauvrete-a-singapour-pourriez-vous-vivre-avec-5s-par-jour

 

 

 

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