Édition internationale

Benjamin Guedj : le bâtisseur de marques derrière Yann Couvreur, succès international

Assis discrètement à une table de la boutique Yann Couvreur d’Aventura Mal à Miamil, Benjamin Guedj observe les clients sans dire un mot. Certains s'arrêtent devant la vitrine avant de photographier le célèbre renard devenu l'emblème de la maison. D'autres commandent un café, s'installent avec leur ordinateur portable ou reviennent partager un dessert en famille. Pendant près d'une heure, l'entrepreneur regarde leurs gestes, leurs habitudes, leurs hésitations.

Benjamin Guedj, cofondateur de Yann Couvreur PâtisserieBenjamin Guedj, cofondateur de Yann Couvreur Pâtisserie
Benjamin Guedj, cofondateur de Yann Couvreur Pâtisserie
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 11 août 2026


« C'est probablement ma plus grande école de commerce », confie-t-il avec le sourire. «
Les meilleurs consultants restent les clients. »


Cette scène résume à elle seule la philosophie de celui qui a contribué à transformer une
maison de pâtisserie parisienne en une marque internationale présente en France, au
Moyen-Orient, en Asie et désormais aux États-Unis. Benjamin Guedj se définit comme
un entrepreneur. Un bâtisseur de marques. Et c'est précisément ce qui distingue son
parcours dans l'univers de l'hospitality de luxe.

 

Construire une marque avant de vendre un produit

Le produit est indispensable. Mais une marque, c'est une émotion

Lorsqu'il rencontre le chef Yann Couvreur, Benjamin Guedj ne cherche pas à investir
dans une pâtisserie. Ce qui le séduit n'est pas uniquement le talent du chef, mais le
potentiel d'une marque.
«Je ne suis pas tombé amoureux d'une pâtisserie. Je suis tombé amoureux d'un
projet.
»
Cette conviction va guider chacune de ses décisions. Là où beaucoup voient un produit,
lui imagine déjà une expérience. Là où certains réfléchissent à la prochaine ouverture, lui
pense à la prochaine décennie. Très tôt, avec Yann Couvreur et Jordan Zeitoun, il imagine
une maison capable de dépasser le cadre de la pâtisserie traditionnelle pour devenir une
véritable marque lifestyle, où le design, l'architecture, le parcours client, le packaging, le
café et l'hospitalité jouent un rôle aussi important que les créations du chef. Sa passion
pour le branding nourrit cette vision.
Fasciné par des maisons comme Hermès, Apple ou Starbucks, il s'intéresse moins à leurs
produits qu'à leur capacité à susciter une émotion immédiate. Cette réflexion donnera
naissance à l'un des éléments les plus emblématiques de la marque : le renard.
Pensé comme un véritable symbole identitaire, il devient rapidement un repère visuel
immédiatement reconnaissable, bien au-delà des vitrines des boutiques.


Transformer un savoir-faire artisanal en marque internationale


Pour Benjamin Guedj, un produit, aussi remarquable soit-il, ne suffit jamais à bâtir une
entreprise durable.
« Le produit est indispensable. Mais une marque, c'est une émotion. »
Cette approche l'amène à structurer très tôt un modèle de développement capable
d'accompagner une croissance internationale sans compromettre l'exigence artisanale de
la maison. Parmi les décisions fondatrices figure notamment la création d'un Laboratory,
véritable laboratoire central conçu pour soutenir la production, la recherche, l'innovation
et la transmission du savoir-faire à mesure que le groupe grandit. Dans la même logique
d'innovation, il imagine également le Click & Go, un concept pensé pour répondre à
l'évolution des usages et proposer une expérience plus fluide, conciliant rapidité, qualité
et désirabilité. Ces projets illustrent une vision plus large : Benjamin Guedj ne développe
pas seulement des boutiques, il conçoit des modèles capables d'accompagner la
croissance d'une marque sur plusieurs continents.

