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RUDDY DOUTEAU - Quand les Antilles s’invitent en Australie

Par Lepetitjournal Perth | Publié le 12/08/2014 à 19:30 | Mis à jour le 13/08/2014 à 03:41

 

 

Ruddy Douteau, originaire de Guadeloupe, tente d'initier les Australiens aux saveurs des Antilles. Un pari risqué que cet ingénieur en aéronautique est prêt à relever. Ses plats sont accessibles au public deux fois par semaine. Focus sur les débuts d'un  chef qui a déjà tout d'un grand.


credit photo : Ruddy Douteau
Lepetitjournal.com Perth : Ruddy pourquoi avoir choisi l'Australie pour démarrer votre projet ?

Ruddy Douteau : Ah? C'est un peu un concours de circonstances. J'ai d'abord vécu en Guadeloupe où je suis né. Une fois le BAC en poche je suis parti en Métropole direction Paris pour y suivre des études supérieures. A 23 ans j'ai décroché une licence en aéronautique.  
J'ai eu de la chance, juste après l'obtention de mon diplôme, en 2005, j'ai été embauché à Toulouse où je suis resté deux ans. Une super ville! Ensuite, mon travail m'a donné l'opportunité de voyager pas mal.

Où avez-vous travaillé ?
Oh il y a eu beaucoup de pays! (rire) En général je faisais des contrats de six mois. Il y a eu le Canada, la Belgique, l'Italie, la Nouvelle-Calédonie, le Vietnam et même l'Arabie Saoudite ! Ces voyages m'ont ouvert l'esprit et m'ont appris à mixer les saveurs asiatiques, antillaises et africaines.
 
L'Arabie Saoudite? j'imagine que cela n'a pas du être la destination idéale ?
Contrairement à ce que je croyais, finalement ça s'est très bien passé pour moi là-bas! Je ne bois pas et je ne fume pas donc cela a facilité les choses je suppose. Par contre, c'est évident que pour les femmes c'est tout autre chose! La vie est difficile?

L'Australie est donc un autre pays où votre activité professionnelle vous permettait d'aller?
Oui. Je suis arrivé en Australie il y a trois ans. J'avais un visa 457 qui m'autorisait à rester pour une période de quatre ans. Au bout de deux ans j'ai fait ma demande de visa permanent. J'ai d'ailleurs obtenu une réponse positive il n'y a pas si longtemps que cela!

C'est une bonne nouvelle. Félicitations! Vous êtes donc libres de rester autant qu'il vous plaît ?
Oui! (rire). Je suis très content, c'est exactement ce dont j'avais besoin pour me lancer dans mon projet de cuisine.

Oui justement ce projet?! Comment en êtes vous arrivés à troquer votre costume d'ingénieur en aéronautique pour une toque de chef ?
Il y a eu des complications économiques au travail. Il y a environ un an j'ai appris que mon entreprise ne marchait plus bien et que des licenciements s'imposeraient bientôt. Alors j'ai eu l'idée de lancer ce projet de cuisine des Antilles. Il n'y a rien de tel en Australie. Mais au début mon idée était de faire cela juste sur mon temps libre, pas à temps plein.  

Comment vous êtes-vous lancés ?

J'ai un ami qui a l'habitude de faire des marchés. Il m'a dit que si je voulais je pouvais partager un stand avec lui. Alors, le premier marché j'ai vendu mon sorbet noix de coco et des accras. Le deuxième marché, mon ami m'a laissé tout seul. Il n'était pas organisé du tout. Lui, il vendait des plats jamaicains du style Jerk chicken. Enfin bref mon sorbet coco et sa cuisine jamaicaine, la combinaison n'a pas bien marché. Mon ami m'a d'ailleurs dit :?Ton truc il marcherait dans un restaurant pas dans un marché?. Cela m'a fait réfléchir. Le troisième marché, ce coup-ci j'avais un stand pour moi tout seul. Je me souviens, je suis arrivé à cinq heures du matin. Je devais monter la tente. J'avais jamais fais cela..! (rire). Puis j'avais pas assez de monnaie pour faire le change. Ça a été la catastrophe! Heureusement j'étais avec deux amis backpakers qui m'ont donné un coup de main.

