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JONATHAN CHETELAT - Guide touristique fondateur du Valp’otop Tours

Par Lepetitjournal Santiago | Publié le 18/07/2017 à 17:26 | Mis à jour le 20/07/2017 à 22:59

Face au succès rencontré à Valparaiso, Jonathan Chételat, fondateur de Valp'otop Tours, lance le premier tour guidé gratuit en français pour découvrir Santiago à pied. Dans une interview pour Le Petit journal de Santiago, le jeune entrepreneur suisse-chilien raconte la création de son agence touristique. Il revient pour nous sur les clés du succès du tour à Valparaiso et nous dévoile les détails du nouveau tour à Santiago.

Lepetitjournal.com/Santiago : Fondé en 2016, Valp'Otop, jeune entreprise touristique basée à Valparaiso, a rencontré un succès rapide. Quelles étaient tes motivations au départ ? Quelles difficultés as-tu rencontré ?
Jonathan Chételat : En arrivant au Chili fin 2014, j'ai tout de suite voulu travailler dans le tourisme. Je connaissais déjà assez bien Valparaiso. De mère Chilienne, j'y venais tous les ans depuis 2008. Je me suis d'abord formé dans la principale entreprise de Free Walking Tour de la ville. Je me suis rendu compte que ce job était vraiment fait pour moi. Je me suis également rendu compte que parmi la grande variété de tours qui existe à Valparaiso, il n'y avait aucune offre pour le public francophone. Je me suis donc dit qu'il y avait moyen de faire quelque chose. Les Français en particulier, mais les francophones en général sont très présents à Valparaiso. Ils sont aussi en général assez mauvais pour les langues, et ça c'est un avantage pour moi ! J'ai donc laissé l'idée mûrir un peu. C'est en novembre 2016 que j'ai lancé Valp'Otop. Au départ, seulement trois jours par semaine, mais après un mois, face au succès remporté, j'ai décidé de lancer les tours tous les jours puis de former deux guides pour m'épauler. Je ne m'attendais pas du tout à ce que ça marche aussi bien. À la base c'était mon activité secondaire, j'avais une petite auberge qui était mon activité principale. Finalement, j'ai décidé de lâcher l'auberge pour me dédier aux tours à 100%. Maintenant nous proposons en plus des tours privés, complètement à la carte. Quant aux difficultés rencontrées, les principales sont d'ordre légal. Faire toutes les démarches auprès des impôts, mais aussi obtenir les autorisations municipales, relève du parcours du combattant. On a eu aussi quelques soucis, au début, avec d'autres agences de tours qui nous ont fait la guerre. Je voyais mes flyers et affiches disparaitre des hôtels... Mais ça n'a pas duré longtemps.

Un tour francophone, c'est une première au Chili. Et le tour de Valparaiso est unique dans son genre. Vous expliquez l'histoire et la politique du pays. Vous traversez des quartiers populaires notamment pour découvrir des graffitis. Pourquoi ces angles d'approche ?
Avant d'être guide touristique, je suis d'abord et surtout un voyageur. J'aime sortir des sentiers battus. En réalité, avant d'arriver au Chili, je n'étais pas fan des visites organisées. J'avais cette image en tête de groupes de 50 chinois, suivant un guide, portant un petit drapeau ne montrant que le plus "touristique" et édulcoré de chaque endroit. En découvrant l'univers des Free Walking Tours, en participant à des tours un peu plus "underground", comme à Bogota, j'ai compris qu'il était possible de faire des tours différents. Et même que ça pouvait être très cool ! Je suis personnellement dans le milieu du graffiti depuis une quinzaine d'années. Je suis passionné de politique et d'Histoire depuis tout jeune. L'histoire des Mapuches par exemple me fascine, et celle de la dictature me touche beaucoup. Je n'aurais donc jamais monté un tour en oubliant ces thèmes-là. Valparaiso est une ville particulière. Non seulement, c'est une des capitales latinoaméricaines du Street-art et du Graffiti, mais elle a aussi joué un rôle très important durant la dictature. Port le plus opulent d'Amérique Latine, il y a 100 ans, aujourd'hui, ville la plus pauvre du Chili. Ce sont toutes ces facettes que j'ai eu envie de faire découvrir en créant ce tour. Cependant, j'ai aussi la chance que les francophones qui voyagent au Chili sont en général très intéressés par tous ces sujets-là. Et c'est peut-être aussi cela qui fait que mon tour remporte un certain succès. Chez nous, il n'y a aucun sujet tabou. Une fois, des Allemands ont voulu faire le tour avec moi parce qu'ils avaient entendu dire qu'on parlait de la dictature, alors que d'autres ne veulent pas en parler.

Pour aller plus loin, Jonathan, décris-nous ton Valpo, celui que tu vis au quotidien, celui que tu veux faire connaitre.
Valparaiso est une ville mythique et mystique, pittoresque et contrastée. Colorée et bohême, elle est devenue une source d'inspiration pour les artistes de tous horizons. C'est dans cette ville qu'est né Salvador Allende, mais aussi Augusto Pinochet. C'est ici qu'a démarré le coup d'état militaire le 11 septembre 1973. Aujourd'hui, c'est la capitale culturelle du Chili et une des capitales Latino-Américaines du graffiti. Des festivals gratuits s'enchainent tous les weekends d'été. C'est pour moi la ville la plus intéressante et passionnante du pays, tant au niveau historique que culturel. Chaque passage, chaque rue, chaque escalier de Valparaiso regorgent d'histoires cachées et de mysticité. Au quotidien, c'est une ville sale, aux escaliers qui sentent l'urine en été, et la pluie en hiver. Les chiens errants (très sympathiques par ailleurs) te raccompagnent à la maison le soir quand t'es bourré, et quand tu n'es pas bourré aussi. Les vieux clodos te saluent dans la rue. Le vieux port qui a mauvaise réputation a été oublié de la plupart des Chiliens, qui préfèrent le casino, les grands hôtels et les plages de Viña-del-Mar.

