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SOCIETE – 11 phrases qui illustrent la corruption au Mexique

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 12/05/2015 à 05:01 | Mis à jour le 06/01/2018 à 14:32

 

Durant sa campagne de 1976 pour devenir président du Mexique, José López Portillo utilisa comme slogan "Nous sommes tous la solution". Peu de temps après, les Mexicains changèrent la phrase qui devint "Nous sommes tous la corruption".


(Illustration DR)

De fait, le gouvernement de López Portillo (1976-1982) fut un de ceux qui accumulèrent le plus d'accusations et de dénonciations d'irrégularités dans l'histoire récente du pays.

L'anecdote ressurgit aujourd'hui à l'heure où le Congrès vient d'approuver un nouveau Système National Anti-corruption sensé combattre le problème avec les fonctionnaires, les entreprises et les personnes en relation avec le gouvernement. Une initiative qui doit être validée par au moins 16 des 31 congrès locaux du pays et qui fait surface peu après le scandale des propriétés de la famille du président Enrique Peña Nieto et d'autres fonctionnaires de son cabinet.

Avec le temps, le langage populaire mexicain a su élaborer et s'approprier des expressions qui reflètent la corruption qui règne dans la société. BBC en présente 11 parmi les plus courantes et les plus emblématiques.

Sur les démarches administratives, les procédures et les infractions routières :

Ayúdame a ayudarte (Aide-moi à t'aider)

Phrase pour répondre à la demande de devoir effectuer une quelconque procédure bureaucratique : si tu m'aides (si tu me donnes de l'argent), je t'aide (je résous ton problème, j'accélère les choses).

Ponerse guapo (Se faire beau)

Signifie offrir un cadeau cher ou ostentatoire pour obtenir ou s'assurer une faveur qui n'aurait pas lieu d'être : accélérer une procédure, modifier une accusation pénale, obtenir un contrat avec le gouvernement...

(Illustration DR)

Lo dejo a su criterio (Je le laisse à votre appréciation)

Quand un automobiliste est interpellé par un agent de la circulation, la première chose qu'il entend, c'est la liste des infractions qu'il a commises et le montant de chacune d'entre elles. Mais généralement juste après vient la solution : "Je le laisse à votre appréciation", ajoute le policier, façon de suggérer qu'avec une petite gratification (connue au Mexique sous le nom de mordida, "morsure"), il est possible de s'arranger.

Acéiteme la mano (Graisse-moi la patte)

Expression connue en France aussi. Autre manière, moins subtile, de demander une mordida pour passer outre le règlement, particulièrement au niveau des infractions routières.

¿Cómo nos arreglamos? (Comment on s'arrange?)

Réponse fréquente des automobilistes arrêtés pour avoir commis une infractions routière. Il s'agit d'une proposition de soudoiement afin que le policier laisse tomber l'amende. S'utilise aussi pour offrir de l'argent en échange d'un service officieux.
(Illustration Rapé)

Con dinero baila el perro (Avec de l'argent, le chien danse) 

Manière de dire qu'en cas de gratification, il est possible de surpasser n'importe quel obstacle dans la bureaucratie mexicaine.

Sur les politiques et l'histoire :

No importa que robe, pero que salpique (Peu importe qu'il vole, mais qu'il arrose)

S'utilise pour justifier que politiques et fonctionnaires s'enrichissent à leur poste, partageant toujours les sous et les budgets entre eux.

No quiero que me den, sino que me pongan donde hay (Je ne veux pas qu'ils me donnent, je veux qu'ils me mettent là où il y en a)

Une façon très mexicaine d'interpréter la parabole de Confucius sur le poisson et le pêcheur. Celui qui l'utilise ne veut pas recevoir de cadeau (bien qu'il ne le refuserait pas), mais préfère être placé au gouvernement dans une situation privilégiée qui lui permettra de s'enrichir. Peut aussi s'employer pour évoquer l'effort personnel de celui qui veut progresser dans la vie sans l'aide de personne.

(Illustration DR)


Un político pobre, es un pobre político (
Un politique pauvre est un mauvais politique)

Une expression qui recèle tout le double sens propre au langage mexicain. Elle a été prononcée par Carlos Hank Gónzalez, ex-gouverneur de l'Etat de Mexico et qui fût aussi maire de la capitale du pays. Hank a amassé une grande fortune en créant des entreprises qui ont ensuite obtenu des contrats avec le gouvernement, dans certains cas quand il était encore fonctionnaire public.

Cette phrase souligne le fait que pour avancer en politique au Mexique, il faut avoir beaucoup d'argent.

La moral es un árbol que da moras (La morale est un arbre qui donne des mûres)

C'est ce que répondait l'ex-général révolutionnaire Gonzalo N. Santos quand quelqu'un lui faisait remarquer le manque d'éthique de ses actes. La mûre est un fruit bien trop petit pour un arbre, qui doit pouvoir donner des fruits plus intéressants...

L'ex-militaire, décédé en 1978, a été considéré par l'écrivain Carlos Monsiváis comme "le chef quasi éternel de San Luis Potosí", Etat qu'il a gouverné entre 1943 et 1949. Il avait fait de la violence et des assassinats ses uniques alliés et ses meilleurs conseillers.
(Illustration DR)

El año de Hidalgo : pendejo el que deje algo (L'année d'Hidalgo, celui qui laisse quelque chose est un imbécile)

La référence historique est celle de Miguel Hidalgo, un des héros de l'indépendance du Mexique. Pour les Mexicains, cette expression se réfère à l'ultime année de gouvernement au Mexique, quand tous les mandats, locaux et nationaux sont sur le point de se terminer et que les fonctionnaires sortants ne pensent plus qu'à utiliser ou détourner tous les budgets, laissant les caisses vides derrière eux.

Il existe aussi "l'année de Carranza" (Venustiano Carranza, autre héros), au cas où "l'année d'Hidalgo ne suffit pas".

Source : BBC

Traduction Luca Pueyo (Lepetitjournal.com/mexico) Mardi 12 mai 2015

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