OLIVIER WEBER – Histoire d’un journaliste devenu écrivain

Par Lepetitjournal Perth | Publié le 09/11/2016 à 19:00 | Mis à jour le 07/11/2016 à 09:04

 

 

A l'occasion de la conférence qu'Olivier WEBER donnera le 16 novembre à l'Alliance Française de Perth, lepetitjournal.com a voulu en savoir plus sur cet écrivain et grand reporter primé à de nombreuses reprises.

 

 

 

Lepetitjournal.com/Perth ? Vous avez un parcours riche et passionnant. Que retenez-vous de vos 20 années de correspondant de guerre ?
Olivier WEBER : ce métier de grand reporter est très riche. Alors que vous êtes au centre des conflits, vous devez appréhender rapidement les enjeux en prenant le temps et en rapportant la parole des victimes. Ce qui est frappant sur les conflits actuels, c'est que contrairement aux guerres précédentes, de plus en plus de civils sont victimes : saviez-vous que depuis 1945, 95% des victimes dans le monde sont des civils ? Etre journaliste de terrain c'est être au c?ur des pulsions du monde et cela développe votre capacité à analyser et anticiper les situations auxquelles vous êtes confronté, mais aussi de vous méfier de nombre de personnes. J'ai vécu plusieurs fois dans la peur en passant une quinzaine de fois à deux doigts de la mort, mais finalement, ce qui me fait le plus peur aujourd'hui, c'est de ne plus avoir peur ! Durant ces 20 années, j'ai également rencontré de nombreuses personnalités comme le Dalaï Lama, Aug Sang Su Kyi, des chefs d'Etat?mais ce qui m'a le plus marqué est le nombre d'inconnus formidables que j'ai pu rencontrer. Le contact humain est une source d'enrichissement extraordinaire et de compréhension du monde.

Vous êtes passé de journaliste à écrivain, primé à de multiples reprises. Comment voyez-vous ces deux « rôles » et ces deux médias ?
J'ai toujours à la fois été journaliste et écrivain, c'est juste la proportion des deux qui est modifiée ; aujourd'hui j'ai vraiment la volonté de me consacrer à l'écriture, non pas que je sois fatigué de l'activité de grand reporter, mais je n'avais plus le temps d'écrire et j'avoue avoir été parfois un peu éc?uré de voir ce qui se passe sur le terrain.
Pour revenir à votre question, je pense qu'il n'y a pas vraiment de frontière sur la matière elle-même entre la fiction du roman et le réalisme des articles du journaliste ; parfois la fiction vous renseigne plus sur la réalité des choses. Le journalisme bien que basé sur des faits, est soumis à une part de subjectivité, et le roman quant à lui peut être aussi basé sur du réel, des recherches. La différence majeure serait que le livre permet de faire passer plus de messages personnels.

Vous allez bientôt venir à Perth pour une conférence à l'Alliance Française. Cette intervention s'inscrit-elle dans une tournée mondiale ? Quel en est le but ?
Je réalise effectivement actuellement un périple dans l'hémisphère sud avec le prix « Albert Londres » qui invite des lauréats de ce prix dans ce genre de tournée. Ma visite à Perth fait donc partie de cette tournée qui comprend Madagascar, (où je me suis rendu en septembre) 5 villes en Australie et 5 en Nouvelle-Zélande pour échanger sur des sujets d'actualité, de mon expérience en tant qu'ambassadeur de France et maître de conférences à Sciences Po, mais aussi de parler de mon dernier livre « Frontières ». Ce livre de 300 pages environ évoque deux ans de voyage sur les frontières du monde, des montagnes d''Irak à  Menton dans le sud de la France. La zone frontière est presque une entité indépendante des deux pays qui la jouxte. J'ai traversé de nombreuses frontières ? souvent clandestinement - j'y ai vécu de nombreuses choses, rencontré de nombreuses personnes (dont des migrants), et ce livre en est un témoignage, avec des références sur des écrivains qui ont évoqué ce thème des frontières, de Goethe à Hemingway, de Nietzsche à Kessel .


