

En 1998, Dominique de Beaumont-Geloes a tout plaqué pour venir s'installer au Chili avec son mari et leur petite fille de 8 mois. Dix ans plus tard et deux enfants de plus, le couple vient de recevoir le prix Courcelle Seneuil catégorie "entrepreneur"de la Chambre de commerce franco-chilienne, pour sa double réussite : poney-club/boutique d'équitation
Dominique de Beaumont et son mari ont toujours vécu dans le milieu des chevaux (photo M.G)
Le prix Courcelle Seneuil de la Chambre de commerce franco-chilienne récompense les personnes "qui mettent leur énergie, leur enthousiasme et leur créativité au service des relations entre la France et le Chili, sur le plan économique, industriel ou technique". De l'énergie, de l'enthousiasme et de la créativité, Dominique de Beaumont-Geloes en a en revendre. Il lui en a fallu pour avoir cette idée folle de créer le premier poney-club au Chili !
Dans un pays où le cheval règne en roi, la jeune femme a voulu élargir le champ des possibilités équestres et apporter la méthode française dans les carrières chiliennes.
Quand elle débarque avec son mari Frédéric de Geloes, le couple ne sait pas trop ce qu'il vient faire ici : "J'étais tombée amoureuse du pays, après y être venue en 1995, je voulais absolument y retourner". Quelques semaines après leur arrivée, Frédéric a une offre de travail et devient directeur général des vins Baron Philippe de Rothschild au Chili. Un poste qu'il occupe toujours. Dominique, elle, commence à travailler sur son projet de poney-club : "ici c'est dégradant de monter sur un poney, il faut des chevaux, plus c'est grand, plus ça saute haut, mieux c'est, je voulais changer ça."
Elle obtient l'autorisation de la Fédération équestre du Chili, et s'installe tout d'abord sur le campus sport de la Catolica : "J'ai tout constuit : carrières, boxes ? !". En 2004, elle monte un autre club, l'Hacienda Chicureo, près de Piedra Roja. La gestion des deux clubs se faisant difficile, elle ferme le club de la Catolica en 2005 pour se consacrer à l'Hacienda Chicureo, perchée sur les hauteurs de Santiago.
Cravache
Avec la pratique, elle découvre que ses élèves disposent d'un matériel d'équitation de mauvaise qualité. Le marché chilien important peu, elle fait venir, d'abord dans ses valises, des casques, bombes, pantalons, bottes et cravaches. Les ventes fleurissent, et la demande augmente, venant parfois des clubs alentour. " Pour s'élargir, mon mari a l'idée de monter une boutique dans le club : nous faisons venir les marques qui se vendent en France, avec plusieurs gammes de qualité ". Le concept marche plutôt bien;une autre boutique ouvre au Mallsports (Las Condes), puis à Pirque (Sud Est de Santiago) et enfin un camion boutique sillonne le pays pour proposer aux clubs, éleveurs et cavaliers de tout le pays ce même matériel. La marque Ecuestre est née. Frédéric de Geloes se charge de la boutique, Dominique Beaumont s'occupe de son club.
Ce bout de chemin accompli au Chili, selon Dominique de Beaumont-Geloes "n'a pas toujours été facile, parce que j'étais une femme et que j'étais étrangère". Sa clientèle n'est pourtant pas particulièrement française : sur le 150 élèves du poney-club, il y a 50% d'étrangers dont 15% de Français : "il y a beaucoup de roulement avec les expats qui s'en vont au bout de 2 ans, mais dans l'ensemble, je gagne 10% de clientèle chaque année".
Les 6 hectares du club perdu dans les collines qui dominent Santiago du côté des quartiers hauts permettent à Dominique de proposer une grande gamme d'activités à poney et à cheval : saut, dressage, cross, balades, poneygames, voltige? "pour renouveler le paysage de l'équitation chilienne".
Le prix Courcelle Seneuil ? Il lui apparaît comme 3une reconnaissance, on m'a tellement mis de bâtons dans les roues, ça a été un travail de longue haleine car les Chiliens voulaient me prendre ma place3. Le milieu équestre au Chili a été marqué par une longue tradition militaire;l'équitation civile est ensuite arrivée avec les nouveaux-riches. La créatrice de l'Hacienda Chicureo explique qu'il lui a fallu 3énormément d'efforts pour faire reconnaître le poney, qu'il a fallu massifier la pratique équestre et démocratiser ce sport". Elle reconnaît beaucoup de mérite aux rodéotistes qui ont su faire un sport de masse rural, populaire quant au spectacle mais traditionnel par sa pratique plutôt « grandes familles.
Aujourd'hui, la petite femme blonde au caractère bien trempé pense qu'elle restera pour toujours au Chili. Elle avoue : "au niveau pédagogique, dans les manières de faire, oui, je me sens une ambassadrice de la France", mais c'est au Chili qu'elle se sent bien.
Marie Giffard (www.lepetitjournal.com Santiago) lundi 15 septembre 2008





