Édition internationale

GASTRONOMIE - Sal, limón y chile

Écrit par Lepetitjournal Mexico
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 1 septembre 2015

L'amour pour la bonne bouffe, un point commun entre Français et Mexicains. Chez nous, manger c'est culturel. Nous ne mangeons pas pour vivre, nous vivons pour manger. La nourriture est l'un de nos sujets de conversation favoris. Pas étonnant que les gastronomies mexicaine et française soient les deux seules reconnues patrimoine de l'humanité par l'Unesco. Les deux pays ont cependant des habitudes culinaires bien différentes?

En France, on est plutôt sucré. Dès le petit-déjeuner, pain, beurre et confiture, cacao, café et jus d'orange, croissants et viennoiseries de temps en temps. Au Mexique, on préfère le salé même pour commencer la journée : ?ufs brouillés et machaca, chilaquiles, frijoles? 

Tacos avec leur sauce pimenté et citron vert (photo Marie L.).

Le pain est un inconditionnel de nos repas : en tartines le matin, en mouillettes avec nos ?ufs à la coque, pour accompagner ou saucer nos assiettes. Nous en mangeons 58 kg par an et par personne (soit quand même 5 fois moins qu'il y a un siècle). Pour les Mexicains, pas de repas sans tortillas. De maïs ou de blé, ils en mangent 90 kg/an/personne !

« Fais du sport » (photo Marie L.).

Côté boisson, les Mexicains rattrapent le manque de sucre? Soda, aguas (eaux de fruits), ils sont les plus gros consommateurs de boissons sucrées au monde? Les Français sont plus sages et boivent de l'eau même s'ils accompagnent souvent leurs repas de vin (45 L par an et par personne contre 120 L au XIXe !).

Dans les deux pays on est friands de viande mais quand les Français préfèrent un steak bien saignant (voire bleu ou tartare), les Mexicains ne le mangeront que bien cuit et coupé en petit morceau. Quand j'ai voulu qu'un boucher mexicain me coupe une côte de porc, j'ai dû m'y reprendre à deux fois pour qu'il comprenne que je voulais une tranche de plus de 2 millimètres d'épaisseur? Pourtant, au Mexique, on trouve de la moronga, équivalent du boudin. Dans certaines régions du Mexique, on mange des insectes (sauterelles, vers, fourmis?). C'est plein de protéines et ça croustille. 

 Des « chapulines » (sauterelles) à grignoter dans la rue (photo Marie L.).

Mais la plus grande différence est certainement notre manière d'assaisonner les plats. Les Mexicains trouvent souvent notre cuisine fade : juste un peu de sel et de poivre, parfois quelques herbes aromatiques et c'est tout. Le beurre, la crème, l'huile d'olive et le fromage font le reste. Au Mexique, tous les plats s'accompagnent de sauces. En arrivant au Mexique, je demandais souvent avec quoi se mangeait chaque chose. J'ai vite arrêté car invariablement, la réponse était «con sal, limón y chile».
Absolument TOUT est préparé avec du sel, du citron vert et du piment, y compris les fruits, certaines boissons, la bière, les sauces, les plats, etc. Quand vous achetez de la noix de coco ou des fruits coupés en morceaux dans la rue, on vous demande « ¿Con todo? » (« Avec tout ? », c.-à-d. avec du sel, du piment et du citron vert). Le citron est toujours vert. Ne parlez pas aux Mexicains du citron jaune, « trop acide et sans saveur ». Le piment se décline à l'infini : en poudre, en sauce, entier ou en morceau, vert ou rouge, grillé, mariné ou séché et plus ou moins fort. C'est un condiment indispensable à la cuisine mexicaine qui impressionne les étrangers tout en les laissant perplexes.

On aime partager des repas entre amis ou avec la famille, échanger des recettes et passer des heures autour d'une table (il y a même un mot pour ça en espagnol : sobremesa).

Des petits, des grands, des gros, des rouges, des verts? (photo Marie L.)

La première fois que j'ai goûté à un plat préparé par des Mexicains, c'était en France. Ils étaient littéralement en manque de piment et ont (un peu) forcé la dose. Je les regardais se tortiller sur leurs chaises, la bouche en feu. Il y en avait même un qui en pleurait, complètement enchilado. Il me donnait des conseils pour apaiser les effets du piment (boire du lait, manger du pain, du riz ou des haricots rouges, rajouter de la crème, ne pas boire de Coca-Cola, manger lentement et attendre que le plat refroidisse un peu). Il faisait exactement le contraire de ce qu'il me disait et je commençais à m'inquiéter. Moi qui pensais que l'habitude les avait immunisés? J'ai demandé pourquoi ils se faisaient du mal et l'un d'eux a répondu « Es que a los mexicanos, nos gusta este dolor ». Un trip masochiste, en somme? Toujours est-il qu'après six mois au Mexique je mangeais (presque) autant de piment qu'un Mexicain lambda. C'est une habitude à prendre et depuis, j'ai fait pousser des piments chez moi, en Auvergne, et j'aime bien accompagner mes petits plats français de salsa Valentina. 

Article paru sur le blog L'Hispano phone de Marie L. 

Passionnée par l'Espagne, le Mexique et l'Amérique latine de manière générale, Marie est una verdadera hispanophile ! Depuis son séjour à Guadalajara en 2014, elle collabore régulièrement pour Le Petit Journal de Mexico en tant que rédactrice et traductrice trilingue. Elle vient de créer son blog dédié évidemment à la langue espagnole en apportant son regard curieux, insolite ou amusant d'une Française nourrie de culture mexicaine.

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??Marie L. pour (Lepetitjournal.com/mexico) Mardi 1er septembre 2015

lepetitjournal.com Mexico
Publié le 31 août 2015, mis à jour le 1 septembre 2015
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