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SOCIETE - A chaque marc son bout de trottoir

Écrit par Lepetitjournal Melbourne
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018


Melbourne terre du café ? Difficile à croire lorsqu'on a passé sa vie ou une partie de celle-ci à se donner rendez-vous autour d'un bien serré ou d'une noisette. Souvenez-vous : l'odeur du zinc, le patron moustachu, la serveuse antipathique, le défilé des passants. Pourtant, aucun souvenir de l'arabica, aucune évasion colombienne. Et c'est là toute la différence

A Melbourne chaque marc possède son bout de trottoir. Au début du 20éme siècle, le percolateur de l'ouvrier allant au travail était loin d'incarner l'emblème de l'or noir. La boisson servant plus de shoot de caféine avant une dure journée de labeur que de canalisateur social, sa consommation ne requerrait aucune forme de noblesse d'usage. On n'en parlait pas, on le buvait. Alors, quand les premières cafétérias dans les années 30 ont vu le jour, nombreux furent les sceptiques qui n'auraient pas parié un dollar sur leur futur.

Mais le monde change et les gens avec.  De la Corne d'Afrique au gobelet à emporter, le chemin fut long.  Il en était de même pour la première machine à expresso. Les frères Andronicus, partis de la Grèce pour L'Australie, seraient  les pionniers de l'île à tirer profit de l'arbre cafetier. Leur famille ouvrit un magasin à Sydney et fit venir de l'Europe une machine qui alla tout révolutionner. Surfant sur la même vague, dès 1955, une pléthore de café émergea sur le pavé, comme Don Camillo qui,  le premier à Melbourne, se dota de cette fameuse machine capable de satisfaire des clients de plus en plus intéressés.


Aujourd'hui, à chaque capsule son histoire. Certains même, comme Bistrot Balzac, ancien Mirka Café, sont devenus des monuments de la ville. L'enseigne fondé en 1954 par Mirka et Georges Mora a véritablement participé à l'épanouissement  de la culture café à Melbourne. Venu après la guerre en Australie, le couple apporta en héritage ce que le Café de Flore lança à Paris. Un lieu de rencontre où la jeunesse dorée, les artistes, intellectuels, philosophes et bohémiens de tout milieu pouvaient se repérer.

Et si on devait dresser une pyramide moka, Legende Café, Mario, Brunetti ou Pellegrini sur Bourke Street, fondés par des familles d'immigrés italiens, en seraient  les fondations.  St Ali à South Melbourne ou Seven Seeds à Carlton représenteraient son sommet ; la quintessence de la torréfaction de cette précieuse graine. Tandis que Starbuck serait l'intrusion trop aromatique d'un américanisme galopant au-delà de ses frontières. Forcement incarnant les forces du mal et destiné à des amateurs peu connaisseurs.


Et il s'agit bien de connaisseurs ! Short black, long black, latte, expresso, frapuccino, capuccino, machiatto, ristretto, soy latte, skinny ou full cream. Outre la nécessité d'une certaine maîtrise du vocabulaire, le café à Melbourne c'est une histoire de pressage, de dosage, d'affinage. Alors quand Proud Mary, au 172 Oxford Street à Collingwood sortit sa machinerie lourde, il fallait déjà avoir le palais bien éduqué pour faire la différence. A l'intérieur, six groupes de Synesso, syphons, clover ? autant de mots plus apparentés à la Formule 1 qu'à une cafetière, mais qui font leur effet. On se presse pour goûter. Comme si gustativement de ce côté du monde on savait mieux ce qu'était un bon café.

Le café, une histoire d'amour

Qui dans l'Hexagone traverserait la ville uniquement pour s'assoir devant sa tasse de nectar adoré ? Qui irait sur un site comme melbournecoffeereview.com pour élire son barista préféré ?

Plus fous que les Gaulois ces gars-là ? Pas vraiment, si on considère que le café est au Melbournien ce que la tour Eiffel est au Parisien - une part de son histoire. Alors, on lui voue un culte, on l'expose comme le 4 mai lors de La Coffee International Expo. Mais on part aussi en pèlerinage, Maria Paoli l'a bien compris avec son "cultural trek", elle propose des visites guidées autour du café. Pour 40 dollars et en deux heures et demi, vous pourrez comprendre l'incompréhensible. Comment quelques grains exotiques ont détrôné le traditionnel et emblématique thé de la reine mère, balayé le meat pie et inscrit le café comme on inscrirait une bataille dans un livre d'histoire.

Sabine Batko Mittelman (www.lepetitjournal/melbourne) Jeudi 26 Avril 2012

Meilleures adresses :
Seven Seeds , 114 Berkeley Street, Carlton - StAli, 12/18 Yarra Place, St Melbourne - Axil Coffe, 322 Burwood Road, Hawthorn - 65 Degrees, 309 Exibition Street, Melbourne - League of Honest Coffee, 8 Exploration Lane, Melbourne - BBB/ Brother Baba Budan, 359 Little Burke Street, Melbourne - Market Lane au Prahran market







lepetitjournal.com Melbourne
Publié le 25 avril 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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