QINGMING JIE – Quand la Chine fête ses morts

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 05/04/2022 à 14:55 | Mis à jour le 05/04/2022 à 14:55
photo chapeau

 Qingmíng Jié 清明节  est la Fête des Morts en Chine, c'est-à-dire le jour où les vivants rendent hommage aux défunts, l'équivalent de la Toussaint en France. Mais, en y regardant de plus près, il s'agirait plutôt de la Fête de la clarté : qing signifie "lumière", et míng "brillant" ! L'explication vient du calendrier traditionnel chinois : cette fête tombe le jour où le soleil est exactement à la longitude céleste de 15°. Ce jour n'est alors pas que symbole de tristesse et de recueillement, mais aussi un symbole joyeux.

 

La légende dit que ...

Il y a bien longtemps, la Chine fêtait les morts le jour précédent Qingmíng, alors appelé Hánshí (aliments froids). Pourquoi ?
Au VIIème siècle avant JC, le Duc Xiao, monarque de l'Etat de Jin, avait dans l'intention de priver l'accès au trône à son fils ainé Shen Sheng au profit de Li Ji, l'enfant de sa concubine favorite. Shen Sheng fut alors assassiné, et Chong'er, son fils cadet, par peur de subir le même sort, prit la fuite avec quelques-uns de ses sujets, et tous errèrent durant les 19 années suivantes.

Un jour, après plusieurs jours de famine, Jie Zitui, le plus fidèle serviteur de Chong'er, sacrifia un morceau de chair de sa propre jambe afin de nourrir son maître alors à l'agonie. Chong'er, touché, promis de le remercier un jour. Bien des années plus tard, Chong'er accéda finalement au trône et devint Duc Wen de l'Etat de Jin. Il récompensa vivement son entourage sans se remémorer le sacrifice de Jie Zitui, son sauveur ! Ce-dernier, qui s'était alors retiré dans la forêt, eu le coeur brisé. Quand ce souvenir finit par revenir à la mémoire du Duc, il fit rechercher son sujet, afin de lui présenter ses excuses. Celui-ci ne les accepta pas, et se retira encore davantage dans les montagnes.

 

Devenu introuvable, les conseillers du Duc eurent l'idée quelque peu saugrenue de mettre le feu à la montagne afin de le forcer à en sortir... Trois jours d'incendie au terme desquels on retrouva les corps brûlés de Jie Zitui et de sa mère, qu'il portait sur son dos. A sa mémoire, le Duc décida la construction d'un monastère à l'endroit même, et décréta l'interdiction d'allumer des feux les trois jours de l'anniversaire de sa mort : ces jours-là, les gens devaient donc se contenter d'aliments froids, hánshí. La ville où Jie Zitui est mort fut appelée Jie Xiu (c'est toujours le cas), qui veut dire "l'endroit où Jie repose pour toujours".

Ce n'est que sous la Dynastie Qing que cette coutume fut supplantée par la tradition de Qingmíng, dont le principe est de faire des offrandes aux ancêtres.

 

De nos jours : "visite et balayage des tombes"

Ce jour-là, toutes les pensées se tournent vers les ancêtres, et les Chinois observeront des rites de commémoration, à commencer par l'activité essentielle appelée suomù : il s'agit de se rendre sur les tombes des anciens disparus pour les balayer, les refleurir, les arranger au mieux, comme nous le ferions en France. Ici, cependant, d'autres pratiques viennent s'ajouter, comme par exemple les offrandes : thé, cigarette, fruits, aliments divers tout ce qu'appréciait le défunt est posé sur sa sépulture. On brûle également des faux billets de banque, une façon symbolique d'envoyer de l'argent vers les cieux, afin de rendre riches et heureux nos proches décédés. Bien sûr, on fait quelques prières.

Il est de coutume également que des cerfs-volants, la journée, et des lanternes, la nuit, parent et illuminent le ciel : on espère ainsi qu'ils emporteront malheur et maladie au moment où nous lâcherons la ficelle ! Et bien évidemment, comme dans toute célébration chinoise, encens (les volutes de fumée permettraient d'entrer en contact avec l'au-delà), pétards (destinés à faire fuir les mauvais esprits) et retrouvailles en famille autour d'un dîner font partie du rituel.

Cette période marque par ailleurs la sortie de l'hiver et l'arrivée du printemps : les Chinois en profitent donc aussi pour se balader au grand air, et se reposer. En effet, désigné dans l'Empire du Milieu comme journée nationale de célébration des morts depuis 1935, cette journée n'est redevenue jour férié nationale que depuis 2008, alors même que Mao Zedong en avait décidé autrement en 1949. Aussi, autrefois fixée au 15ème jour du 3ème mois lunaire, Qingmíng tombe désormais le 4 ou 5 avril, et dure généralement sur un week-end de trois jours.

La Chine, entre traditions et nouvelles technologies !

Honorer la mémoire de feu ses grands-parents sur internet, oui, c'est possible : en quelques clics, les Chinois peuvent s'acquitter de ce devoir par l'intermédiaire de plusieurs sites, dont les fondateurs justifient la création du fait que beaucoup ne peuvent rentrer dans leurs provinces natales, où leurs ancêtres reposent. Une façon d'attacher de l'importance à la tradition, tout en acceptant les nouvelles technologies qui fonctionne ! De plus, ce projet est soutenu par le gouvernement, car bénéfique pour l'environnement (pas de feux d'artifice) et il permet de ne pas engorger le trafic !

 

 

 

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Guillaume Asmanoff et Thomas Aunave

Rédacteurs en chef de l'éditon Shanghai.

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