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LA SANTA MUERTE - Reine des damnés, bandits et exclus

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 25/09/2012 à 00:00 | Mis à jour le 21/11/2012 à 11:37

Adorée par les criminels, les trafiquants de drogue, les prostituées et les exclus, la Santa Muerte connaît un engouement croissant au Mexique. De toutes les figures religieuses adorées au Mexique, elle est sans conteste la plus morbide et la plus atypique

Un squelette, une capuche, une faux et une mappemonde : voici la Santa Muerte !

Sainte patronne des damnés et des criminels, cette "sainte", un poil particulière, est apparue, sous sa forme actuelle, au cours des années 50 et 60. Selon certains spécialistes, elle aurait toutefois des origines bien plus anciennes, héritées de la culture préhispanique : elle serait ainsi une figure inspirée des dieu et déesse Mictecancuhtli et Mictecacihuatl, héros mythiques de l'inframonde, invoqués par ceux qui désiraient négocier avec la mort.

Les prisonniers, dans leur cellule, la dessinent sur les murs. Les caïds et les rebelles se la font tatouer sur l'épaule ou dans le dos. Les trafiquants de drogue, mais aussi les prostituées et les enfants des rues, lui vouent un culte obscur, sur des autels à vous donner la chair de poule...
Depuis plusieurs années cependant le culte attire plus globalement les populations les plus déshéritées et les plus marginalisées. Un grand nombre de ses adeptes sont de petits marchands de rue vivant à la journée, des hommes et des femmes issus du monde ouvrier et paysan, des immigrés récents (de ces 20 ou 30 dernières années) qui, arrivant de province, ont connu un dépaysement très fort.

La personnification de la mort pour des populations qui vivent les risques au quotidien renvoie à la nécessité de pouvoir négocier tous les jours avec la mort. La Santa Muerte n'est pas une incarnation de la fin de la vie, elle n'incarne pas non plus l'allusion à la fragilité de la condition humaine. Au contraire, la Santa Muerte représente la vie. C'est à elle que l'on s'adresse pour obtenir succès dans la vie amoureuse, dans le commerce, ou bien pour dénouer des situations juridiques compliquées, ou encore pour accomplir une opération délictueuse.

Le culte de la sainte maléfique!
Représentée par un squelette revêtu d'une capuche, portant dans sa main droite une faux et dans sa main gauche une mappemonde, la Santa Muerte possède un certain nombre d'autels à son effigie dans le Distrito Federal. Mais c'est au c?ur du quartier de Tepito que se trouve son lieu de culte le plus fameux. Plus précisément, au 35 de la rue Bravo, dans l'ancienne paroisse de la Misericordia... devenu le "QG" des adorateurs de la reine des bandits.

Le 15 aout, des centaines de fidèles lui rendent hommage, à l'occasion du jour de la Santa Muerte Negra (qui coïncide avec l'Assomption, pour les catholiques...). Dans les rues de Tepito, comme dans d'autres rues du Mexique ou d'Amérique, où le culte s'est exporté, les aficionados chantent, dansent et lui apportent des offrandes (roses, bougies et tequila !)

Autel Santa Muerte, gardienne de l'amour. Photos: Francis Mobio

L'habillage des statues s'inscrit dans des pratiques d'origine précolombienne dans lesquelles le vêtement a une importance fondamentale pour définir l'essence non-humaine. On fait jouer la symbologie des couleurs. On l'habille en rouge lorsqu'on lui demande chance en amour. L'or et le jaune renvoient  à l'argent. Le blanc favorise le processus de rachat pour des personnes qui ont commis des délits. Habillée de toutes les couleurs elle est la Santa de Siete potencias.

On peut acheter ses habits sur des marchés (à Tepito par exemple) ou faire faire ses vêtements par des couturières de grande renommée dans le milieu (souvent d'anciennes prisonnières). Elles réalisent pour la Santa Muerte des robes haute couture d'une grande beauté.

Un culte condamné par l'église 
Le culte de la Santa Muerte, s'il a lieu à ciel ouvert, n'est pas reconnu par le clergé catholique, qui y voit une pratique superstitieuse et païenne. "Le rejet du Vatican ne nous rend pas plus ou moins catholiques", assure toutefois David Romo, "curé" de la paroisse Misericordia ? et archevêque autoproclamé de cette "église" atypique ? en rejetant les accusations dont son groupe fait l'objet. "Adorer la mort nous invite au renoncement et à la réflexion, à laisser de côté la ranc?ur, l'aigreur, le désir de revanche", précise-t-il. "Il y a un dicton qui dit: loin de Rome mais près de Dieu; notre choix c'est d'être aux côtés de Dieu, et ainsi éloignés du Pape."

Marion Du Brons et Valentin Bontemps (www.lepetitjournal.com/mexico) mardi 25 septembre 2012

Pour en savoir plus
- Se rendre au marché de Sonora: Av. Fray Servando Teresa De Mier, Colonia Merced Balbuena, Delegación Venustiano Carranza.
- Santuario Nacional de la Santa Muerte, Calle de Bravo 35, Colonia Morelos, Delegación Venustiano Carranza

Article sponsorisé par México Today

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