


Comme chaque année à l'approche du 11 septembre, anniversaire de l'instauration de la dictature du général Pinochet, une véritable inquiétude s'est emparée du pays. En 2014 cette dernière est aussi la conséquence d'une semaine troublée, commencée ce lundi avec l'explosion d'une bombe artisanale dans la station de métro Escuela Militar
Semaine mouvementée pour un Chili sous tension. Lundi à la mi-journée, c'était un engin explosif artisanal, situé dans la galerie marchande du métro Escuela Militar, qui secouait le pays : 14 blessés. Suite à ce traumatisme, dans la journée de mardi, les Carabineros se mobilisaient à 18 reprises pour de fausses alertes à la bombe dans Santiago. En fin d'après-midi, une cinquantaine de cocktails molotovs et trois bidons de cinq litres d'essence étaient retrouvés dans des salles du lycée San Miguel mises à la disposition des élèves. Dans la soirée également, une « bomba de ruido » (littéralement « bombe de bruit ») explosait au Centre Commercial Open Plaza de Viña del Mar, blessant une membre du personnel de nettoyage – le lendemain, un engin similaire explosait à son tour, sans faire de victime sérieuse cette fois, dans les toilettes d'un autre centre commercial de la ville, sur Gómez Carreño.
C'est donc avec une appréhension toute compréhensible que les forces de l'ordre chiliennes se sont préparées à l'approche de ce jeudi 11 septembre, 41e anniversaire du coup d'Etat militaire d'Augusto Pinochet, qui mettait fin en 1973 à la brève expérience au pouvoir de Salvador Allende – une journée traditionnellement troublée par des débordements violents. Dans la nuit de mercredi à jeudi, presque 1700 Carabineros étaient déployés dans la capitale. Bilan au petit matin : 21 interpellés dont 8 mineurs, un véhicule de particulier et un bus de Transantiago incendiés, quelques barricades vite démontées, et surtout un blessé léger parmi les forces de police, dont la voiture a été la cible d'un tir d'origine non identifiée.
La réponse des autorités politiques
Le gouvernement n'a cependant pas attendu le 11 septembre pour donner de la voix. Immédiatement après les événements du métro Escuela Militar de ce lundi, les autorités dénonçaient leur origine « terroriste ». De là la promesse de durcir la législation en la matière, de donner plus de pouvoirs aux agences de renseignement… Pour mener l'enquête, les responsables des investigations ont même fait appel à des membres du FBI, afin de profiter de leurs expertises dans la lutte contre le terrorisme. En un rien de temps, une véritable psychose sociétale a fait de la question sécuritaire la nouvelle priorité d'un gouvernement inquiet - mais aussi de l'opposition, puisque celle-ci proposait mercredi une loi à l'Assemblée Nationale pour rendre les peines contre les poseurs de bombe plus sévères.
Par ailleurs, à l'approche du 11 septembre, le gouvernement de Michelle Bachelet a annoncé la création d'un sous-secrétariat aux Droits de l'Homme, rattaché au Ministère de la Justice. L'exécutif a aussi fait montre de sa volonté de réviser la loi d'Amnistie, qui protège les personnes ayant pris part aux exactions commises par la dictature : une révolution pour un pays qui n'a pas encore pansé toutes les blessures d'un passé qui fait débat. Enfin, ce jeudi, lors des commémorations du coup d'Etat militaire, comme un écho à cette semaine de troubles, la présidente a rappelé dans son discours qu' « il n'y a pas de place pour la violence et la peur » dans la société chilienne. En présence de certains de ses prédécesseurs présidents de la République, mais aussi d'anciens proches de Salvador Allende, Michelle Bachelet a enfin évoqué son désir de promouvoir la démocratie, ainsi que la nécessité pour le Chili de « vivre dans la paix et la tranquillité ». Un appel au calme bienvenu à l'approche de la nuit du 11 au 12 septembre, qui s'annonce particulièrement tourmentée : à deux heures du matin, on signalait déjà plusieurs foyers d'incendie, des confrontations et des échanges de tir entre des individus encapuchés et les Carabineros (parmi lesquels on dénombre au moins une dizaine de blessés) à Santiago et à Valparaíso, ainsi qu'une gigantesque coupure de courant, d'origine criminelle, privant d'électricité au moins 120 000 personnes dans la Région Métropolitaine.
Fabien Leboucq (www.lepetitjournal.com/santiago) vendredi 12 septembre 2014





