

En novembre dernier, Ascanio Cavallo et Antonio Martínez, deux critiques de cinéma et journalistes chiliens, ont publié Chile en el cine. La imagen país en las películas del mundo, le premier tome d'un livre sur l'image renvoyée par leur pays à l'étranger, à travers le cinéma. Pays lointain, à l'autre bout du monde ? Les réalisateurs étrangers ne manquent pas de stéréotypes quand il s'agit d'évoquer le Chili.
Visionnage de plus de 2.000 films étrangers, qui font référence au Chili, sélection de 600 d'entre eux; Ascanio Cavallo et Antonio Martinez se sont lancés il y a quatre ans dans la folie de recenser l'image du Chili dans le cinéma international. Résultat : d'un côté Neruda, Allende, Pinochet pour les figures chiliennes, de l'autre les tremblements de terre, les mines, la Cordillère des Andes pour les paysages ? les attributs identitaires du Chili laissent de côté des figures nationales telles que Bernardo O'Higgins, le père de la patrie chilienne délaissé au profit de l'Argentin San Martín, ou encore Gabriela Mistral, prix Nobel de la Littérature en 1945.
Un pays lointain
L'idée de pays lointain, de confins du monde, d'éloignement est également un stéréotype très présent à l'étranger. Les auteurs citent par exemple le film nord-américain Missing (Porté disparu) sorti en 1982, dans lequel le personnage joué par Jack Lemmon est plus dérangé par les 16 h de voyage qui l'attendent pour atteindre le Chili, que par la disparition de son fils dans ce pays. Les frères Farrelly, dans Mary à tout prix (1998), mentionnent, quant à eux, le Chili comme un lieu lointain où il est impossible d'aller deux fois dans l'année. En 1955, le film Mr Arkadin d'Orson Wells véhicule l'idée selon laquelle le Chili est le meilleur pays pour se cacher lorsqu'on est un criminel. Enfin, dans La Guerre des Mondes de Spielberg, c'est à Santiago que s'écrasent deux vaisseaux extra-terrestres.
Un pays divin ?
Les mythes véhiculés par le Chili dans les films sont aussi empreints de théologie. Le Cap-Horn, symbole géographique du Chili mais aussi point le plus austral d'Amérique du sud, sert par exemple à évoquer l'enfer et l'hiver. La ville de Valparaíso est, quant à elle, associée au paradis et à l'été. La Cordillère des Andes n'échappe pas non plus à ce mysticisme véhiculé dans les films étrangers. Dans Viven ! (Les Survivants), un film nord-américain de 1993 qui retrace le (vrai) crash d'un avion uruguayen dans la Cordillère des Andes chilienne, la survie des personnages est conditionnée par le recours au cannibalisme et donc soumise à l'autorité de Dieu. Toute ascension de la Cordillère est ainsi souvent reliée à la religion : The Climb (2002) met en scène deux escaladeurs, aux points de vue opposés sur la religion; dans ce cadre mystique, la mort de l'escaladeur religieux est alors censée provoquer la conversion du second, athée.
Maïwenn Bordron (www.lepetitjournal.com) Mardi 15 janvier 2013





