

Ecouter un album de rock expérimental des années 60 que personne ne connaît, c'est hipster. Danser la cumbia ou la cueca, c'est pas hipster. Boire un grand café à emporter dans la rue, c'est hipster. Aller voir des blockbusters américains au cinéma, c'est pas hipster. Regarder la filmographie de Jean-Luc Godard ou du cinéma iranien des années 50, c'est hipster. Derrière ces grosses lunettes, ces moustaches, ou ces k-way fluo, se cache un véritable phénomène qui a explosé dans les années 2000 et ne cesse de faire couler de l'encre de New York à Paris en passant par Santiago
Crédit Club Espacio Cellar, Santiago
Ce terme curieux apparaît dans les années 1940 aux Etats-Unis. A l'époque, il désignait les amateurs de jazz et de bebop ; des jeunes blancs qui adoptaient le style et le mode de vie des noirs urbains. Le hipster recherchait donc par dessus tout à avoir l'air "cool". Courrier international titrait ainsi en 2010 " Le phénomène hipster, la branchitude planétaire". Si New York, Berlin ou Paris sont leurs villes de prédilection, Santiago semble aussi avoir été touchée, plus récemment, par cette drôle de vague que sociologues et journalistes s'évertuent à définir non sans difficultés depuis près de 10 ans.
Pister le hipster
C'est à Lastrarria, Bellas Artes et dans le quartier Brasil que l'on peut repérer ces jeunes de 20 à 30 ans, au look négligé et pourtant parfaitement étudié, qui, en plus d'accorder une importance capitale à leur style vestimentaire semblent partager un certain mode de vie par un refus de la culture "mainstream" c'est à dire des standards à la mode.
Le hipster d'aujourd'hui, s'achète des vêtements dans des friperies, écoute du rock indépendant et de la musique électronique (mais toujours les albums que personne ne connaît), se déplace en bicyclette rétro ou à pignon fixe, regarde des films d'auteurs et d'art et d'essai, de préférence les vieilles productions comme la nouvelle vague ou le cinéma italien et allemand des années 70, aime la littérature et passe ses samedis après-midi dans des galeries d'art contemporain. Pourtant, il se dit inclassable, ?anticonformiste', ce qui paraît étonnant lorsque tous sont habillés de la même manière, sortent dans les mêmes endroits, et ont la même sensibilité artistique. Un paradoxe propre aux hipsters et qui donne du fil à retordre à tous ceux qui tentent d'élucider la signification de ce terme un peu "fourre-tout". Le New York Times a d'ailleurs employé le mot "hipster" 250 fois en 2009 !
En caricaturant un peu, lorsqu'un groupe de musique fait un tube, le hipster arrête de l'écouter. Mais tous les hipsters écoutent les mêmes artistes peu connus, ce qui fait d'eux des artistes connus. La guitare c'est pour les hippies, le hipster lui préfèrera le clavier ou la table de mixage pour passer des vinyles en soirée. Arty, swag, post-moderne, indie, underground et mainstream sont des mots que le hipster prononce plusieurs fois par jour.
Les Hipsters à Santiago
Les hipsters de Santiago sont les mêmes que ceux du monde entier. Même style, même mode de vie, et même refus de la culture populaire (vous ne trouverez pas un hipster en train de danser la cueca).
Ricardo Molinari, Dj chilien de musique électronique et organisateurs d'évènements à Santiago, en côtoie tous les soirs, dans différents clubs "branchés" de la capitale. Selon lui, les hipsters de Santiago sont avant tout des personnes qui ont voyagé en Europe ou aux Etats-Unis ou qui entretiennent un lien avec ces pays. Ricardo précise que ce mouvement est d'abord arrivé via la communauté gay de Santiago, il y a environ 8 ans, pour exploser il y a deux ou trois ans. Aujourd'hui, me dit-il, ils ont leurs vrais repères, le club Espacio Cellar, par exemple, près de Los Héroes. Les moustaches et les chemises à carreaux fourmillent, la musique est pour le moins... expérimentale. Lorsque je leur demande s'ils se considèrent comme des hipsters, ils rient et me disent "Non...enfin...oui...enfin tout dépend de ce qu'on entend par hipster". Me voilà avancée. Sebastian, un jeune chilien d'environ 25 ans qui comprend de quoi il s'agit vient à ma rencontre et me parle en anglais. "Etre hipster, c'est ne pas vouloir ressembler aux autres !", me dit-il alors que son voisin porte les mêmes chaussures et que ce n'est pas le seul de la salle à porter un noeux papillon sur une chemise à carreaux.
Flore-Anne d'Arcimoles ( www.lepetitjournal.com Santiago) Jeudi 10 Mai 2012





