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CUICUILCO - La pyramide méconnue de Mexico

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 12/10/2015 à 15:40 | Mis à jour le 06/01/2018 à 17:22

Au sein même la ville de Mexico, parmi les immeubles et panneaux publicitaires, se cachent des vestiges archéologiques datant de plusieurs centaines de siècles avant le début de notre ère. C'est notamment le cas de Cuicuilco qui signifie probablement «lieu des chants et de la danse» en nahuatl. Attiré par cette relative méconnaissance du site, Le Petit Journal de Mexico s'est rendu sur place pour vous en dire un peu plus sur ce site archéologique méconnu des touristes mais pourtant parfaitement propice à une balade dominicale en famille.

Beaucoup connaissent le très célèbre site archéologique de Teotihuacan, qui concentre les plus grandes pyramides méso-américaines à seulement quelques dizaines de kilomètres de la capitale, mais peu de touristes ont déjà visité le site de Cuicuilco situé au sud de la ville tout près de la UNAM, au niveau du périphérique.

La cité de Cuicuilco a atteint son apogée vers 150 avant J-C avec une population avoisinant les 20 000 habitants et une étendue d'environ 400 hectares (Margot Cariou)

Apogée et déclin du site 

Cuicuilco est un important site archéologique méso-américain construit aux environs de 1200 avant J-C sur la rive sud du lac Texcoco, dans la vallée de Mexico. On considère même que ce fut la première cité à s'être installée sur les rives du lac, un emplacement stratégique qui lui valu, durant tout le premier millénaire avant J-C, d'être la ville la plus importante de la vallée et le premier centre civil et religieux des hautes terres du Mexique. Vers 500 avant J-C, la cité devient en effet le point de rencontre principal de la vallée de Mexico et elle interagit même avec avec des régions plus éloignées comme Chupicuaro ou Monte Albán. Compte tenu de la taille de sa pyramide principale, c'est aussi un important centre religieux. Quelques siècles plus tard, vers 150 avant J-C, Cuicuilco atteint son apogée et jouit du statut de centre urbain régional, avec une population avoisinant les 20 000 habitants et une étendue d'environ 400 hectares. Cependant, c'était sans sans compter sur le capricieux volcan Xitle qui, à partir du premier siècle avant J-C, multiplie les éruptions. Ces éruptions à répétition plonge en effet la ville sous une couche de lave de 10 mètres d'épaisseur et force les habitants à l'abandonner au profit de Teotihuacán, état dominant des Hauts Plateaux centraux à l'époque. Cependant, si Cuicuilco perd son statut de cité attractive et d'important centre cérémoniel, les habitants continuent d'y faire des offrandes, et ce, même après la terrible éruption du volcan Xitle, en l'an 400, qui engloutit littéralement la ville. 

Un centre cérémoniel régional

Les fouilles archéologiques ont révélés la présence de vestiges issus des premières pratiques religieuses et de sanctuaires. (Margot Cariou)

Dans un premier temps, le point fort de Cuicuilco c'est son emplacement stratégique. Située sur une rive du lac de Texcoco, la cité s'assure en effet le titre de village agricole. Entourée de ruisseaux et non loin du lac de Xochimilco ou des chaines de montagnes Sierra de las Cruces et Ajusco, ses habitants ont accès à des ressources naturelles nécessaires à l'agriculture et parviennent ainsi à s'auto-suffire en terme d'alimentation. Cette agriculture, base de l'économie méso-américaine, est en outre complétée par des activités de chasse, de pêche et de cueillette dans les forêts voisines, et permet au village de prospérer. Lorsqu'il est construit, Cuicuilco prend donc avant tout la forme d'un village agricole mais peu à peu, à mesure que son influence régionale grandit, il devient également un important centre cérémoniel et religieux. Des fouilles réalisées sur le site ont en effet révélé la présence de vestiges issus des premières pratiques religieuses et notamment de sites d'offrandes ou d'ancêtres du cercueil avec des pièces en céramique conçues pour enterrer les morts. 

