

Bartabas et Ko Murobushi ont donné hier soir la première représentation de leur spectacle « Le Centaure et l'animal » au Teatro Municipal de Santiago. Invités du Festival Santiago a Mil, ils joueront dans la capitale chilienne jusqu'au 27 janvier pour huit dates d'un spectacle envoûtant. Interview
photo Nabil BOUTROS
20 h hier soir. Le Teatro Municipal de Santiago annonce complet pour la première représentation du spectacle « Le Centaure et l'animal ». C'est à Ko Murobushi, le chorégraphe japonais maître de la danse buto, qu'il revient de donner la première note du spectacle, assis sur un piano. En fond, Les Chants de Maldoror du comte de Lautréamont, lus par une voix inquiétante en espagnol. Après quelques minutes, surgit Bartabas à dos d'un cheval noir, encapuchonné dans un vêtement sombre. Le ton du spectacle est donné : loin des fééries équestres auxquelles nous a habitué Bartabas, avec son théâtre équestre Zingaro, il nous plonge cette fois dans un registre plus obscur mais tout aussi enivrant. « Le Centaure et l'animal » est ainsi une danse des ténèbres qui porte bien son nom. Tous les ingrédients sont en effet réunis sur scène? la danse lente et introvertie de Ko Murobushi, qui se transforme progressivement en animal ; la prose terrifiante de Lautréamont, responsable du profond silence qui s'installe dans le théâtre ; et enfin, la danse équestre époustouflante de Bartabas, accompagné de ses chevaux dressés à l'immobilité. Pendant une heure et vingt minutes, ce spectacle atypique amène le public à redéfinir les frontières existantes entre l'homme et l'animal. Le centaure, à tête de cheval et à corps d'homme, que Bartabas forme majestueusement avec un cheval, fera finalement ressortir l'animal qui est en nous.
C'est avec un tonnerre d'applaudissements que prend fin la première représentation. Les quatre chevaux présents dans le spectacle et les deux danseurs doivent revenir saluer plusieurs fois sur scène, pour combler l'enthousiasme des spectateurs. Hier soir, le public au Chili n'est visiblement pas sorti indemne du Teatro Municipal de Santiago. Lepetitjournal.com a rencontré le discret Bartabas à la sortie de la scène
LPJ:Pourquoi avoir choisi le Chili pour représenter « Le Centaure et l'animal » ? (déjà représenté à Londres, Barcelone, Turin et Hong-Kong ndlr)
Bartabas:Le festival de Santiago a mil m'a invité ? je vais là où on m'invite ! On avait déjà joué en Amérique du sud avec Zingaro et j'avais déjà trouvé à l'époque que le public avait une vraie curiosité pour le théâtre, une plus grande soif de culture. Je juge plus la réussite d'un spectacle à la qualité du silence du public qu'à ses applaudissements et ce respect pour le théâtre s'est vérifié ce soir.
Comment avez-vous géré le transport de vos chevaux sur un autre continent ?
« Le Centaure et l'Animal » est un projet plus léger, plus pointu. Seuls quatre chevaux font partie de ce spectacle, alors qu'un spectacle avec Zingaro c'est 45 chevaux et 39 personnes. Le déplacement des chevaux a donc été plus simple. Mes chevaux ont déjà beaucoup voyagé et sont habitués à ce type de transport en avion ! Par exemple, il y en un qui a 22 ans et que j'ai depuis qu'il a 5 ans ? il a fait le tour du monde avec moi. Une quarantaine de quatre jours avant le spectacle est toujours nécessaire afin que les chevaux s'acclimatent à leur nouvel environnement et qu'on puisse leur faire des tests médicaux.
Quelle histoire avez-vous voulu raconter avec vos chevaux dans « Le Centaure et l'Animal » ?
Mes spectacles ne racontent jamais d'histoire. Selon le vécu ou la sensibilité du public, ils peuvent être interprétés de différentes façons. J'ai toutefois cherché à faire ressortir l'instinct animal de l'homme et à enlever l'animalité des chevaux. Il y a une grande part d'initiative du cheval dans ce spectacle et une grande complicité entre nous. J'ai cherché la danse de chaque cheval, selon leurs capacités respectives. C'est avant tout leur danse, je n'ai pas travaillé dans le sens inverse, c'est-à-dire en ayant l'idée d'un pas et en cherchant ensuite avec quel cheval je pourrai le faire.
Maïwenn Bordron (www.lepetitjournal.com Santiago) Vendredi 18 janvier 2013
Teatro Municipal
Agustinas 794,
Santiago Centro
056 - 02 - 2463 88 88
du 17 au 20 janvier puis du 24 au 27 janvier
Du jeudi au samedi à 20h et le dimanche à 19h
Retrouvez le reste de la programmation du festival Santiago a Mil sur le site http://www.stgoamil.cl





