Édition internationale

AVORTEMENT- L'océan qui sépare la France du Chili

Écrit par Lepetitjournal Santiago
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 janvier 2018

Alors que le Chili est l' un des derniers pays au monde à interdire toute forme d'avortement, Le Monde Diplomatique à Santiago recevait jeudi la secrétaire générale du Planning Familial français : Maité Albagly, une exilée chilienne

Plaque "à la mémoire des enfants assassinés avant de naître"apposée à l'extérieur de l'église Castrense de Providencia, à Santiago. (Photo Laury-Anne Cholet))

Chaque semaine le Monde Diplomatique de Santiago organise débats ou projections critiques et engagés. Ainsi, jeudi dernier, l'invitée du débat sur "l'avortement au Chili "était Maité Albagly, la directrice du planning familial* en France, et franco ? chilienne exilée depuis 1973. Son état des lieux chiliens, plutôt alarmant était éclairé par son expérience française.
Le Chili partage avec le Salvador, Malte, le Vatican et depuis peu le Nicaragua le fait d'interdire l'avortement, quelle qu'en soit la raison. Or, on estime à 160.000 le nombre d'avortements clandestins par an Au Chili. A chaque budget son avortement : chaque année 40 000 IVG (interruption volontaire de grossesse), répertoriées comme "appendicite"sont effectuées dans des cliniques. Coût : jusqu'à 800 000 pesos. Toutes les autres femmes ont recours aux méthodes à l'ancienne, dangereuses, telles qu' en connaissait la France avant 1975.

Question de santé publique
Maité Albagly insiste sur le fait, qu'aujourd'hui : "plus que d'être pour ou contre l'avortement, il faut ouvrir d'urgence un débat car ce sujet tabou devient un problème grave de santé publique". Elle a souligné que c'est "une situation insupportable pour une société développée et moderne comme la société chilienne ". En effet, on estime à 50 avortements pour 1000 femmes en âge de procréer contre une moyenne de 20 avortements pour 1000 en Europe**.
"On constate que dans les pays les plus opprimés sur le thème de l'avortement;c'est là où il y a le plus grand nombre d'avortements ", soulignait-elle. Laissant penser que la persistance du tabou empêche la pratique d'une éducation sexuelle, qui serait la meilleure des préventions. Pour illustrer cet argument elle prend l'exemple de la France qui, en 1973, comptait 1 million d'avortements par an. Après sa loi sur l'avortement en 1975 (légal jusqu'à la 12ème semaine de grossesse et pris en charge par la sécurité sociale), ce chiffre est tombé à 300 000 par an.
Il est stable depuis, semblant presque "incompressible". Au Chili, l'avortement thérapeutique a pourtant été légal jusqu'en 1989. Aujourd'hui, plus que jamais, chaque fois qu'un débat est amorcé, l'argument du "droit à la vie", inscrit dans la Constitution et férocement défendu par la Démocratie Chrétienne, l'étouffe dans l'oeuf. Les associations féministes présentes au débat, des femmes principalement, ont insisté, elles, sur le fait qu'il faut "rendre visible"le problème, bien que leur influence soit relativement faible et les Chiliens peu ou pas mobilisés.
Lola Sorrenti (www.lepetitjournal.com Santiago) mardi 18 mars 2008

Le Monde Diplomatique
San Antonio 434, local 14. Santiago

** Source Le Monde Diplomatique, édition chilienne, décembre 2006.{mxc}

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Publié le 18 mars 2008, mis à jour le 9 janvier 2018
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