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SHANGHAI DIX ANS APRES - Des changements étonnants !

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 21/03/2017 à 20:30 | Mis à jour le 21/03/2017 à 16:22

De Gaëlle Déchelette

Cela peut être impensable pour les petits nouveaux mais il y a dix ans, il y avait seulement quatre lignes de métro à Shanghai. Si les anciens repensent avec nostalgie à l'époque où la prise en charge du taxi ne coûtait pas encore 14 kuai, et où les loyers étaient bien moins élevés, la mégalopole a développé des aspects positifs. Entraînant par la même occasion des changements dans la société et les comportements individuels.

 

 

Un facteur de changement important : L'exposition universelle de 2010

Même si elle a eu lieu il y a moins de 10 ans, elle a été facteur de nombreux changements pour la ville et ses habitants. Si 3 milliards d'euros ont été dépensés pour l'Expo elle-même, c'est 44 milliards qui ont été injectés dans les infrastructures. Avec au programme un ravalement de façade complet : usines déplacées en périphérie, routes améliorées, immeubles délabrés ratiboisés?

Si la ville est devenue plus belle et plus propre à l'ouverture de l'Expo, cela a également profondément changé la mixité sociale. Les familles dont les maisons ont été rasées pour l'occasion ont été relogées bien loin en banlieue. Les comportements aussi ont été modifiés, à grand renfort de campagnes de sensibilisation des populations locales, pour ne pas "choquer" les millions de touristes qui allaient découvrir Shanghai, et la Chine. Parfois dans le bon sens, comme éviter de cracher dans la rue, ne pas klaxonner à tout va. Imaginez donc, il y a dix ans il était considéré du plus grand chic de se promener en "pyjama" dans la rue ! En effet, ce "pyjama de sortie", accompagné de chaussures à talons pour les plus coquettes, était le signe que vous habitiez le quartier. Plus le quartier était central, plus vous montriez votre richesse !

Et n'oublions pas Pudong ! Vitrine de la ville, son paysage c'est considérablement modifié en dix ans. Auparavant l'autoroute menant à l'aéroport de Pudong était en rase campagne, désormais les immeubles d'habitation pullulent ! Un pôle de développement high tech s'est développé à Zhangjiang, mais c'est surtout le quartier financier de Lujiazui qui attire tous les regards. Il y a dix ans, deux tours se dressaient sur le rivage du Huangpu : la Pearl Tower et la Jinmao Tower, ouverte en 1999, qui jusqu'en 2008 était la plus haute tour du monde. En 2008, la Shanghai World Financial Tower (plus connue sous le nom de "décapsuleur") a ouvert ses portes et ravi les touristes, avec ses 101 étages et son pont en verre. Toujours plus haut, désormais c'est la Shanghai Tower qui fait la fierté des habitants.

L'urbanisation améliore le quotidien

L'expansion de la ville a permis la création de nouveaux immeubles d'habitation en périphérie. Les moins riches ont pu déserter le centre-ville et des appartements petits et vieux pour des habitats neufs et plus spacieux. Avec le développement des infrastructures des transports et notamment du métro (passant de 2 à 15 lignes en 20 ans, et qui ne cesse de s'étendre), leur temps de trajet maison-bureau s'est réduit, ce qui rend les banlieues plus attractives. D'autant plus que les districts de la périphérie développent de plus en plus de centres commerciaux, avec restaurants, magasins, cinémas, rendant la vie plus simple et plus agréable pour leurs résidents.

Le développement ne s'est pas fait qu'au niveau des infrastructures. Les lieux culturels sont de plus en plus nombreux : les rives du Huangpu ont été réaménagées en partie après l'Expo pour y implanter des musées et  autres lieux de culture : le Mercedes Benz Arena, le Power Station of Art où se trouve la Biennale des Arts, et bien sûr le Pavillon Chinois, symbole de cette expo de 2010. Partout dans la ville également d'autres salles de concert ont fleuri : par exemple le Shanghai Oriental Art Center à Pudong ouvert fin 2005, et le Shanghai Symphony Orchestra Hall, sur la Fuxing road, datant de 2014.

