

D'un côté l'avortement toujours interdit au Chili, quelle qu'en soit la motivation , de l'autre le marché florissant sur internet de pastilles abortives de Misotrol. Lepetitjournal.com a enquêté sur les réseaux en ligne de vendeurs de ce médicament destiné à l'origine à combattre les ulcères gastriques
La stricte interdiction de l'avortement au Chili, débattue ces jours-ci au Congrès, ouvre la porte à la débrouille clandestine. Si les femmes les plus nantis sont discrètement opérées « de l'appendicite » dans les cliniques huppées de la capitale, pour les autres un marché noir florissant de pilule abortive sévit sur Internet. Pour elles, aucun suivit. En vedette, le Misotrol, médicament officiellement répertorié comme traitement contre les ulcères gastriques, qui favorise une IVG grâce aux contractions utérines qu'il provoque (En France il est officiellement utilisé pour les IVG médicamenteux). En prétendant avoir un ulcère à l'estomac, les Chiliennes pouvaient donc se procurer légalement le médicament sur ordonnance et avorter à domicile, sans supervision médicale jusqu'à neuf semaines de grossesse. A moins de complications qui les contraignent à aller voir un médecin, susceptible de les dénoncer à la police, elles ne laissaient aucune trace de leur acte délictueux. Suite à la dénonciation de cette pratique par les groupes anti-avortement, on ne trouve plus le Misotrol en pharmacie depuis 2008. Depuis les vendeurs fleurissent sur la toile en l'important des pays voisins, comme le Pérou ou l'Argentine Rien n'a donc changé , l'absence d'encadrement médical a simplement empiré.
Enquête sur la toile
Il suffit de se faire passer pour une femme enceinte à la recherche de pastilles de Misotrol sur internet, pour comprendre l'ampleur du phénomène au Chili. Les annonces de vendeurs, hommes et femmes, se comptent par milliers , du type: :« Salut, je m'appelle Gaby et je vends du Misotrol. Caractéristiques : pastille blanche, hexagonale, avec une rayure sur les deux faces, sur lesquelles sont inscrits le code 1461 et la date de péremption. J'ai de l'expérience professionnelle dans le domaine car je suis gynécologue-obstétricienne. J'offre des conseils adéquats et complets, pendant et après le traitement. 4 pastilles de Misotrol pour $50 000 (80 euros environ). Contacte-moi à l'adresse prénomdelavendeuse.misotrol@gmail.com ». La rapidité des réponses est déconcertante : les vendeurs proposent aussitôt un rendez-vous pour la livraison des pastilles. Andrea Schilling, gynécologue à la Clínica Alemana de Santiago, et ouvertement pro-avortement avance que l'avortement médicamenteux est risqué après neuf semaines de grossesse, à moins qu'il ne soit encadré par un médecin, laissant entendre qu'avant 9 semaines ce serait sans danger. Annonçant cette fois à nos vendeurs une grossesse de 10 semaines, toujours dans le cadre de notre enquête, nous lisons en guise de réponse : « d'accord, je t'en vends mais tu as jusqu'à demain pour me l'acheter. Après, ça devient trop risqué pour nous deux ». Andrea Schilling alerte contre les risques d'hémorragie ou du syndrome de Moebius (manque d'expression faciale avec impossibilité de sourire, problème de développement de la mâchoire ndlr), encourues par le bébé en cas de tentatives ratées d'avortement au Misotrol « Les femmes prennent du Misotrol jusqu'à atteindre le résultat escompter : l'avortement. Un usage démesuré de ce médicament représente un risque de malformation du bébé, s'il finit par naître ». En outre, les femmes sont exposées à des contrefaçons du Misotrol qui circulent sur internet. La plupart d'entre elles ne connaissent rien aux caractéristiques que doivent avoir les pastilles et deviennent des proies faciles pour les arnaqueurs. « Beaucoup de Chiliennes investissent toutes leurs économies dans l'achat du Misotrol, dont le prix monte parfois jusqu'à $120 000 (190 euros). Les vendeurs n'ont aucun scrupule et profitent lâchement de leur désespoir » s'indigne Andrea Schilling.
M.B (www.lepetitjournaL.com Santiago) lundi 14 janvier 2013





