Il a conquis le Québec, la France, Dubaï et Haïti. Plus d'un million de billets vendus. Une tournée achetée par Netflix. Pourtant, pour Rachid Badouri, humoriste né au Québec de parents marocains, il manquait encore un pays à faire rire : les États-Unis. Un défi qu'il embrasse avec une évidence déconcertante — car avec ses racines berbères, québécoises et sa connaissance intime de la culture française, il sait instinctivement comment toucher chaque communauté. Rencontre avec un humoriste dont le succès confirme que, lorsqu'on porte trois cultures en soi, l'humour n'a plus de frontières.


Rachid Badouri: l'humour en anglais aux États-Unis
Il aurait pu s'arrêter là, confortablement installé dans le succès avec son spectacle en français dans les pays francophones. Et pourtant, il a décidé de conquérir le public anglophone dans un pays aussi vaste que les États-Unis. Lorsqu'il est interrogé sur les raisons de ce choix, il énumère trois raisons : un besoin viscéral de se dépasser, un rêve d'enfant resté intact, et une pluriculturalité qu'il sent comme un atout naturel sur ce marché.
En effet, même son thérapeute le lui a confirmé : il ne peut pas vivre sans challenge. Et ce challenge a un nom : Hollywood. « Avant même de devenir humoriste au Québec, je rêvais du tapis rouge. Ce rêve, je le concrétise enfin. »
Rachid Badouri n'en est pas à ses débuts dans le monde anglophone : Ottawa, Vancouver, Toronto d'abord, puis Los Angeles où il monte sur la scène de la Belly Room du Comedy Store dans le cadre du Netflix Joke Fest en 2024 — premier Québécois et premier Marocain à y figurer.
Sa première date américaine l'a emmené à Naples, en Floride, le mois dernier. Début septembre, il sera en Californie pour deux dates, dont le promotion est faite par PIAFF, une structure reconnu dans la communauté francophones pour les nombreux spectacles mis en avant depuis plus de 12 ans.
Sa force dans ce nouveau territoire ? Une triple identité berbère, québécoise et francophone qui lui permet de toucher toutes les communautés en abordant des thèmes aussi divers que les chocs culturels, l'immigration, les mentalités américaines. Sans oublier sa parfaite imitation de Donald Trump — avec un numéro sur Taco Bell et la Border Police qui fait rire autant les fans du président que les Latinos.
Tales of the Syrian Dragon : le nouveau spectacle de Rachid Badouri en anglais
Son show s'appelle Tales of the Syrian Dragon. Ne vous attendez pas à un spectacle figé. Rachid construit son show comme un laboratoire vivant, testant chaque blague, adaptant le propos au public du soir. « Aucune blague ne mérite d'être jetée sans avoir été testée. » Et si la salle compte des francophones, il le saura — et basculera naturellement d'une langue à l'autre. Avec une triple identité marocaine, québécoise et désormais américaine, il est exactement le genre d'artiste qui fait se sentir chez eux ceux qui vivent entre plusieurs cultures.
Mais pour comprendre d'où vient cette aisance à traverser les langues et les cultures, il faut remonter à Laval — et au salon de ses parents.
Rachid Badouri : ses débuts sur scène à Laval
Rachid Badouri est né à Laval, la grande banlieue de Montréal, dans une famille d'origine marocaine berbère. Sa première scène ? Le salon de ses parents, après les méchouis du vendredi soir, avec en première partie sa sœur. Il avait 8 ans. C'était l'époque de Michael Jackson, et il terminait toujours son spectacle avec une imitation du chanteur. Puis il raconte en riant que « Mon père me demandait d'imiter les personnes présentes à la soirée », et en particulier ses oncles, connus pour être susceptibles, qui finissaient par quitter la maison, vexés après une parfaite imitation d'eux-mêmes — ce qui amusait particulièrement son père.
À 25 ans, Rachid décide de fabriquer lui-même un DVD amateur de ses meilleures prestations. Cent copies, gravées à la main, distribuées à toutes les maisons de production de Montréal. Silence radio pendant six mois.
Et c'est après ce long silence que le destin frappe à sa porte.
Rachid Badouri au Festival Juste pour Rire : le déclic de 2005
En mars 2005, le téléphone sonne : c'est le Festival Juste pour Rire. Audition devant public au Théâtre Saint-Laurent. Les organisateurs lui disent qu'il peut « amener quelques personnes pour l'encourager ». « Ils ont oublié qu'ils parlaient avec un Marocain », dit-il. Son père lui lance aussitôt : « Prépare ton texte. Moi, je prépare l'armée. »
Le soir venu, dans une salle de 120 places, 67 personnes débarquent de Laval — Haïtiens, Italiens, cousins, voisins — stratégiquement placés pour rire fort. Sa sœur est en première rangée avec une banderole Go Rachid Go. Ce soir-là, ils étaient cinq à passer l'audition, dont Sugar Sammy. Ce que Rachid ignorait, c'est que les quatre juges étaient les quatre metteurs en scène des galas du festival.
Le lendemain matin, Rachid reçoit un appel de la productrice Lucie Rozon : il a été sélectionné pour le gala le plus vendu du festival, celui de Louis-José Houde.
Rachid Badouri : de Paris à Dubaï, la conquête de la francophonie
Sa carrière s'envole. Après une tournée triomphale au Québec, Rachid exporte son spectacle en 2011 : France, Belgique, Suisse, Maroc, Congo, Afrique du Sud, Haïti, Dubaï. Plus d'un million de billets vendus. Sa dernière tournée francophone est achetée par Netflix.
C'est Gad Elmaleh — qui lui avait offert sa première grande scène au Théâtre Saint-Denis de Montréal — qui l'encourage le premier. Plus tard, Jamel Debbouze le fait monter sur scène au Marrakech du Rire. « C'est comme ça que je suis devenu connu au Maroc. Paris ouvre vraiment les portes — comme Hollywood. »
Au-delà du parcours, c'est l'homme qui transparaît dans cette interview : chaleureux, ancré dans ses racines, d'une bienveillance désarmante. La presse québécoise et française a souvent souligné cette qualité rare — ce naturel solaire, cette générosité à la fois dans le rire et dans le rapport à l'autre, loin de toute ironie mordante ou de la provocation facile. Les anecdotes qu'il raconte sur sa famille — son père qui "prépare l'armée", sa mère qui s'effondre de joie au téléphone, sa sœur qui l'encourage — ne sont pas de simples souvenirs d'enfance : elles sont la signature d'un artiste profondément humain. Et c'est précisément ce qui rend son spectacle universel. Car lorsqu'un humoriste monte sur scène avec cette chaleur et cette capacité à rassembler plutôt qu'à diviser, il ne raconte plus seulement ses propres histoires — il finit par raconter les nôtres.
Rachid Badouri en Californie le 3 et 6 Septembre 2026
- Brea (près de Los Angeles) — 3 septembre 2026
- San Jose — Improv San José, 6 septembre 2026
Les billets disponibles sur le site de PIAFF
Le spectacle en anglais, avec quelques incursions en français garanties, avec des accents marocains et canadiens. Un excellent moment en perspective
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