Les communautés internationales (notamment les Français, cocorico !) sont également très actives au niveau culturel : citons par exemple le mois de la Francophonie en ce mois de Mars, et bientôt le Festival Croisements, le plus grand festival étranger à Shanghai, avec en point d'orgue la Fête de la Musique.

Devenue une mégalopole internationale, la ville attire de plus en plus d'étrangers. La population locale devient ainsi plus ouverte au monde, la pratique de l'anglais se généralise, et l'on ne vous regarde plus comme un extra-terrestre dans la rue (même si admettons-le, cela arrive encore). Cet environnement multiculturel influe sur notre quotidien et de plus en plus de projets montés par des étrangers ou par des Chinois et des étrangers voient le jour, créant un rapprochement entre les cultures. Par exemple le projet Green Initiatives qui s'intéresse aux questions environnementales, rassemble beaucoup d'étrangers et de Chinois qui participent aux actions.

D'autres initiatives ont été prises par des particuliers au niveau local pour répondre à des besoins croissants : AQI App pour connaître la pollution de l'air par exemple. Il y a dix ans, on ignorait totalement le problème ! Des entreprises locales créent des solutions pour répondre à des besoins : création de Didi Dache pour trouver un taxi, OFO et Mobike pour louer un vélo?  Toutes ces nouveautés fleurissent à Shanghai et dans d'autres grandes villes de Chine, avant de gagner le monde ! La ville regorge de talents !

Mais elle créée de nouveaux challenges

Le coût de la vie d'abord : les loyers en centre-ville ont augmenté de 40% pour les grandes surfaces il y a un an. À tel point qu'on craint l'explosion de la bulle spéculative dans l'immobilier. Et le coût de la vie ne cesse d'augmenter : à Shanghai, le café Starbucks est le plus cher au monde ! Par la même occasion, Shanghai devient de plus en plus une ville de riches, les seuls à pouvoir encore se permettre de vivre en centre-ville, et payer des loyers devenus exorbitants. Les plus pauvres sont relégués en périphérie, créant de fait une ségrégation, et un manque de mixité sociale.

Ensuite, l'urbanisation galopante a modifié l'environnement de la ville : les tours et les routes pavées remplacent les champs, et retiennent plus la chaleur, engendrant des températures plus élevées. Pour y remédier, la ville tente d'augmenter les surfaces vertes comme les parcs en centre-ville, mais le béton reste prédominant.  

L'augmentation des besoins (eau, énergie) ainsi que l'accroissement de production des déchets est également un casse-tête pour le gouvernement de la ville. Comment gérer tous les déchets produits par 25 millions d'habitants ? Au niveau individuel, des initiatives comme "Zero Waste Shanghai" visent à sensibiliser les habitants à ce problème, en réduisant notre production de déchets, et surtout de déchets plastiques (relire notre article à ce sujet).

Enfin, la ville attirant toujours plus de talents étrangers comme chinois, la compétition est également devenue plus intense sur le marché du travail. D'autant que les réglementations sur les visas sont devenues plus strictes. Avant 2008, il était beaucoup plus facile pour un jeune diplômé de trouver un emploi, même sans expérience ! Aujourd'hui, les opportunités sont plus rares et nombreux sont ceux qui se tournent vers l'entreprenariat, mais là encore, il n'est plus aussi facile qu'avant de devenir millionnaire en Chine (pour vous donner des idées, relire cet article sur les milliardaires chinois).

Pour résumer : avant Shanghai était un "beau désordre", aujourd'hui, elle semble plus policée. Et si la qualité de vie semble s'être améliorée pour la plupart des gens, elle s'accompagne d'un coût financier et environnemental. Mais son rayonnement continue d'attirer les talents, ce qui permettra à moyen terme, de trouver des solutions à tous ces problèmes !

Gaëlle Déchelette lepetitjournal.com/shanghai Mercredi 22 mars 2017

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