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"Fin mal barrés !": le spectacle qui dédramatise le référendum de 2018

Par AFP | Publié le 19/12/2017 à 10:43 | Mis à jour le 19/12/2017 à 10:52
Fin mal barrés

Premier spectacle d'humour politique en Nouvelle-Calédonie, "Fin mal barrés !" dédramatise les enjeux du référendum sur l'indépendance de 2018 et s'attaque aux tabous d'une société figée dans ses clivages.

Par Claudine WERY

   

Terre communautariste, le Caillou est aussi surnommé le "Pays du non-dit" tant on n'aime guère y réveiller les fantômes du passé colonial, du bagne, des guerres tribales ou dénoncer les travers d'un pays [...] bloqué sur ses antagonismes politiques.

"On est toujours en train de se censurer en Nouvelle-Calédonie. Moi, j'ai un caractère à mettre les pieds dans le plat. Ca provoque des soubresauts, mais ce n'est pas la fin du monde", s'amuse Jenny Briffa, journaliste et auteure du spectacle.

En tournée à Nouméa et dans les villages de l'intérieur depuis six mois, "Fin mal barrés !" affiche au compteur plusieurs milliers de spectateurs et continuera à tourner en 2018. Deux communes plus frileuses l'ont toutefois refusé.

Calédonienne d'origine européenne, Jenny Briffa a confié l'interprétation de son texte à son amie d'adolescence, Maïté Siwene, seule comédienne kanak de l'archipel à se livrer à l'exercice du "one woman show".

Dans "Fin mal barrés !", phrasé typiquement local hérité de colons venus du Nord de la France, cette joyeuse trentenaire campe Michèle Wobama, une métisse urbaine "à l'aise sur ses talons et dans ses claquettes (tongues, ndlr)", qui tire à boulets rouges sur la société sans avoir l'air d'y toucher.

 

Je veux voter, j'en peux plus

Le premier tabou qu'elle dynamite est celui du référendum sur l'indépendance, qui aura lieu d'ici novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie au terme d'un long processus de décolonisation, initié en 1988 par les accords de Matignon.      

"A force depuis des années de dramatiser le référendum, on s'est enfermé dans cette problématique. Tout est bloqué sur cette question alors qu'il y a tant de dossiers sociaux, sanitaires et économiques plus urgents", observe Jenny Briffa.

"Quoi qu'il arrive, on sait qu'on va continuer à vivre ensemble, alors arrêtons de nous faire peur", tranche-t-elle. Sur scène, au bord de la crise de nerfs, Michèle Wobama explose : "Donnez-moi une urne et un isoloir ! Ça fait trente ans que j'attends ! Je veux voter, j'en peux plus !"

L'un des points culminants du spectacle est aussi la mise en scène du fameux "jour d'après", l'expression employée par les politiques locaux pour évoquer la préparation de la période postérieure au référendum.

Il est rebaptisé d'un anxiogène "Day after" avec des tirs de champs de bataille en fond sonore.

Les travers de l'économie et des politiques passent également à la moulinette: l'affairisme de certains élus, l'improbable développement du tourisme, la cupidité des banques ou encore l'hypertrophie du service public.           

La comédienne, hilarante imitatrice, sert le tout en enchaînant les personnages qui font le sel de l'identité calédonienne : le Kanak revendicatif, l'épicière asiatique madrée, le Caldoche à la gâchette facile et le Zoreille au salaire indexé (français de Métropole, ndlr)...

 

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