A vous entendre on dirait que cela s'est plutôt mal passé. Avez-vous fait des ventes ?
Oh oui? (rire) Pardon c'est vrai que j'en oublie l'essentiel. Donc la mise en place c'était pas ça mais le succès était là. J'ai fait le buzz. Tout est parti : chicken bokit meal, accras meal, beef bokit meal et le sorbet noix de coco ! Ça a tellement bien marché que la dame qui s'occupe de gérer les stands au marché de Mayland m'a proposé de revenir. Ce que j'ai fait. Pour mon quatrième marché j'étais devenu meilleur d'un point de vue de l'organisation et surtout les clients étaient là. Cela m'a suffit pour prendre ma décision et de me lancer à temps plein!

credit photo : Ruddy Douteau


Vous avez donc quitté votre travail ?
Ruddy Douteau : Non j'ai été licencié il y a deux mois. Mes différentes expériences au marché de Mayland, c'était  tout juste avant d'être renvoyé. ?Timing parfait' si je puis dire. Dans mon domaine, les opportunités professionnelles se trouvent actuellement dans les Emirats, Dubai? Cela ne me dit rien du tout. J'ai fait mon métier pendant 14 ans, je ne me vois pas poursuivre jusqu'à mes 50 ans. J'ai eu le choix entre la passion ou la sécurité, j'ai choisi la passion!

Comment votre famille et vos amis ont réagi ?
Pour être honnête, la plupart ont été très surpris et choqués, surtout ma famille. Je crois qu'ils ne se doutaient pas que j'avais une passion pour la cuisine. En même temps je n'ai jamais vraiment eu l'occasion de cuisiner pour eux. Mais à présent ils me soutiennent. Je pense que quand je vais aller leur rendre visite en Guadeloupe, je vais avoir intérêt à leur cuisiner quelque chose. (rire)

D'où vous vient cette passion pour la cuisine ?
Ma mère est chef et ma grand-mère est une excellente cuisinière. Aussi loin que je me souvienne, j'ai d'abord détesté la cuisine. Vous savez quand vous avez 6 ans et qu'on vous demande d'éplucher des légumes comme les oignons, ça n'a rien de marrant! (rire). J'ai beaucoup regardé ma mère et ma grand-mère. Je crois que j'ai mémorisé ce qu'elles faisaient. Et puis j'ai grandi. J'ai eu 16 et j'ai eu faim. Il fallait bien que je me  fasse quelque chose à manger. Je crois que j'en ai eu vite marre des plats surgelés ou des conserves! J'ai appris tout seul à me faire des bons plats.

Comment s'est concrétisé votre projet ?
Depuis le 23 juillet, toutes les semaines de 18h à 21h30 les mercredi et jeudi, je loue un restaurant où je cuisine et propose mes plats. Ce n'est pas très pratique, juste avant moi c'est de la cuisine Japonaise! (rire) Je dois donc créer l'ambiance des Antilles : mettre la décoration sur le thème des iles, la musique, la carte des menus, sans oublier moi et mon équipe. (ndlr: l'équipe de Ruddy se compose de quatre employés de cuisine et de deux serveuses). Nous sommes vêtus avec les habits traditionnels de la Guadeloupe. Et à la fin du service j'enlève tout pour recommencer à nouveau la fois suivante?J'ai commencé il y a quelques semaines et ça marche plutôt bien, on a du monde!

credit photo : Ruddy Douteau


Quel est votre objectif final ?
Pour le moment j'investis tout avec mes économies. Je me laisse encore six mois pour voir si mon projet fonctionne. Si c'est le cas je vais me trouver mon propre restaurant. Je veux monter l'unique restaurant fast-food Antillais sur le concept de ?choose your meal, choose your sauce? (ndlr: choisi ton menu, choisi ta sauce.) Des plats garnis, savoureux et pas chers. Je serai le premier sur le marché. Mon restaurant s'appellera ?Ka'ribbean Corner? comme c'est déjà le cas. Il n'y plus qu'à voir si les Australiens vont se laisser convaincre par la touche antillaise.

Propos recueillis par Isabelle Robert (www.lepetitjournal.com/Perth) mercredi 13 août 2014.

Où gouter les petits plats de Ruddy? Ka'ribbean Corner sur place ou à emporter, 1 Leonard Strert, Victoria Park (WA) de 18h à 21h30, les mercredi et jeudi. Pour plus d'informations rendez-vous sur  Facebook

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