 

De Paris à Miami : exporter une marque, pas seulement un savoir-faire

La France (..) exporte encore trop peu de véritables marques internationales

Très tôt, Benjamin Guedj est convaincu que la pâtisserie française possède un potentiel
mondial. Mais il constate également une faiblesse.
« La France exporte des chefs. Elle exporte des recettes. Mais elle exporte encore trop
peu de véritables marques internationales.
»
Son ambition est alors claire : démontrer qu'une maison française peut devenir une
référence mondiale sans renoncer à son identité. Après Paris viennent Londres, le
Moyen-Orient, l'Asie, puis les États-Unis. L'ouverture des boutiques de Miami marque
une nouvelle étape. Pour comprendre ce marché exigeant, Benjamin Guedj prend une
décision rare : il s'installe en Floride avec son épouse et leurs trois filles.
« Je ne crois pas qu'on puisse développer sérieusement un pays en faisant des
allers-retours une fois par mois. Il faut adopter les habitudes des gens.
»
À Miami, Benjamin Guedj ne se contente pas d'ouvrir une nouvelle boutique. Il orchestre
l'ensemble de la stratégie de développement américaine : sélection des emplacements,
négociation immobilière, financement, architecture, expérience client, recrutement,
formation des équipes et adaptation du concept aux attentes du consommateur américain.
Conçues avec l'architecte Charles Zana, les boutiques sont pensées comme de véritables
lieux de vie, où l'on peut aussi bien prendre un café le matin, déjeuner, travailler quelques
heures ou partager un dessert en fin d'après-midi. Une vision profondément inspirée des
codes de l'hospitalité.

 

Une expertise reconnue dans l'hospitality de luxe

Au fil des années, Benjamin Guedj s'est imposé comme un acteur reconnu de la création
et du développement de marques premium. Son expertise dépasse aujourd'hui le seul
univers de la pâtisserie. Elle s'exprime à travers le branding, la stratégie de
développement, l'expérience client, le retail, le design des espaces, la stratégie
immobilière et le développement de réseaux de boutiques à l'international. Spécialiste du
scale-up de marques culinaires premium dans l'industrie de l'hospitality de luxe, il a joué
un rôle déterminant dans la transformation de Yann Couvreur, passé d'un premier concept
store parisien à un réseau international présent en France, au Moyen-Orient, en Asie et
plus récemment aux États-Unis, où la marque connaît aujourd'hui un véritable succès.
Son expertise réside dans sa capacité à accompagner la croissance d'une marque tout en
préservant son identité, son niveau d'exigence et sa désirabilité.

Parmi les réalisations qui illustrent cette vision figurent également le développement de
concepts innovants tels que Click & Go et le Laboratory, ainsi que des partenariats
prestigieux, notamment avec Air France, témoignant de sa capacité à faire rayonner le
savoir-faire français auprès d'une clientèle internationale exigeante. Cette reconnaissance
repose sur une conviction simple : les grandes maisons ne se construisent pas uniquement
autour d'un produit d'exception, mais autour d'une vision stratégique, d'un modèle de
développement durable et d'une marque capable de traverser les frontières sans perdre
son âme.

 

Le pouvoir des marques

La vraie réussite, c'est que dans vingt ans, quelqu'un voit un renard sur une boîte et pense immédiatement à Yann Couvreur. C'est ça, une marque

À écouter Benjamin Guedj, une idée revient constamment. Construire. Construire une
entreprise. Construire une expérience. Construire une équipe. Construire une marque.
Il parle peu de chiffres. Très peu de performances financières. Beaucoup plus d'émotions
et d'expérience client. Et pourtant, sous sa vision et direction, Yann Couvreur connaît un
succès mondial.
« La vraie réussite n'est pas d'ouvrir cinquante boutiques. La vraie réussite, c'est que
dans vingt ans, quelqu'un voit un renard sur une boîte et pense immédiatement à Yann
Couvreur. C'est ça, une marque.
»
À l'heure où les enseignes se multiplient à travers le monde, Benjamin Guedj poursuit
une ambition bien différente. Faire de Yann Couvreur non seulement une référence de la
pâtisserie française, mais une maison capable de rejoindre le cercle très fermé des
marques internationales dont l'identité traverse les frontières sans jamais perdre son âme.
Et pour cet entrepreneur passionné de branding, ce n'est probablement qu'un début.

annelorraine.bahi@lepetitjournal.com
Publié le 11 août 2026, mis à jour le 11 août 2026
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