En 2006, le prix Nobel de la Paix était décerné au Bengali Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank, et le monde entier découvrait le micro crédit. Depuis peu au Mexique, les institutions micro financières se développent à un rythme effréné. Mais sujettes à la pression du marché, ont-elles conservé leur philosophie initiale? Analyse d'une croissance aux effets souvent controversés
Ouvrir un petit commerce avec le micro crédit. Exemple à Xochimilco. Photo: Hélène Guerrero
Un marché en plein essor
Les institutions micro financières existent au Mexique depuis seulement six ans. Un marché jeune, mais dont la spécificité est d'avoir connu une réelle explosion. Prêt de 4 millions de Mexicains auraient déjà recours à leurs services pour des crédits d'une valeur moyenne de 3.000 pesos. L'idée initiale était d'aider les populations les plus vulnérables à sortir de la misère en leur octroyant un prêt visant à entreprendre une activité génératrice de revenu. Le public cible est presque toujours le même: les femmes au foyer, présumées plus aptes à rembourser leurs prêts que leurs conjoints. Celles-ci s'organisent généralement en un petit groupe, constituant la garantie solidaire du prestataire. Elles se réunissent chaque semaine et remboursent petit à petit leur prêt sans oublier d'y joindre les intérêts. Ces intérêts sont extrêmement élevés, à titre d'exemple, de l'ordre de 100% annuel chez Compartamos Banco, la plus grande institution de micro finance au Mexique avec près de 1.3 million de clients.
Effets positifs de la concurrence
Le véritable jeu de concurrence qui existe entre les différentes institutions micro financières a eu pour conséquence que celles-ci ont développé de nouveaux produits, afin de capter de nouvelles parts de marché. Le prêt individuel en est un bon exemple, tout comme les prêts d'aide au logement. Outre les services financiers, se sont également d'autres types de prestations qui ont vu le jour, le plus fréquemment octroie d'aide à la santé ou bourses d'études. Offrir un programme d'éducation financière, qui a pour but d'aider les bénéficiaires de prêts à bien administrer celui-ci, tend à devenir la norme pour toute institution qui se respecte. Ainsi les services se diversifient et s'améliorent continuellement, offrant aux micro-entrepreneurs de nouvelles perspectives. Pour nombre de ceux-ci, le micro crédit a réellement eu des effets positifs tangibles. A quel prix cependant?
Les déviances du marché
Le micro crédit a une déplorable tendance à se transformer en crédit à la consommation. Nombreuses sont les déviances: le prêt est employé à couvrir des frais de santé ou pire à payer la boda ou los 15 anos. Le problème devient alors évident: l'argent ainsi employé ne génère aucun revenu. Quoi de plus simple alors pour rembourser ce prêt que de faire appel aux services d'une autre institution du même type, qui comme la précédente ne demandera aucune garantie pour vous octroyer un prêt? Et ce nouveau prêt, comment le remboursez? Ainsi commence la chaîne du surendettement. La faute au débiteur, certes, mais les institutions micro financières ne sont pas exemptes de toute responsabilité car trop avides de nouveaux clients, elles ferment toujours davantage les yeux sur nombre de ces pratiques.
A plus grande échelle, le cas de Compartamos est emblématique d'une perte de sens. ONG à ses débuts, cette institution a par la suite mis en vente son capital à la bourse, attirant des investisseurs très loin des motivations sociales initiales. Les dons et subventions reçus dans les premières années par Compartamos ont-ils contribué à enrichir les actionnaires au lieu d'être réinvestis au profit des emprunteurs? La question fait polémique.
Hélène Guerrero (www.lepetitjournal.com /mexico) jeudi 4 février 2010
A consulter:
- Le microcrédit attire les financiers (Money Week)
- Microcrédit, miracle ou désastre? (Le Monde)
Organismes au Mexique
- Mixmarket
- Prodesarrollo
- Compartamos







