Édition internationale

GREVES - Que veulent exactement les étudiants ? (3/3)

Écrit par Lepetitjournal Santiago
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Les étudiants rivalisent d'imagination pour faire entendre leurs revendications depuis trois mois, ce qui constitue le plus grand mouvement de contestation depuis le retour de la démocratie au Chili, en 1990. Toutefois, des heurts répétés entre manifestants et forces de l'ordre ont lieu régulièrement dans la capitale, bien que la plupart des actions étudiantes se déroulent pacifiquement dans la majorité des cas

Les gaz lacrymogènes vident régulièrement les rues (photo C. L)

 

La contestation étudiante ne semble pas prête de s'éteindre. Soutenus par près de 80 % de la population, les étudiants ne manquent pas d'imagination pour faire vivre le mouvement. Projections de films -comme «Tout va bien» de Jean-Luc Godard (sorti en 1972, le film évoque notamment le thème de la lutte des classes)- marches, concerts, forums de discussion, 24 heures de la musique ou de l'art, le tout dans une ambiance souvent festive, les activités sont nombreuses au quotidien, dans différentes universités. A ce titre, les «1800 heures pour l'éducation» ont été emblématiques. A l'initiative des étudiants de l'Université du Chili, ce projet a consisté à courir 1.800 heures sans interruption avec un drapeau, autour du Palais présidentiel de la Moneda, du 13 juin au 27 août. Les 1.800 heures représentent les 1.800 millions de dollars qu'il faudrait injecter annuellement dans le système universitaire chilien, afin qu'il fonctionne correctement. Selon les tracts distribués aux passants, 1.800 millions de dollars correspondent à moins du tiers du budget annuel des forces armées. Pour Tomás, étudiant en économie à l'Université du Chili, il s'agit d'une initiative parmi d'autres qui parvient à «capter l'attention et à impliquer l'ensemble des citoyens dans le mouvement», puisque les étudiants, mais également les parents par exemple, se sont relayé pour courir."
D'autres actions, bien plus dramatiques, ont également eu lieu, comme la grève de la faim de quelques étudiants durant plus d'un mois, afin d'appuyer avec force le mouvement de contestation.

Un mouvement parfois entaché par la violence
La protestation est régulièrement entachée des actions des «encapuchados», ces jeunes cagoulés qui s'en prennent parfois violemment aux forces de l'ordre ou encore mettent le feu à des barricades de pneus. «Inacceptable», selon Francisco, qui étudie le commerce à l'Université Andrés Bello, bien que la majorité des marches et des activités étudiantes se déroulent pacifiquement en général. Le rassemblement familial, pour une éducation gratuite et de qualité, qui avait eu lieu dimanche 21 août au parc «O'Higgins», en est un parfait exemple. Toutefois, les «Carabineros» chiliens (policiers), en charge de faire respecter l'ordre public, ne sont pas toujours tendres non plus avec les manifestants, puisque gaz lacrymogènes et puissantes lances à eau ("guanacos") sont régulièrement utilisés pour disperser les foules, voire même de simples passants. Un adolescent est même mort jeudi soir dernier (deuxième jour de grève nationale), d'une balle perdue tirée par un policier (suspendu ainsi que ses supérieurs ). Dès le début août, la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) avait critiqué des violences policières présumées à l'occasion d'une manifestation.
Le mouvement étudiant ne semble pas prêt de perdre de sa vitalité. Le ras-le-bol s'étendant bien au-delà des étudiants, personne n'est actuellement en mesure de prédire la suite des événements. Alors que la rencontre entre les étudiants et le gouvernement qui devait se tenir hier a finalement été annulée, une nouvelle réunion vient d'être fixée samedi : l'occasion de parvenir enfin à un compromis, alors que la situation semble s'enliser ?

Chloé Lauvergnier (www.lepetitjournal.com Santiago) mercredi 31 août 2011

Lire nos articles précédents sur les grèves étudiantes: Lundi 1/3

mardi 2/3

logofbsantiago
Publié le 31 août 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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