Si le succès du tour a été immédiat, c'est pourtant le fruit d'une longue préparation. Comment s'écrit un tour de plus de 3 heures en direction d'un public de tout horizon : français, suisses, belges, canadiens, africains? ? Comment as-tu rassemblé les informations nécessaires ?
Je me suis d'abord inspiré de ce que j'avais appris en travaillant pour d'autres organismes. J'avais déjà collecté pas mal d'informations à ce moment-là. Pour le reste du script, si je connais bien le street-art, j'ai vérifié et approfondi mes connaissances historiques à partir de livres et d'Internet. Finalement, j'avais un script d'une cinquantaine de pages. J'ai ensuite choisi un itinéraire sympa qui me permettait d'aborder tous les sujets et d'en mettre plein la vue aux participants. C'est important de bien gérer le rythme et la dynamique du tour. L'idée, c'est avant tout que les gens passent un bon moment et gardent un bon souvenir de la visite, tout en apprenant. En revanche, je n'ai pas vraiment adapté mon tour pour qu'il plaise autant aux belges qu'aux suisses ou aux québécois. On est tous issus plus ou moins de la même culture. J'ai surtout fait un tour qui me plaisait. Je l'ai testé et j'ai eu plein de bons retours. Toutefois, je modifie régulièrement les infos que je donne. Parfois, j'ajoute des nouvelles infos qui me paraissent essentielles, et j'en enlève certaines qui le sont moins. C'est en constante évolution, je tiens également compte des commentaires et critiques des participants.

Après le succès du Free tour en français à Valparaiso, tu te lances à la conquête de Santiago. La capitale ne bénéficie pourtant pas de l'attraction de Valparaiso.
Le tourisme à Santiago est moins visible, mais c'est simplement parce qu'il se noie dans une ville de 8 millions d'habitants. Quasiment tous les voyageurs qui débarquent à Valpo arrivent de Santiago, ou bien ils y vont plus tard. Les expatriés résidents au Chili aussi sont un public important. Une grande partie des participants à nos tours vivent au Chili ou sont en échange universitaire à Valpo, Viña ou Santiago. Nous sommes donc effectivement en train de préparer quelque chose sur Santiago... C'est une ville extrêmement intéressante et importante au point de vue historique, mais il y a aussi plein de choses à dire au niveau architectural, culturel, gastronomique?. J'y ai vécu durant plus d'un an et je trouve la ville très agréable. Je me réjouis de voir bientôt ce que va donner Santiag'Otop!

Au fait, comment fonctionne un Free tour ?
Le concept de "Free Walking Tour" est très à la mode un peu partout actuellement. L'idée c'est que les participants au tour donnent un pourboire au guide une fois le tour terminé, en fonction de leur satisfaction mais aussi de leur budget. Ça permet aux voyageurs à petits budgets de participer, et à ceux qui ont un budget plus important, et qui veulent soutenir le guide et l'équipe, de donner un peu plus. La moyenne du pourboire donné par personne au Chili tourne entre 5.000 et 10.000 pesos. Ensuite les guides gagnent une base fixe, plus un pourcentage des pourboires. Le reste va pour faire tourner la boutique.

Quelle est ta politique de recrutement ?
Il faut être trois guides pour pouvoir assurer la rotation et assurer 7 jours sur 7. Je n'engage premièrement que des personnes qui restent pour une longue période au Chili (minimum 1 an) et qui ont le droit d'y travailler légalement. Quand un guide m'annonce son départ, je décide d'en former un autre. Il faut compter un à deux mois de formation pour que le guide soit prêt à faire ses premiers tours en solo. L'énergie et l'enthousiasme sont les deux choses les plus importantes dans un Free Walking Tour. Je dirai que la principale qualité, indispensable pour être un bon guide c'est d'aimer ce que l'on fait. Il faut faire ça par passion et pas par obligation. Aimer le contact avec les voyageurs de tous horizons, le fait de leur apprendre des choses, de leur faire passer un bon moment, de les aider si besoin. Parfois je me dis que notre boulot se situe entre le prof d'école et le comédien. Il faut donc être fait pour les deux métiers ! Le guide doit aussi savoir laisser ses petits soucis de côté. A partir du moment où il commence le tour, avoir toujours la patate ! C'est ça surtout que les gens retiennent. Pour résumer, le contenu du tour est très important, mais avec un guide lent et sans énergie ça ne sert à rien. Les participants ne feront en général le tour qu'une seule fois dans leur vie, donc on a qu'une seule occasion de leur faire en garder un super souvenir. L'autre qualité importante est la capacité à s'adapter à l'imprévu. Les villes chiliennes sont pleines d'imprévus. Il faut s'avoir s'adapter en cas de manifestation ou même d'émeute sur le tracé du tour ou même garder son calme et réagir en cas de tremblement de terre de forte magnitude suivi d'une alerte tsunami ; ça peut paraitre exagéré mais c'est réellement arrivé à un de mes guides, et il a extrêmement bien géré la situation.

Rendez-vous pour un Free walking tour en français avec Santiag'otop tous les jours à partir du 12 août sur les escaliers de la Bibliothèque Nationale (Métro Santa Lucia) à 15h.

Suivez Valp'otop et Santiag'otop sur Facebook.

Claire Lansac (lepetitjournal.com/santiago) - Mardi 18 juillet 2017

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