Mercredi 20 janvier 2021

MEXICO ET VOUS – Elsa, une jeune Française expatriée au Mexique

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 22/03/2010 à 23:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 14:45

 

Elsa, 24 ans et un master de psychologie en poche, est arrivée à Tampico il y a 5 mois et demi. Cependant, cette originaire de Rouen, Haute-Normandie, ne s'est pas expatriée au Mexique pour son travail mais pour suivre son fiancé mexicain. Elle répond aux questions du petitjournal.com, nous fait partager son expérience de l'expatriation et nous confie ses impressions sur le Mexique


Lepetitjournal.com : Est-il si facile de tout quitter pour suivre son conjoint?
Elsa: Le choix était simple: rester en France et ne pas poursuivre cette relation ou partir vivre avec l'homme que j'aimais. Donc je suis partie !
Je suis partie après avoir fini mes études universitaires. Je n'ai donc pas quitté une situation professionnelle intéressante. Toutefois, j'ai beaucoup travaillé pour obtenir le titre de psychologue et il va me falloir attendre quelques années, parfaire la maitrise de la langue espagnole, avant de pouvoir travailler dans ma branche.
Quitter mon pays n'a pas été difficile. J'aime la France, mais c'est une chance de pouvoir aller vivre quelques années à l'étranger, c'est très enrichissant.
Mes parents m'ont toujours soutenus dans ma démarche. Mais étant fille unique, je savais que ça n'allait pas être facile pour eux. Moi je vivais pleinement ma vie de couple, mais eux ils ne gagnaient rien en échange. Ils ont gardé mon chat. Pour mon père, c'est comme un lien avec moi. Avec ma mère, finalement on se parle encore plus qu'avant ; entre messenger et skype, on communique tous les jours.
Mes amis sont fiers de mon choix. Ils me disent souvent, qu'ils ne pensent pas être capable d'en faire autant par amour. Je suis toujours en relation avec la plupart de mes amis. Mais la distance n'est pas facile à gérer.

Quelles difficultés avez-vous rencontré ?
Le choc des cultures est très important. Sur beaucoup de points, le Mexique est à l'opposé de la France. Ici, rien ne presse, peu de choses sont bien organisées et  réglementées. Pour certains étrangers, c'est le paradis ce côté "relax".  Pour d'autres comme moi, c'est l'horreur. Je me butais à des stratégies de vie totalement différentes. De plus, il y a des choses qui ne se font pas ici mais qui ne posent pas de problème en France et vice versa. Par exemple, en France, parler fort est un grand manque de respect bien que nos mots restent corrects. Puis ici, la loi n'est vraiment  pas la même pour tous.
La seule solution est de prendre du recule. Avoir en tête d'avance que l'on n'aura pas ce que l'on a besoin immédiatement et pas selon notre logique. Surtout il faut tenter le plus possible de ne pas faire de comparaison. La clé, c'est de vivre pleinement dans son nouveau pays !
Où je vis, ce n'est pas très touristique. Je suis blonde aux yeux bleus, ce qui est loin d'être courant ici. Les gens me dévisagent sans cesse. Ce sont des regards très soutenus et pas toujours amicaux. L'histoire mexicaine pèse sur la société actuelle. Il est important de la connaitre pour mieux la gérer. Au bout d'un mois, je me suis teint les cheveux en châtain tellement les regards m'oppressaient. Après cinq mois de vie au Mexique, je me suis reteinte en blonde. A présent, j'arrive à ne plus voir les regards. Comment ? Je balaye du regard sans m'attarder sur les gens mais plus sur des monuments, des vêtements dans une vitrine. Puis, je vais déménager, dans une ville plus touristique?je passerai plus inaperçue.

A quels aspects ne vous êtes vous jamais fait ?
Ce à quoi je ne me fais pas, c'est la "ségrégation sociale" si on peut dire. Les gens d'une certaine classe sociale ne se côtoient qu'entre eux, dans certains lieux précis. Et souvent, une couleur de peau y correspond. En tant qu'étrangère à l'histoire mexicaine et ne faisant pas parti de ce qui s'appelle une minorité, je n'étais pas du tout préparée à ça!! Pas l'habitude que l'on me regarde, pas l'habitude de voir que des groupes de gens de même couleur ensemble. Certains mexicains projettent leurs histoires (la colonisation des espagnols) sur nous : par le simple fait d'être blanche, ils en induisent que je me sens supérieure. Sans mauvaise interprétation, c'est depuis que j'ai mis mon premier pied au Mexique que j'ai pris conscience de ma couleur de peau. Finalement, ce qui me peine le plus, c'est que je vais vivre ici plusieurs années, je vais avoir une vraie vie mexicaine, faire ma vie avec un mexicain, mais j'ai le sentiment que je serais toujours considérée comme une étrangère.