Redécouverte par les archéologues du XXème siècle 

Recouvert par une immense coulée de lave du volcan Xitle en l'an 400, le site archéologique est peu à peu oublié et ce n'est donc qu'en 1922 que l'archéologue mexicain, Manuel Gamio, le redécouvre. De 1922 à 1925, sa fouille est confiée à l'américain Byron Cummings qui, pour dégager le site de son carcan de lave, est contraint d'employer la dynamite mais a finalement le plaisir de le retrouver en très bon état grâce à cette même couche de lave, facteur majeur de préservation du site. A proximité de « Cuicuilco A », secteur des pyramides correspondant à l'époque préclassique, il découvre ainsi de la céramique et des tombes datant d'avant la terrible éruption de l'an 400. Des années plus tard, en 1957, les archéologues Heiser et Bennyhoff découvrent eux « Cuicuilco B », un ensemble de onze monticules situé à l'ouest du site d'origine, de l'autre côté de Insurgentes. La fouille de ce nouveau site permet notamment la découverte d'importants complexes architecturaux ainsi que plus de 300 000 pots en céramique grâce auxquels Florence Müller a pu affirmer que, malgré sa baisse de fréquentation, Cuicuilco a continué d'être habité après l'éruption de Xitle et ce probablement jusqu'à la conquête espagnole. Enfin, en 1990, des archéologues découvrent « Cuicuilco C », un troisième ensemble architectural situé au sud de Cuicuilco B dans lequel on trouve des céramiques à prédominance préclassique, mais aussi, bien que dans une moindre mesure, de périodes ultérieures, y compris coloniale et moderne. Les fouilles des années 1990 permettent également la découverte d'une pyramide à base circulaire, ce qui est rarissime, et de plus petites structures relatives au système agricole. Depuis, certaines ont néanmoins été détruites au profit de la construction de bureaux. L'emplacement du site, gagné par l'urbanisation, pose en effet des défis en terme de conservation du patrimoine archéologique mexicain. 

Les défis posés par l'emplacement du site

Outre les difficultés d'extraction causées par les coulées de lave ayant recouvertes le site au fil des années, l'emplacement de Cuicuilco aux portes de la capitale a valu au site des dommages irréversibles. Les intérêts économiques ont en effet souvent prévalu sur l'importance de la conservation du patrimoine archéologique mexicain. Si son importance est reconnue par de nombreux historiens et archéologues, le site reste en effet « mineur » par rapport à d'autres sites comme Teotihuacán ou Tula et ne bénéficie donc pas de la même protection. Ainsi, alors qu'il était encore situé à l'écart de la capitale au début du 20ème siècle, le site a subi l'urbanisation massive et rapide de Mexico et des bâtiments modernes ont pu être construits à même la ville préhistorique. En 1968, la construction du village olympique entraîna même la destruction de certains de ces édifices. Aujourd'hui, le site est ainsi partiellement occupé par des bâtiments de l'UNAM et sa fouille demeure incomplète, rendant difficile une approximation de la taille réelle et de la complexité de Cuicuilco. Cependant, le site est désormais à l'abri puisqu'il a été classé comme une aire protégée. Une bonne nouvelle si l'on considère qu'il a survécu à plus de 2000 ans d'histoire et d'éruptions répétées et fut davantage endommagé par un siècle d'urbanisation.

Les archéologues ont découvert un ingénieux système hydraulique qui alimentait autrefois la ville en eau. (Margot Cariou)

Composition actuelle connue du site

Aujourd'hui, en l'état des recherches archéologiques, sur l'ensemble du site de Cuicuilco, on peut admirer huit édifices religieux et les vestiges d'un système hydraulique qui alimentait autrefois la ville en eau. La pyramide principale, pièce centrale du grand centre cérémoniel construite entre 800 et 600 avant J-C, mesure 18 mètres de haut et 135 mètres de diamètre. Elle a été construite dans une position stratégique qui représente la première tentative pré-hispanique de relier les concepts religieux avec les événements cosmiques à travers la construction des bâtiments. L'ancienne ville, construite autour du centre cérémoniel composé de pyramides, s'est en outre développée autour de places et chemins arborant une végétation luxuriante et le long desquels il est donc agréable de se balader.

Bref, Cuicuilco, s'il ne saurait prétendre au statut de son concurrent direct Teotihuacan, est un site  qui mérite cependant qu'on s'y attarde. A seulement quelques minutes de transport pour les habitants de la capitale, il est l'endroit idéal pour se balader en famille le dimanche après-midi ou prendre une bonne bouffée d'air en fin de semaine. D'ailleurs les mexicains l'ont bien compris et ils sont nombreux à investir les lieux tous les dimanches. 

Margot Cariou (Lepetitjournal.com/mexico) Lundi 12 octobre 2015

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