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FOLKLORE - Les "cafés con piernas", des cafés caliente

Par Lepetitjournal Santiago | Publié le 12/08/2015 à 02:00 | Mis à jour le 03/08/2015 à 15:04

 Les cafés con piernas, ces établissements où les serveuses sont légèrement vêtues, sont aujourd'hui pleinement implantés dans le paysage de Santiago, où l'on en compte plus de 300. Retour sur ces lieux typiquement chiliens, à la réputation sulfureuse

Le site 800.cl en recense près de 75, mais ils seraient près de 300 pour la seule ville de Santiago. Ces "cafés con piernas" - littéralement « cafés avec des jambes » - sont des établissements typiquement chiliens où les serveuses sont légèrement vêtues, et l'alcool, prohibé. Devanir Da Silva Concha est anthropologue social à l'Université du Chili et s'est penché sur le sujet. Pour lui, les "cafés con piernas" trouvent leur origine dans la politique répressive d'Augusto Pinochet. Il explique que pendant la dictature, le monde de la nuit a fait l'objet de sévères restrictions (comme le couvre-feu), ce qui a poussé certains établissements à s'adapter et à ouvrir pendant la journée. Dès lors, le phénomène s'est développé et on observe depuis les années 90 une multiplication de ces cafés dans la capitale.  

Pour le chercheur, on peut distinguer trois sortes de "cafés con piernas" : Il y a d'abord l'établissement soft, qui ressemble au café traditionnel et où seule la tenue courte et moulante de la serveuse témoigne du caractère insolite de l'endroit. Généralement ouverts sur la rue, ce sont des cafés «piolas» (tranquilles) où la clientèle est mixte*. Puis il y a les «picantes». Ces cafés, clairement érotisés, sont reconnaissables à leurs vitres teintées. Ce sont ces mêmes vitres qui, à l'époque, laissaient visibles les jambes des serveuses et qui sont à l'origine de l'expression «cafés con piernas». Dans ces établissements, les clients sont accueillis par des femmes en strings et en talons aiguilles, sous la lumière tamisée des néons. Certains attouchements y sont même permis, que le client paye par le biais de ses consommations. Il y a enfin les établissements qui n'ont de piernas que le nom, et qui abritent en réalité des réseaux de prostitution.

Une expression du machisme chilien

Pour l'anthropologue, ces cafés sont l'expression du machisme et du caractère patriarcal de la société chilienne. Dans les cafés «picantes», les clientes ne sont pas les bienvenues, le statut étant réservé aux hommes. Notons cependant quelques initiatives visant à ouvrir des cafés destinés aux femmes. C'est par exemple le cas du "café con piernas peludas" (littéralement «café avec des jambes poilues»), un café mobile créé à l'occasion de la journée de la femme en 2012. Mais de manière générale, ces tentatives ont tourné court.  

Aujourd'hui, ces cafés ont trouvé un semblant de légitimité et s'inscrivent dans l'emploi du temps de nombreux chiliens. Accueillis avec un baiser familier, parfois entre midi et deux, les clients se retrouvent  plongés dans une atmosphère caliente, où les murs tapissés de miroirs encouragent les regards indiscrets. Da Silva Concha note par ailleurs l'ambivalence de ces miroirs, qui plongent également le client dans sa propre contemplation, et qui peut provoquer chez lui un certain malaise. Par ailleurs, beaucoup de cafés sont aménagés de manière circulaire, ce qui permet aux clients de discuter entre eux tout en bénéficiant de l'érotisme ambiant.

Mais si les cafés con piernas sont aujourd'hui plus ou moins acceptés dans le paysage national, Mariana, qui possède l'un de ces établissements, confirme qu'ils restent mal-vus par la société chilienne dans son ensemble. Les serveuses ont du mal à assumer leur travail auprès de leurs proches, et les hommes qui s'y rendent seuls le font en toute discrétion. C'est un milieu où l'anonymat règne, un anonymat qui, pour l'anthropologue, relève d'un «privilège d'invisibilité des hommes».

Clément Ourgaud (www.lepetitjournal.com/Santiago). Reprise du jeudi 03 avril 2014

* Pour découvrir les cafés "piolas", vous pouvez allez au Haití, dans la rue Huérfanos (n°769, près du métro Plaza de Armas)

Pour les cafés un peu plus "picantes", rendez-vous dans les passages du quartier Plaza de Armas, où vous les reconnaitrez à leurs vitres teintées.

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