

Le gouvernement bolivien a annoncé hier le dépôt d'une requête devant la Cour Internationale de Justice de la Haye, contre le Chili, afin de récupérer un accès à la mer, perdu il y a plus de 130 ans après la Guerre du Pacifique. Le Pérou et maintenant la Bolivie, le Chili devra faire doublement face à la justice internationale.
Quand le Chili terminait à Antofagasta, 400 km de côtes perdues depuis pour la Bolivie
Près de 120.000 kilomètres carrés de territoires, dont 400 kilomètres de côtes, intégrés au nord du Chili : les conséquences de la Guerre du Pacifique (1879-1883), qui a opposé le Chili au Pérou et à la Bolivie, ont été désastreuses pour cette dernière, privée depuis lors de tout accès à la mer. Après 130 années d'enclavement et des réclamations régulières du côté bolivien, le ministre des Affaires étrangères, David Choquehuanca, a déclaré hier à la télévision nationale bolivienne avoir officiellement déposé une requête à l'encontre du Chili auprès de la Cour Internationale de Justice (CIJ) à La Haye, aux Pays-Bas.
Une instruction de plusieurs années
L'accès à l'Océan Pacifique, et donc à un port commercial est une revendication historique de la Bolivie pour laquelle les gouvernements chiliens successifs ont évoqué des solutions amiable (corridors maritimes, tunnels...). Avec ce gouvernement le dialogue s'est totalement interrompu entre les deux voisins. Santiago refuse, rappelant que cette perte a été acceptée par les deux parties lors de la signature du Traité de Paix et d'Amitié en 1904. Depuis que l'actuel président bolivien, Evo Morales, a annoncé en 2011 son intention de faire des démarches devant la justice internationale, déclarant illégitime le Traité de Paix, le ton entre les deux pays s'est durci. Sebastian Piñera considère que la demande des Boliviens est infondée. Hier, le président a de nouveau prévenu qu'il défendrait "avec toute la force du monde, chaque mètre carré de la mer et du territoire chiliens" et qu'il ne "cèderait la souveraineté chilienne à aucun pays".
Avec cette nouvelle requête de la Bolivie, tous les yeux se tournent vers la plainte similaire qui oppose le Pérou au Chili (voir notre article) depuis 2008. Si le jugement de La Haye, qui devrait être connu en juin ou en juillet, s'avère favorable au plaignant péruvien, cela pourrait créer un précédent important dans la région, et notamment augmenter les chances de la Bolivie. Cependant, si ces deux pays andins ont perdu des territoires face au Chili lors de la Guerre du Pacifique (voir carte), le Pérou ne demande pas leur restitution, simplement une révision de la frontière maritime.
Elise Mertens (www.lepetitjournal.com Santiago) jeudi 25 avril 2013
L'Amérique latine devant La Haye
La Cour internationale de justice (CIJ) est un organe des Nations Unies. Elle juge les conflits entre deux ou plusieurs Etats, uniquement dans la mesure où tous les Etats en question ont reconnu sa compétence. C'est le cas du Chili et de la Bolivie, tous deux signataires du Pacte de Bogotá de 1948, qui inclut l'acceptation de la Cour Internationale de La Haye. Ses verdicts sont contraignants et sans appel.
Actuellement, l'Amérique Latine est la région du monde qui a porté le plus de différends territoriaux devant la CIJ, dû au fait que ses frontières ont été dessinées principalement à l'époque coloniale, sur la base de conquêtes violentes. Aujourd'hui, la majorité des pays remettent en cause la légitimité des traités qui ont suivi ces conflits armés.