Ce n'est pas facile ! En France, pendant mes études j'ai toujours travaillé. Ici ne parlant pas espagnol au départ, ce n'était pas possible. Ma vie de couple n'a pas été facile pour cela. Difficile pour moi d'accepter d'être devenue une femme au foyer. J'avais l'impression de ne pas avoir réellement de vie. Heureusement, après 3 mois de cours intensifs, je parle assez bien espagnol pour travailler. Lorsque j'ai eu mon premier salaire, bien que maigre, je me suis sentie comme libérée.

Comment gérer le fait de devoir être (momentanément) ?la femme de' ? Vous regrettez ?
Pas du tout!! Le Mexique n'est pas le pays où j'aurais choisi de vivre, mais sachant que je n'y resterai pas toute ma vie (10 ans en moyenne), c'est "supportable". Je le prends comme une opportunité, une bonne expérience. Je pense que pour mon couple, c'est aussi important que je connaisse vraiment de l'intérieur le pays de mon compagnon, avec sa culture, ses coutumes?Souvent les gens me demande si la France me manque, je réponds toujours de la même façon: "Je ne me pose pas la question. Je dois vivre ici. Je suis ici, point."

Quel bilan tirez-vous de cette expérience?
J'ai bien fait de partir car maintenant nous sommes fiancés et je vais me marier!! On peut se préparer tant que l'on veut, ce sera toujours différent de ce à quoi on s'attendait. Ça n'a pas été facile, ce ne l'est toujours pas, mais c'est beaucoup mieux. A présent, j'essaie de profiter au maximum. C'est quand même beaucoup mieux de vivre avec son homme que d'avoir un océan qui nous sépare ! Rien n'est dû, il faut faire des sacrifices, temps que ça en vaut la peine. Plus les jours passent, plus je suis heureuse et plus j'arrive à m'ouvrir à cette nouvelle vie qui s'offre à moi. Tout est question de motivation et de mental.

Des conseils pour ceux/celles qui envisagent de suivre vos pas?
J'ai pris ma décision seule, ça aide. Il faut avant tout le faire pour soi. Se demander, ce qui est le mieux pour nous: voir son compagnon peu mais dans de bonnes conditions ou le suivre en sachant qu'il va falloir qu'on se donne les moyens de supporter cette nouvelle vie ? 
Il ne faut pas se dire simplement que la destination est paradisiaque. C'est différent de partir en vacances à un endroit et d'y vivre. Je pense qu'il est préférable d'y faire un séjour avant de se décider. Je suis partie plus de 3 semaines une première fois, ça permet d'imaginer son départ de façon un peu plus réaliste.
Ça va paraitre surfait, mais dans ce cas de figure, la communication est plus qu'importante. Un changement de vie total n'est pas banal. Il ne faut donc pas tout garder pour soi, mais le partager avec son conjoint, sa famille, ses amis, afin de prendre du recul et mieux gérer la situation.
Enfin, dîtes-vous qu'il faut toujours tenter sa chance. Si jamais, vous ne vous y faîtes pas, vous pouvez toujours rentrer en France?On a qu'une vie.

Et demain?
A présent, je peaufine mon niveau d'espagnol?J'espère que dans quelques temps je pourrai ouvrir un cabinet psychologique. En attendant, je pense que je vais continuer à donner des cours de français, c'est intéressant. D'un autre côté, parfois le Mexique offre plus de possibilité que la France. Si on a un bon projet, on peut le tenter?.Je vais donc peut-être ouvrir une pâtisserie française?Sinon je vais me marier en fin d'année en France, j'ai donc pas mal de préparation à faire à distance.

Propos recueillis par la rédaction (www.lepetitjournal.com ? Mexico) mardi 23 mars 2010

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