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POÉSIE - "Ma terre pleure" par Gwenn-Aëlle Folange

Écrit par Lepetitjournal Mexico
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 3 décembre 2014

L'écrivaine et artiste Gwenn-Aëlle Folange, auteure notamment de la série Les Jours Heureux publiée sur Le Petit de Mexico, revient avec un poème écrit suite à la disparition des 43 jeunes étudiants d'Ayotzinapa. Cri de colère, de rage, d'indignation, "Ma terre pleure" a été rédigé en français et en espagnol.

Llora mi tierra

Caminan los hombres
De blanco vestidos
Parecen astronautas
Pero no visitan la Luna
Ni Marte ni el Universo
Basura es lo que revuelven

Usan lanzas y banderas
Mas caballeros no son
Revuelven basura
Y hueso es lo que buscan
Bajo una hoja de maíz podrida
Bajo el papel de envoltura de algún chocolate
Aparece un fémur
O tal vez una dentadura
La de un muchacho
Normalista le dicen
Detrás de un bote de cátsup
Una mano, o una rótula

La neblina espesa cae como la noche
Se lamenta el viento
Es casi día de muertos en México dice el calendario
Ignorando que por estos lares
Es día de muertos diario
La tierra roja negra y café llora ríos de sangre 

La neblina esconde lágrimas, esconde angustia, esconde ira
El viento se lleva lamentos, el suyo, el mío y el de los desaparecidos
Llora México, lloro yo, llora una madre, un hermano, un hijo
Los padres empuñan machetes

Llora México
Lágrimas de sangre

La neblina ahoga los gritos
Los huesos negros emergen entre la basura
Los papeles vuelan
La tierra los vomita
La basura hiede
Hiede la muerte como hiede la culpa

Como hiede su miedo

Por aquel tiradero
Las voces callan, la neblina ahoga sentires
Los cobardes cuervos han huido
Y yo, con el poder que me otorga la palabra,

Yo

Los maldigo.

Ma terre pleure

De blanc vêtus
Les hommes marchent
Semblables aux astronautes
Mais ils ne visitent ni la Lune
Ni Mars ni même l'Univers
La décharge publique est leur champ

À la main lances et drapeaux
Mais chevaliers ils ne sont
Ils ne remuent que  détritus
Et ne recherchent que des ossements
Sous une feuille de maïs pourrie
Sous un vieil emballage de chocolat
Apparaît un fémur ou encore une mâchoire
Celle d'un jeune homme
Normalien qu'on l'appelle
Derrière un pot de sauce tomate
Une main, ou une rotule

Le brouillard épais tombe comme la nuit
Le vent se lamente
C'est bientôt le Jour des Morts au Mexique ressasse le calendrier
Ignorant que chez nous
C'est jour des morts tout le temps
La terre rouge noire et marron pleure des fleuves de sang

Le brouillard ensevelit les larmes, ensevelit l'angoisse, ensevelit la colère
Le vent emporte des plaintes, la sienne, la mienne et celle des disparus
Le Mexique pleure, je pleure, une mère pleure, un frère, un fils
Les pères empoignent leurs machettes

Le Mexique pleure
Des larmes de sang

Le brouillard étouffe les cris
Les os noirs émergent entre les détritus
Les papiers s'envolent
La terre les régurgite
La poubelle pue
La mort pue de même que la vilenie pue 

Que leur lâcheté pue

Au milieu de cette décharge
Les voix se taisent, le brouillard noie les sentiments
Les corbeaux, couards, ont fuit
Et moi, de par le pouvoir que me donne la parole,

Moi

Je les maudis.

Gwenn-Aëlle Folange (www.lepetitjournal.com/mexico) Mercredi 3 décembre 2014

lepetitjournal.com Mexico
Publié le 3 décembre 2014, mis à jour le 3 décembre 2014
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