Vous avez beaucoup voyagé et êtes reconnu comme un grand humaniste au travers de votre expérience et des actions que vous avez menées. Qu'est-ce qui vous préoccupe le plus aujourd'hui pour l'avenir de l'humanité ?
Je suis un grand optimiste, porté par le rêve et l'espérance mais il y a en moi à la fois une part de candeur et une part de cynisme vu les expériences que j'ai vécues. Je pense qu'il y a 3 constantes préoccupantes pour l'avenir. Tout d'abord l'évolution démographique opposée à la déperdition des ressources et la pollution de notre environnement qui risque de nous amener vers un point de non-retour. Ensuite, le renouvellement de la barbarie : « la cruauté est facile car elle est toujours à recommencer » disait le philosophe Merleau-Ponty, et c'est ce qui m'a étonné chez certains seigneurs de guerre ; plus ils étaient intelligents et plus ils étaient imaginatifs dans la cruauté et la barbarie, ce qui est très inquiétant. Enfin, le troisième point, concerne la communauté internationale : mon expérience aux Nations Unies, me fait dire qu'il n'y en a pas réellement car elle se limite à des accords et des consensus qui n'ont qu'un impact limité sur les « états concurrence » qui génèrent des guerres d'hostilité, qui protègent leurs intérêts propres et qui ne savent pas construire à long terme.

Comment interprétez -vous la montée de djihadisme en France, comment y remédier ?
Je pense que le djihadisme n'est pas une vraie guerre, même s'il y aura très probablement d'autres attentats à l'avenir. La plus grande erreur a probablement été l'intervention américaine en 2003 à Bagdad qui a petit à petit donné naissance à Daesh. La France fait partie des pays les plus ciblés, plus fragile peut-être par l'ouverture des frontières et la présence de réseaux dormants, mais essentiellement, je pense, par sa position de leader dans la guerre contre Daesh en Irak et pour son efficacité dans ce combat.
Pour y remédier, l'action militaire me semble indispensable de manière à aider les Kurdes en Irak et en Syrie. D'autre part, il faudra s'habituer à un risque qui n'est plus un « risque zéro », et donc augmenter notre vigilance au quotidien.


Vous qui avez vécu au milieu de tant de conflits, quel message de paix voudriez-vous partager ?
Je vois beaucoup d'espérance dans la monté en puissance des ONG et des mouvements citoyens qui prônent des valeurs collectives de « vivre ensemble ». Les jeunesses dans le monde sont en mesure d'apporter une dynamique de volonté très positive mais ne pourra être efficace que par l'amélioration des rapports nord/sud et la responsabilité de certains états à faire respecter le droit et lutter contre la corruption.
Je porte également une importance non négligeable à l'accès à la culture, la connaissance et la lecture car cela permet la transmission de valeurs d'espérance et d'optimisme en construisant et instruisant les nouvelles générations tout en développant des valeurs de respect.
Je pense aussi qu'il faut intégrer le changement climatique et mener des actions concrètes pour arrêter de polluer à un niveau international.
Tout cela ne pourra se faire sans un renforcement des pouvoirs des Nations Unies en tant que communauté internationale pour imposer des règles de droit sans pour autant aller vers l'utopie d'un gouvernement mondial.

 

LB (www.lepetitjournal.com/perth.html) le 10 novembre 2016


Pour en savoir sur plus sur Olivier WEBER :
Ecrivain français, écrivain primé et journaliste, il a été correspondant de guerre pendant vingt ans, en particulier en Asie centrale, Afrique, Moyen-Orient et en Irak.  Il est l'auteur de "La Mort blanche", "Le Barbaresque", "Le Faucon afghan", "La Confession de Massoud", "L'Enchantement du monde"  et maintenant « Frontières ». Ses livres sont traduits dans une douzaines de langues.
Primé à de nombreuses reprises, il a reçu entre autres le prestigieux prix Albert Londres, considéré comme le prix Pulitzer en français, et le Prix Joseph Kessel.
Il a réalisé plusieurs documentaires, essentiellement pour des chaînes de télévision françaises et le cinéma.
Maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris pendant une dizaine d'années, il est également président du Prix Joseph Kessel.
Olivier Weber a été nommé en 2008 ambassadeur de France, en charge de la traite des êtres humains et des droits de l'homme, et ainsi beaucoup collaboré avec les Nations Unies.
Et Olivier est également membre du comité de sélection pour les prix de la littérature et membre de la «Société des Explorateurs Français" (Société des explorateurs français).

 

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