Privée de pétrole depuis la chute de Nicolás Maduro au Venezuela et sous pression de Donald Trump, Cuba fait face à des pénuries généralisées et à des coupures d’électricité à répétition. Sur place, habitants et expatriés tentent de s’adapter à un quotidien de plus en plus précaire, tandis que les dernières déclarations américaines laissent planer l’ombre d’une nouvelle escalade.


La situation actuelle de Cuba ne peut se comprendre sans revenir à son histoire récente. Depuis 1962, l’île vit sous embargo américain, un dispositif qui a profondément marqué son développement économique. Au fil des décennies, ce blocus s’est renforcé, obligeant le pays à dépendre d’alliés comme la Russie, la Chine ou le Venezuela pour assurer ses besoins énergétiques et financiers. Mais cet équilibre fragile a été brutalement rompu début janvier avec la chute du régime de Nicolás Maduro, principal fournisseur de pétrole de l’île. Depuis, Cuba n’a plus importé de pétrole, plongeant le pays dans une crise énergétique immédiate.
Dans ce contexte, Donald Trump a accentué la pression. Fin janvier, il signe un décret visant les pays exportant du pétrole vers Cuba. Washington accuse La Havane de soutenir des puissances hostiles et de déstabiliser la région, justifiant ainsi une politique de « pression maximale ».
Cuba rétablit son réseau électrique, Washington accentue la pression
Les déclarations américaines se font de plus en plus offensives. Le 7 mars, Donald Trump affirme que Cuba « vit ses derniers moments ». Quelques jours plus tôt, il évoquait même une possible « prise de contrôle pacifique » de l’île. Lors d’une réception à la Maison Blanche, il laisse entendre que Cuba pourrait devenir une prochaine priorité, après les opérations militaires menées au Moyen-Orient. À ses côtés, Marco Rubio, fils d’immigrés cubains, adopte une ligne dure : selon lui, Cuba « doit changer radicalement » pour améliorer la vie des cubains.
Les Cubains pris au piège
Si les tensions internationales dominent les discours politiques, leurs conséquences sont avant tout visibles dans le quotidien des Cubains. Depuis plusieurs mois, l’île traverse une crise majeure, aggravée par une inflation (une pénurie de devises et un effondrement progressif des services publics). Mais la situation s’est nettement dégradée ces dernières semaines.
Privé de carburant, le pays tourne au ralenti. Les stations-service sont désertées, la vente d’essence est strictement rationnée et le diesel n’est parfois plus disponible. Cette pénurie a un effet domino sur l’ensemble de la société (les transports sont paralysés et les livraisons perturbées). Le réseau électrique ne tient plus, composé de centrales thermiques vieillissantes (certaines ayant plus de 40 ans), il subit plusieurs pannes. En mars, Cuba a connu plusieurs black out nationaux, plongeant l’état dans le noir pendant des heures, parfois plus d’une journée. À La Havane, la nuit est devenue synonyme d’obscurité totale. Les habitants s’éclairent avec des lampes de poche ou leurs téléphones. Les restaurants ferment faute d’électricité, tandis que seuls quelques établissements équipés de générateurs restent ouverts.

La crise ne s’arrête pas là. Les pénuries de nourriture et de médicaments se multiplient. Les systèmes de réfrigération étant défaillants, la conservation des aliments devient difficile. L’accès à l’eau est lui aussi perturbé, les pompes ne fonctionnent plus correctement sans électricité. Les déchets s’accumulent dans les rues, les camions poubelles ne circulent plus régulièrement.
Les Français de Cuba : s’adapter à l’imprévisible
Dans ce contexte, les habitants doivent s’adapter à des conditions de vie de plus en plus difficiles. Sacha, une expatriée française installée à La Havane depuis 2024, décrit un quotidien bouleversé. « On s’habitue à vivre dans le noir. Parfois pendant des heures, parfois toute la nuit. On organise sa vie autour de ça », explique-t-elle.
Graphiste freelance, elle travaille à distance, mais doit composer avec des coupures d’électricité et des connexions Internet instables. Chaque tâche peut devenir une contrainte : « Il n’y a plus vraiment de routine. On fait les choses quand on peut : que ce soit le courant ou la nourriture, tout devient compliqué. »
Accablés par la crise, les Cubains prônent le dialogue face aux menaces de Trump
Elle observe également l’impact de la crise sur les habitants, et en particulier sur les femmes : « Les femmes gèrent tout. Elles passent leur journée à chercher des produits, à faire la queue, à s’entraider. Il y a une vraie solidarité, mais aussi beaucoup d’épuisement. » De même pour l'éducation, l’école est interrompue suite aux coupures et la majorité des enfants se retrouvent à aider leurs parents.
Une situation qui continue de se tendre
Alors que la crise s’aggrave, les dernières évolutions internationales laissent présager une nouvelle phase de tensions. Malgré le blocus, certaines aides commencent à arriver. Le Mexique et le Canada ont envoyé des cargaisons alimentaires et médicales, tandis que des convois humanitaires partent même de Miami. Un pétrolier russe sous sanctions doit également accoster à Cuba, signe que l’île cherche de nouvelles solutions pour contourner l’isolement énergétique.
Mais ces apports restent insuffisants face à l’ampleur de la crise. Aujourd’hui, Cuba se trouve dans une situation critique pour sa population. Dans les rues de La Havane, la lumière s’éteint régulièrement. Mais la vie continue, fragile, suspendue à un équilibre de plus en plus instable.
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