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LÁGRIMAS DE VOLCÁN – L'écrivain Jean-François Boyer livre une réflexion romancée sur l'engagement et l'individualisme de nos sociétés contemporaines

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 26/11/2015 à 19:11 | Mis à jour le 26/11/2015 à 19:14

Après plusieurs essais politiques, le journaliste Jean-François Boyer a choisi de s'essayer au style romancier dans son nouvel ouvrage. «Lágrimas de Volcán» est un roman qui, à travers le dialogue de deux anciens révolutionnaires, confronte passé et présent et amène à s'interroger sur l'évolution de la jeunesse et des valeurs qui la guident. Une belle réflexion sur l'engagement et l'individualisme de nos sociétés contemporaines.

Déjà auteur de deux livres, «La guerra perdida contra las drogas» et «L'Empire Moon», Jean-François Boyer a préféré, pour ce troisième ouvrage, d'abandonner «l'écriture froide» de l'essai au profit du roman. Un choix tout sauf anodin dont le but est de «permettre l'identification des lecteurs ». Pour autant, homme de convictions, le roman de Jean François Boyer est « ancré dans la réalité » et dévoile une profonde réflexion sur le monde et la jeunesse contemporaine. Selon les propres mots de l'auteur, «Lágrimas de Volcán est un roman à plusieurs étages » : un roman noir d'abord, mais dont l'histoire intègre une réflexion sur la jeunesse d'aujourd'hui. 

«Un roman à plusieurs étages» 

L'histoire commence alors que Diego et Julien, deux amis de longue date, entreprennent de réaliser un film sur les «Guerreros del Norte», le cartel le plus violent du Mexique. Dans l'attente du « feu vert » des chefs du cartel, ils sont séquestrés dans une maison de campagne de Veracruz. De là, ils s'interrogent sur ce qui a pu pousser les jeunes sicarios qui les gardent à sombrer dans la violence. Diego aussi a pris les armes dans sa jeunesse. Mais pour d'autres raisons.
Diego se souvient de sa jeunesse au Chili, la dictature de Pinochet l'a en effet poussé dans la clandestinité puis contraint à l'exil, à Cuba, où il a à nouveau combattu aux côtés des rebelles salvadoriens. Aussi, lui qui avait pris les armes pour changer le monde constate avec tristesse que les jeunes sicarios, eux, le font pour quelques dollars, une paire de Nike, une motocyclette ou la maison de leurs rêves. Choqué par cette nouvelle génération et les valeurs qui la guident, lui et son ami Julien entrent dans des débats interminables sur la jeunesse d'aujourd'hui. 

«S'armer pour la Révolution ou pour une paire de Nike»  

Journaliste télé de formation, c'est son travail de grand reporter qui a conduit Jean-François Boyer à rejoindre « les Amériques ». Rapidement, il se prend d'intérêt pour les enjeux politiques qui agitent l'Amérique latine et couvre les guérillas menées contre les régimes dictatoriaux en Argentine et au Chili, notamment. A presque soixante-dix ans, c'est face à ce souvenir de jeunes révolutionnaires prêts à se sacrifier pour mettre un terme à l'oppression politique de leur pays qu'il est interloqué par l'évolution de la jeunesse actuelle qui, selon lui, « s'intéresse désormais plus à sa personne qu'à ce qui se passe dans le monde ». Il commence ainsi à s'interroger sur les raisons qui poussent désormais une partie de la jeunesse d'Amérique latine à prendre les armes. Et les motifs sont tout autres selon lui.

L'auteur présentera son roman mercredi 2 décembre, dans la cadre de la foire du livre de Guadalajara, la FIL.
«Lágrimas de Volcán» est déjà en vente chez Gandhi, Sotano et Fondo de Cultura Economica. (Photo Margot Cariou)

A travers le dialogue de ses personnages, l'auteur confronte les raisons qui ont poussé une partie de la jeunesse d'Amérique latine à prendre les armes dans le passé et celles qui la poussent à le faire aujourd'hui. «Le lecteur est amené à réfléchir sur l'évolution de la nature des causes de la violence juvénile et à s'interroger sur l'individualisme de nos sociétés contemporaines.» La question centrale soulevée par ce roman est finalement pour l'écrivain : «Pourquoi il y a 40 ans, des jeunes prenaient les armes pour changer le monde, alors qu'aujourd'hui ils le font pour s'acheter une paire de Nike ?». 
Or, si la question n'appelle pas à une réponse univoque, selon Jean-François Boyer, on peut y trouver une explication dans la psychologie entretenue par le marketing et les médias. «Depuis 40 ans, les enfants sont bombardés de psychologie, déplore l'auteur. Ils ont assimilé que le plus important était le «Moi». Et donc la priorité devient "vivre pour soi" !»
Pour l'auteur, ce roman transmet un message permettant une réflexion sur les valeurs qui guident la jeunesse contemporaine. «Je souhaite que les lecteurs prennent conscience de ce que le marketing et les médias ont fait d'eux et se demandent ce qu'ils peuvent faire pour changer.» 
Pour le journaliste, grand observateur des sociétés en Amérique latine, ce qui pousse les jeunes dans la violence et le narcotrafic est «autant un facteur culturel que la pauvreté  car ils le font pour atteindre un modèle diffusé par les médias, un modèle où consommer et avoir du pouvoir sont devenus le signe de la réussite sociale.» A travers le dialogue entre Diego et Julien, émerge donc une thèse selon laquelle le modèle économique et social en vigueur depuis trente ans a lavé le cerveau de la jeunesse pour en faire une génération léthargique, plus obnubilée par sa condition matérielle que par l'oppression politique dont elle est malgré tout toujours victime.

« Le roman d'un vieux con pour de jeunes cons ! »

Finalement, Jean-François Boyer, connu pour ne pas mâcher ses mots, conclut « ce livre c'est le roman d'un vieux con pour des jeunes cons ». Cependant, loin d'être fataliste, il reste optimiste pour l'avenir car « la télévision, la radio la publicité, le cinéma ou les réseaux sociaux sont autant de moyens qui, utilisés à bon escient, offrent la possibilité de changer le monde ». Il sait également que ce changement doit « naitre du bas, de la jeunesse qui doit se lasser de ce qu'elle vit » et « qu'il ne faut pas l'attendre d'une poignée d'intellectuels de son âge ». Finalement, ce roman c'est donc un appel à une « prise de conscience de la jeunesse ». 

Margot Cariou (Lepetitjournal.com/mexico) Jeudi 26 novembre 2015 

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